Hiver 2006, je suis en vacation dans un grand hôpital marseillais, un jour aux urgences, l'autre en service médecine.
Il fait un mistral pénétrant et Albert décide comme tous les jours à 18h de tenter de dormir tranquillement chez nous ; le foyer d'en face est surpeuplé et frère Jean connait bien Annick... Albert est fatigué, sale, trés.. malade aussi, une maladie floue, indescriptible tant tout est lié..une mauvaise maladie de vie...
Comme tous les soirs depuis que je suis là je prends 5 mn pour fumer une cigarette avec lui : il est né à Alger comme moi, il m'appelle Marie sa bienfaitrice et je sens la glycine.
Annick me sourit en prenant son stéthoscope, Albert empoigne son sac Lidl crevé et rentre dans un box.
Annick ressort, passe un coup de fil au 2ème étage : Pas de lit.. il restera ici.
Deux jours plus tard : 7h du matin je retrouve Albert ch.107 médecine :
- tu etais où hier?
- de repos... t'as pas droit à la confiote, mais je te donne 2 beurres et 2 pains, aprés on va sous la douche..
- j'aime pas l'eau
- tu fermeras les yeux et tu penseras à Ford de l'Eau.. en attendant donnes moi un doigt.
Il est nu comme un ver, tremblant comme un enfant peureux, les yeux bien fermés, se cramponnant à mon épaule.
Je balance sur le gant de fortune autant de beta rouge que je le peux, il mousse, bulle, je frotte, m'acroupis, lui fait faire autant de tours et de danse sur pied que je lui demande.
Il n'est plus tremblant, il semble carrement en hypothermie et moi je sue à grosses gouttes dans ma casaque.
- Ah! ben voilà! un coup de lame sur le visage et tu vas être le plus beau..
La dignité que je viens de lui rendre me remplie d'orgueil.
Je le borde et il me fait signe de lui mettre son sac crevé au pied du lit..
15h : il dort un peu, il a bien mangé à midi : tempet :34°5 TA: 8,5/4
16h : Dans son sac je trouve Camus , l'Etranger, écorné, surligné sur quelques pages... entre un slip douteux et un tee shirt taché .. seuls effets personnels à énumérer sur une page listing.
Dans le couloir une infirmière explique à une élève que les couches successives de crasse protègent le corps des gens de la rue et que les "décaper" peut produire un choc...
Annick est montée faire le constat ...
- Il etait abimé de partout tu sais, le coeur, les poumons...
Elle me sourit
- Tu n'y es pour rien..
19h : je sors du service, mon fils m'attend et j'ai envie de hurler.
Il fait un mistral pénétrant et Albert décide comme tous les jours à 18h de tenter de dormir tranquillement chez nous ; le foyer d'en face est surpeuplé et frère Jean connait bien Annick... Albert est fatigué, sale, trés.. malade aussi, une maladie floue, indescriptible tant tout est lié..une mauvaise maladie de vie...
Comme tous les soirs depuis que je suis là je prends 5 mn pour fumer une cigarette avec lui : il est né à Alger comme moi, il m'appelle Marie sa bienfaitrice et je sens la glycine.
Annick me sourit en prenant son stéthoscope, Albert empoigne son sac Lidl crevé et rentre dans un box.
Annick ressort, passe un coup de fil au 2ème étage : Pas de lit.. il restera ici.
Deux jours plus tard : 7h du matin je retrouve Albert ch.107 médecine :
- tu etais où hier?
- de repos... t'as pas droit à la confiote, mais je te donne 2 beurres et 2 pains, aprés on va sous la douche..
- j'aime pas l'eau
- tu fermeras les yeux et tu penseras à Ford de l'Eau.. en attendant donnes moi un doigt.
Il est nu comme un ver, tremblant comme un enfant peureux, les yeux bien fermés, se cramponnant à mon épaule.
Je balance sur le gant de fortune autant de beta rouge que je le peux, il mousse, bulle, je frotte, m'acroupis, lui fait faire autant de tours et de danse sur pied que je lui demande.
Il n'est plus tremblant, il semble carrement en hypothermie et moi je sue à grosses gouttes dans ma casaque.
- Ah! ben voilà! un coup de lame sur le visage et tu vas être le plus beau..
La dignité que je viens de lui rendre me remplie d'orgueil.
Je le borde et il me fait signe de lui mettre son sac crevé au pied du lit..
15h : il dort un peu, il a bien mangé à midi : tempet :34°5 TA: 8,5/4
16h : Dans son sac je trouve Camus , l'Etranger, écorné, surligné sur quelques pages... entre un slip douteux et un tee shirt taché .. seuls effets personnels à énumérer sur une page listing.
Dans le couloir une infirmière explique à une élève que les couches successives de crasse protègent le corps des gens de la rue et que les "décaper" peut produire un choc...
Annick est montée faire le constat ...
- Il etait abimé de partout tu sais, le coeur, les poumons...
Elle me sourit
- Tu n'y es pour rien..
19h : je sors du service, mon fils m'attend et j'ai envie de hurler.
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Rédacteur
c'est au moment le plus sombre que naît la promesse d'un nouveau jour" !
La tendresse et la chaleur que vous leur accordez à travers votre profession : un "amour de l'humain" ... un doux réconfort dans la souffrance de l'autre ...Un regard ... Merci à invenies de m'avoir amené sur votre com.
Bonne soirée
La tendresse et la chaleur que vous leur accordez à travers votre profession : un "amour de l'humain" ... un doux réconfort dans la souffrance de l'autre ...Un regard ... Merci à invenies de m'avoir amené sur votre com.
Bonne soirée
18/05/08 à 11h04
retrouvent parfois un peu de bonheur fugace auprès de gens comme vous, donnant sans compter...

*****

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merci de nous rappeler ce qu'humain veut dire
18/05/08 à 08h57
de leur redonner un peu de dignité; chacun a eu un parcours différent mais tous sont au même endroit : la rue!
Votre commentaire est celui de cette dignité, la votre et celle retrouvée d'Albert
Merci Marie
Votre commentaire est celui de cette dignité, la votre et celle retrouvée d'Albert
Merci Marie
il y a quelque chose dans votre texte de très fort, qui touche exactement là où c'est déchiré, déchirant, désespérant, et où pourtant il faut essayer de pas désespérer.
(bon puis c'est tellement de souvenirs)
(bon puis c'est tellement de souvenirs)
... est une grande. 
Amitiés à tous.
Amitiés à tous.
merci à invenies de m'avoir orientée sur cette page...
Je ne peux que m'incliner devant des êtres comme toi, capables de tant de générosité.
C'est tout simplement admirable...
Je ne peux que m'incliner devant des êtres comme toi, capables de tant de générosité.
C'est tout simplement admirable...
pleins d'humanité d'une Marie bienfaitrice. Après tant de souffrance...beaucoup de gens, en peine, n'ont pas eux cette chance...
Merci à toi Marie, de nous rappeler que la souffrance, anonyme, vient aussi du trottoir d'en face pour nous parler un cour instant de l'étendu de notre misère humaine cachée...
Merci vero cette l'information significative.
Merci à toi Marie, de nous rappeler que la souffrance, anonyme, vient aussi du trottoir d'en face pour nous parler un cour instant de l'étendu de notre misère humaine cachée...
Merci vero cette l'information significative.
Un vrai métier sans âme!... aujourd'hui mes 2 hernies discales me rappellent tous les jours que je n'ai surement pas simulé mes gestes, et je ne regrette rien!! A défaut de dos, il me reste la parole, efficace, le timbre doux et l'humour rassurant... Je suis profondement touchée par vos commentaires tous trés aimables... j'aime les gens, "mes" patients me l'ont rendu au centuple et ils ne le savent meme pas... ceux ont eux qui m'ont grandi, pansé, donné confiance en moi..
17/05/08 à 23h00
17/05/08 à 22h54
partager, ,le reste n'est que technique indispensable, mais dénuer d'intérêt.
infirmière: c'est cela; hurle car elle n'a rien compris, mais respire car tu es dans l'humain
bizz
infirmière: c'est cela; hurle car elle n'a rien compris, mais respire car tu es dans l'humain
bizz
au cours d'un rencontre avec des SDF et des personnes et personnalités en place dans la vie active. trop long a expliquer mais j'y ai vu par exemple un désigner très connu! parler avec des personnes,SDF et me dire" tu sais celui-ci je crois que je le connais je l'ai rencontré dans un grand groupe au cours de réunion de travail". En effet, c'était vrai, j'ai vu une vraie lumière dans les yeux des deux hommes, je ne sais pas s'il y a eu une suite professionnelle, mais j'étais comme la petite; le peu que nous faisons, faisons le!!
On ne peut pas souvent grand chose. On peut, parfois.
La vie n'est pas belle, elle est "horribelle". J'ai trouvé ce terme dans un livre de Jacques Sternberg : "Futur sans avenir". Il l'utilisait pour décrire un personnage féminin.
Il me semble qu'il va à la vie comme un gant.
Il me semble qu'il va à la vie comme un gant.
17/05/08 à 21h38
... coeur, que vous avez à la bonne place, "Marie".
Merci à Invenies et à Plume B de me l'avoir signalé.
Albert a eu la chance de croiser votre chemin avant de passer de l'autre côté de l'arc-en-ciel, où il n'a plus ni faim, ni froid, ni peur désormais.
Il y a eu un échange d'un être humain à un autre, Albert vous a donné autant qu'il a reçu : un petit moment d'éternité. Ce sont ces moments-là qui donnent du prix à la vie. Tout le reste importe peu.
Respect.
Merci à Invenies et à Plume B de me l'avoir signalé.
Albert a eu la chance de croiser votre chemin avant de passer de l'autre côté de l'arc-en-ciel, où il n'a plus ni faim, ni froid, ni peur désormais.
Il y a eu un échange d'un être humain à un autre, Albert vous a donné autant qu'il a reçu : un petit moment d'éternité. Ce sont ces moments-là qui donnent du prix à la vie. Tout le reste importe peu.
Respect.
17/05/08 à 21h36
un peu de cette manière, rongé par la gangrène, le poète, tout à fait misérable, le grand voyageur, à l'hôpital de la Conception, à Marseille...
merci pour ce texte plein d'humanité.
Merci aussi à invenies de me l 'avoir signalé
Merci aussi à invenies de me l 'avoir signalé
.Une belle leçon d'humanité .
Merci de tout coeur .
Merci de tout coeur .
Ce livre m'a bouleversée.
Bravo pour ton commentaire poignant Petite Infirmière.
Bises de la Chris.
Bravo pour ton commentaire poignant Petite Infirmière.
Bises de la Chris.
et par la présence de Camus que j'aime tant. Il incarne la dignité essentielle de l'homme, celle même que vous avez tenté de préserver.
17/05/08 à 19h43
à lire le cachalot et les naufragés
Viens que je t'embrasse sister !


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la_petite_850
publié le 17 mai 08