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L'odyssée un autre regard
 L'odyssée un autre regard
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L’odyssée de l’espace est avant tout une extraordinaire expérience visuelle, graphique et sonore. Contrairement aux apparences, le thème centrale de l’œuvre de Kubrick n’est pas l’espace, les extraterrestres et autres petits hommes verts, mais bien l’homme, l’humanité et son évolution.

La première partie se déroule quelque part en Afrique, il y 4 millions d’années avant notre ère. Homo erectus n’apparaîtra que 2 millions d’années plus tard, Australopithecus afarensis, hominidé faible, inadapté, chassé par les autres espèces, survit tant bien que mal et est, selon toutes vraisemblances évolutives, amené à disparaître. Cependant, une nuit, une force surnaturelle (Certains peuvent y voir la main de Dieu, d’autres une intelligence extraterrestre) traverse notre système solaire et à l’aube d’un jour nouveau, se dresse un monolithe devant la caverne de nos ancêtres primates.

Kubrick ne donnera, plus tard, aucune explication symbolique concernant le monolithe. Là encore, certains l’assimileront à un vaisseau spatiale, d’autre à une allégorie de la perfection, de la pureté, de Dieu, mais en tout état de cause se parallélépipède rectangle représente l’être supérieur, l’être suprême et finalement peu importe qu’il soit d’origine divine ou extraterrestre!
Le monolithe n’apporte pas la connaissance aux australopithèques, mais leur impose un véritable défi. Il est un déclencheur et non un instigateur. Il les oblige à se dépasser, à maîtriser leur peur, à assouvir leur curiosité et développer leur courage. Selon Kubrick, se sont bien ces trois qualités premières de cette tribu ancestrale et primitive qui leur permettent d’évoluer et non le monolithe à proprement parlé. Ce sont ces qualités fondatrices qui conduisent l’humanité à cette invention extraordinaire : l’outil.

En deux plans enchaînés d’une extraordinaire simplicité, sans aucun effet de transition Kubrick résume l’évolution de l’homme à la maîtrise de l’outil. La caméra est rivée sur le premier outil de l’humanité (l’os) qui s’enchaîne dans le même mouvement de caméra sur l’outil symbole de l’apogée de son évolution (le vaisseau spatiale). Voilà le génie visuelle de Kubrick : ces 4 millions d’années d’évolution de l’homme sont intimement liées à celle de l’outil et ceci est expliqué en un plan simple, pure, sans aucune parole en quelque secondes seulement !
L’homme s’est élevé au sommet de son évolution, il est le maître de la Terre et il est en train de conquérir l’espace.


Kubrick, par des images simples et des plans lents et silencieux, montre que son évolution amorce un tournant sans précédent. Dans l’espace, l’outil, qui a été lié jusqu’alors à son évolution, lui échappe. La scène du stylo dérivant en apesanteur est le symbole de cette rupture. Pour la première fois, il perd le contrôle de ses outils. Ceux-ci prennent une apparence de plus en plus humaine. La forme sphérique (vaisseaux spatiaux, pods, mobilier..) semble symboliser tout ce qui se rapporte à l’homme alors que les formes rectangulaires symbolisent l’être supérieur. Seul HAL, le super ordinateur IBM (en décalant l’alphabet d’une lettre) représente finalement l’interface entre l’homme et l’être supérieur, par la forme sphérique de son œil-caméra qui est encadré par un rectangle aux proportions identiques à celles du monolithe et dont les circuits sont représentés par des monolithes de verre.

En outre, l’homme amorce une nouvelle étape. Dans le cosmos, il doit réapprendre à marcher, il mange de la nourriture pour bébé, il doit même apprendre à aller aux toilettes! Le maître de la Terre n’est qu’un enfant dans le vide stellaire.

La découverte du monolithe lunaire montre, là encore, une fracture dans l’évolution humaine : face à cette extraordinaire découverte l’homme ne ressent ni peur, ni étonnement, il se contente de filmer. Ce monolithe sentinelle est là pour voir jusqu’où l’homme pouvait arriver en terme d’évolution et force est de constater que, pour passer à une nouvelle étape, l’humanité a encore beaucoup à apprendre.


Tout semble indiquer dans le film que la première phase de l’évolution de l’espèce humaine est révolue.
Le véritable tournant cinématographique est symbolisé par un silence magistral. La rupture ce fait lorsque HAL interroge un astronaute sur sa motivation et ses craintes concernant la mission vers Jupiter. L’astronaute surpris lui demande si ces questions ont pour but de préparer un rapport psychologique, mais l’ordinateur va rester silencieux pendant des secondes interminables pour le spectateur, puis acquiesce et s’excuse. L’alliance évolutive entre l’homme est les outils est rompue. L’ordinateur observe l’homme et voit un être ennuyé et ennuyeux, dépendant de la nourriture, de l’oxygène (la scène de trois minutes de respiration intensive de l’astronaute dans le néant du cosmos est là pour nous le rappeler), obligé de voyager dans un état proche de la mort (cryogénie), il n’est plus un inventeur mais seulement un réparateur. Le drame de l’espace de Kubrick s’apprête à commencer. La bataille entre l’homme et ses outils est imminente. L’homme est à la fin de son évolution et l’outil par excellence n’a plus besoin de ce primate.

L’ordinateur n’avait cependant pas compté sur le courage et l’ingéniosité de l’homme qui le met hors d’état de nuire.


L’homme a certes gagné la bataille contre les outils, mais il doit affronter l’inconnu et les forces surnaturelles qui l’ont conduit aux confins du système solaire. De nouveau, il va devoir compter sur ses qualités premières (dominer ses peurs, faire preuve de curiosité et de courage) pour évoluer.

L’homme va passer dans une autre dimension, un couloir temporel et spatial. La chambre de la dernière partie de l’œuvre symbolisant la compression du temps et de l’espace. Il est à l’aube de sa seconde évolution. L’homme doit passer par un autre état de conscience et pour cela il doit affronter un dernier défi : sa propre mort matérielle, le renoncement à son corps. Le repas du vieil homme est le symbole de la cène pour Kubrick. Le verre tombe et se brise, mais le vin reste, symbolisant le Graal, la vie éternelle, la séparation du contenant et du contenu, du corps et de l’esprit. L’homme dont l’évolution était dépendante de la technologie et qui a failli le détruire, abandonne son enveloppe charnelle. La dernière étape de son évolution est atteinte, il n’est plus que lumière. L’enfant cosmique est né.

Bravo et merci Monsieur Kubrick pour cette merveilleuse œuvre qui a marqué mon enfance et mon adolescence et qui, chaque fois que je la regarde, m’émeut toujours autant.
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Voici les 9 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
premières images du film et de l'affrontement des deux bandes de singe où l'os ,devenu arme, donne pour la première fois la victoire à ceux qui l'utilisent.
 11/03/08 à 16h00
Je crois que tu dévies légérement du sujet initial!
Mais pour te répondre je pense que l'usage de la force n'est pas lié à la république, à la démocratie... (cf. Platon) mais qu'elle est intimement liée à la nature humaine, à son essence et à sa dualité. La république ou toute autre organisation sociale n'est finalement qu'une construction humaine, sorte de miroir de sa propre âme, de sa dualité et de sa propre violence. Ce ne sont pas les institutions qui pervertissent l'homme mais bien l'homme qui érige des modèles sociaux imparfaits qui sont finalement le reflet de à sa propre âme, de ses mécanismes psychologiques complexes et parfois antagonistes.
démocratie, interne : police, externe : armée. Progrés de civilisation par rapport au féodalisme.
 11/03/08 à 13h47
étonnant que mon voisin de palier n'ait pas réagi à ce commentaire... :^)
 11/03/08 à 13h27
Gadjoalone, je pense que l'os est bien un outil même si celui-ci peut servir d'arme. L'arme n'est-elle pas finalement l'outil du pouvoir, de la violence, de la torture, de la domination ou de la répression?
musique. L'os se transforme aussi en arme, avant d'être outil ; violence, pouvoir liés à la civilisation ...
 11/03/08 à 11h03
BlackCatWhiteNight
Quand le cinéma touche à l'art... C'est un film que j'ai vu trois fois, la première : rejet total, ennui, rien compris, dodo comme dit Aragorn. La seconde fois, j'ai commencé à saisir, à regarder autrement ce qui m'avait tant dérouté. La troisième fois, j'étais conquise et éblouie. Mettons que je ne suis pas très rapide à la comprenette. Peu importe, ce film est comme une toile, à chaque "visionnage", il apporte quelque chose de nouveau. Merci Fausto pour ce rappel argumenté.
 11/03/08 à 09h23
PaulTergeist
 11/03/08 à 09h22
PaulTergeist
prenez les lettres qui suivent H.A.L. dans l'ordre alphabétique...

(Arthure C Clarke jure ne pas l'avoir fait exprès).