Adam's Apples est le nouveau film de Anders-Thomas Jensen, après " Les Bouchers Verts ", qui à l'époque a connu un succès d'estime relatif, à la fois public et critique. Mais là, j'ai la désagréable impression que cette heure et demi de prise de risque thématique presque aboutie ( oui, " presque ", et après ? ) va passer à la trappe avant d'avoir été suffisamment fréquentée par le public estival, donc je me fends d'un commentaire paternaliste et pourtant d'une grande sincérité :
Adam's Apples, c'est l'histoire d'un criminel néo-nazi, homonyme du premier et dernier naturiste officiel de l'histoire de l'humanité, auquel on propose de finir sa peine de prison en pleine campagne, au sein d'une maigre communauté d'inadaptés sociaux regroupés autour d'Ivan, un pasteur dont la foi en l'humanité tient moins du sacerdoce que d'une folie furieusement douce. La mission qui, sur un malentendu, va échoir à notre adorateur de l'inénarrable moustachu, sera de cuisiner un gâteau aux pommes, avec les fruits de l'unique arbre de la communauté. Pourtant, fidèle à sa nature, le forçat se met bientôt en tête de faire abdiquer au pasteur son refus symptomatique de toute douleur et de toute noirceur humaine.
Or, sur ce thème improbable, et dont on pouvait craindre la dérive vers les abîmes désespérants du sur-symbolisme et de la moralité bien-pensante, Jensen choisit la carte de l'humour noir et du décalage contre-nature. Et par là-même, questionne et dérange cent fois plus le spectateur que s'il avait pris son sujet au sérieux. Ce qu'il fait, au bout du compte, mais par des moyens détournés.
Car on ne peut s'empêcher de rire de la trombine déconfite de notre collectionneur de croix gammées préféré, lorsqu'à ses tentatives répétées de faire surgir la violence et le mal en cette plus ou moins paisible retraite, est sans cesse opposé le flegme inébranlable et psychotique d'Ivan, qu'on pourrait surnommer " le terrible en creux ". D'autant que les comédiens sont tous excellents, en équilibre parfait entre une certaine outrance de comédie burlesque, et une émotion certaine de drame réaliste.
Mais à l'arrivée, la drôlerie quelque peu provocante du film évite le piège d'être une fin en soi, et par là-même celui de la provocation gratuite. Elle sert au contraire une interrogation assez intelligente sur la foi, et sur le combat forcément subjectif entre le Bien et le Mal, au-delà de tout manichéisme de bas étage. Certes, la croyance aveugle et sourde d'Ivan nous est présentée comme un cas clinique, comme une chose viciée, presque aussi inquiétante que la violence d'Adam. Mais d'un autre côté, le film nous montre à quel point l'inébranlable pasteur, en défendant fermement, contre les vents et les marées d'un monde où règne la violence, la vision de l'Homme que sa triste existence lui a imposée, parvient à la rendre réelle à son humble niveau. Bien sûr, il n'y a pas de miracle à grande échelle, ici, et le travail de résistance à la réalité est sans cesse à remettre en oeuvre, mais il n'empêche que le film nous laisse sur une interrogation assez subtile pour n'être pas que le reflet d'une indécision de scénariste : Est-ce en luttant activement contre le Mal, qu'on obtient finalement le Bien, ou au contraire en l'acceptant comme une partie intégrante et indéfectible de notre univers ?
Question éminemment politique, par les temps qui courent... Et les quelques facilités dont le film n'est hélas pas dépourvu, de même que l'aspect relativement artificiel d'une fin qui n'est sans doute pas à la hauteur des moyens mis en oeuvre pour nous faire réfléchir, ne parviendront pas à en réduire la portée.
Merci de m'avoir lu jusqu'au bout !
Adam's Apples, c'est l'histoire d'un criminel néo-nazi, homonyme du premier et dernier naturiste officiel de l'histoire de l'humanité, auquel on propose de finir sa peine de prison en pleine campagne, au sein d'une maigre communauté d'inadaptés sociaux regroupés autour d'Ivan, un pasteur dont la foi en l'humanité tient moins du sacerdoce que d'une folie furieusement douce. La mission qui, sur un malentendu, va échoir à notre adorateur de l'inénarrable moustachu, sera de cuisiner un gâteau aux pommes, avec les fruits de l'unique arbre de la communauté. Pourtant, fidèle à sa nature, le forçat se met bientôt en tête de faire abdiquer au pasteur son refus symptomatique de toute douleur et de toute noirceur humaine.
Or, sur ce thème improbable, et dont on pouvait craindre la dérive vers les abîmes désespérants du sur-symbolisme et de la moralité bien-pensante, Jensen choisit la carte de l'humour noir et du décalage contre-nature. Et par là-même, questionne et dérange cent fois plus le spectateur que s'il avait pris son sujet au sérieux. Ce qu'il fait, au bout du compte, mais par des moyens détournés.
Car on ne peut s'empêcher de rire de la trombine déconfite de notre collectionneur de croix gammées préféré, lorsqu'à ses tentatives répétées de faire surgir la violence et le mal en cette plus ou moins paisible retraite, est sans cesse opposé le flegme inébranlable et psychotique d'Ivan, qu'on pourrait surnommer " le terrible en creux ". D'autant que les comédiens sont tous excellents, en équilibre parfait entre une certaine outrance de comédie burlesque, et une émotion certaine de drame réaliste.
Mais à l'arrivée, la drôlerie quelque peu provocante du film évite le piège d'être une fin en soi, et par là-même celui de la provocation gratuite. Elle sert au contraire une interrogation assez intelligente sur la foi, et sur le combat forcément subjectif entre le Bien et le Mal, au-delà de tout manichéisme de bas étage. Certes, la croyance aveugle et sourde d'Ivan nous est présentée comme un cas clinique, comme une chose viciée, presque aussi inquiétante que la violence d'Adam. Mais d'un autre côté, le film nous montre à quel point l'inébranlable pasteur, en défendant fermement, contre les vents et les marées d'un monde où règne la violence, la vision de l'Homme que sa triste existence lui a imposée, parvient à la rendre réelle à son humble niveau. Bien sûr, il n'y a pas de miracle à grande échelle, ici, et le travail de résistance à la réalité est sans cesse à remettre en oeuvre, mais il n'empêche que le film nous laisse sur une interrogation assez subtile pour n'être pas que le reflet d'une indécision de scénariste : Est-ce en luttant activement contre le Mal, qu'on obtient finalement le Bien, ou au contraire en l'acceptant comme une partie intégrante et indéfectible de notre univers ?
Question éminemment politique, par les temps qui courent... Et les quelques facilités dont le film n'est hélas pas dépourvu, de même que l'aspect relativement artificiel d'une fin qui n'est sans doute pas à la hauteur des moyens mis en oeuvre pour nous faire réfléchir, ne parviendront pas à en réduire la portée.
Merci de m'avoir lu jusqu'au bout !
réactions : 2
lectures : 131
votes : 2
Voici les 2 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
Différent, mais tout aussi déjanté que les Bouchers verts !
Belle analyse de cette petite pépite, Moon.
j'ai été également emballée par ce petit film plein de fraîcheur malgré la gravité des thèmes abordés
de la légèreté et du recul sont nécessaires pour apprécier ce film, mais il est tellement revigorant et insolent, cela fait du bien, on n'est pas là pour vous brosser dans le sens du poil!
il y a plein de petites pépites dans ce petit pays : prochainement la trilogie de "pusher" sur nos écrans
de la légèreté et du recul sont nécessaires pour apprécier ce film, mais il est tellement revigorant et insolent, cela fait du bien, on n'est pas là pour vous brosser dans le sens du poil!
il y a plein de petites pépites dans ce petit pays : prochainement la trilogie de "pusher" sur nos écrans

Je réagis à ce commentaire en
Je réagis à ce commentaire en 









Moonseeker
publié le 18 juillet 06