Tout habillé de noir, l’homme avait l’air de trouver le temps long.
Le carillon à répétition sonnait la demie de 18 heures.
Il m’a regardée travailler en silence… Puis a considéré presque un à un les cadrans solaires, les pendulettes, nos carillons, l’horloge comtoise et celle au-dessus de la caisse… Puis à nouveau, il m’a observée.
Le téléphone a sonné : encore le propriétaire de la Robergé. J’ai murmuré : « Toujours sur les nerfs, ces clients… ! »
En une fraction de seconde, il était debout.
Se penchant vers moi, il a glissé à mon oreille, d’une voix tempérée… « Madame, savez vous ce qui signifie le mot chronophage… ? »
« Non ? Et bien c’est ce qui dévore le temps… ! Ce qui le dévore et le tue… ! Moi, ma clientèle, Madame, elle a le temps, elle n’est jamais pressée… »
Tu es arrivé.
Il s’est emparé de sa montre. Il a payé. Il est sorti.
J’étais toute bouleversée.
Pendant la nuit suivante, j’ai pris conscience que toi, tu étais un monstre chronophage.
Tristan, l’heure tourne.
Comme dans un cercle vicieux. Au fil du temps, je perds ma vie. Je t’observe. J’aimerais séparer ton nom en deux syllabes mais tu ne comprendrais pas.
Tristan, c’était un mardi.
J’étais au marché.
Soudain, arrivant sur moi, l’homme en noir m’est apparu. Il m’a fixé du regard, m’a saluée en soulevant son chapeau noir et sans cérémonie m’a dit :
« Je connais votre prénom. C’est un signe ! J’ai assez perdu de temps. Romane, soyez ma compagne ! Romane, nous allons vivre et travailler ensemble !
Tristan, je vais changer de région.
Je ne sais rien de mon futur métier. Il m’a dit que je n’aurai plus besoin de m’inquiéter de l’heure. Sa clientèle ne porte pas de montre, il dit qu’elle est du genre silencieux.
Je sais, c’est une surprise.
Pour moi aussi tu sais.
Prends bien tes remèdes. Je te laisse le chat.
Quand il sera l’heure, je t’écrirai Tristan.
Mais d’abord, je veux prendre mon temps.
réactions : 11
lectures : 939
votes : 6
Voici les 11 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
Toutes blessent, la dernière tue.
On va dire que oui. Mais, ne m'étais pas posée la question pout tout te dire...
S'inscrire sur PCC !
Ce qui intéresse le croque-mort, c'est la dernière heure.
Ce qui intéresse le croque-mort, c'est la dernière heure.
et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !


Je réagis à ce commentaire en
Je réagis à ce commentaire en 









KAOLL
publié le 1er sept. 08