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Les marais
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catégorie : Non classé
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L’un :
-Tu vois il n’y a plus d’argent.

L’autre :
-Bon et alors pourquoi tu veux que je regarde ?

L’un :
-Pour que tu le saches.

L’autre :
-Mais je le sais-il n’y en a jamais eu.
Rien pour la place, rien pour tout le matériel. Et toujours alors beaucoup de dépense oui, je cours partout pour trouver du papier, il n’y a pas de plus grande économie. Beaucoup d’énergie transformée en muscles. (Il montre ses jambes)
Beaucoup de vélo—et encore par tous les temps.
C’est une machine remarquable—les images défilent en bon ordre à une vitesse aléatoire mais constante si on s’en tient à la force motrice.
Le cinéma n’a besoin que de muscles pour se mouvoir et ils sont tous si maigres -de muscles et de trajet-moyen/fin et on recommence. Il faut se donner les moyens.

L’un :
-J’ai dit que l’argent était un moyen ?

L’autre :
-Oui, mais c’est que tu n’as pas compris, pas compris. l’argent est le moyen et la fin tout à la fois- c’est beau...

L’un :
- Sans les moyens on ne peut pas raconter des histoires.

L’autre :
-Alors il n’y aura pas d’histoire ailleurs que sur les routes et pour moi seul.
Il y aura l’histoire à mes pieds, son envergure déliée à la jonction cheville-talon. Avec un bon appui on peut aller très loin, fonder une ville à la rigueur, avec de bonnes jambes on peut échapper à sa famille. Je n’ai pas besoin de me souvenir à plusieurs, je n’ai pas besoin de partager une histoire.

L’un :
-Tout le monde en a besoin, tout le monde sait qu’on ne se souvient jamais de la même chose.
Non, le problème c’est qu’il n’y a plus d’argent.

L’autre :
-IL n’y a plus d’argent, il n’y a plus d’argent, il n’y a pas de place , il n’y a pas de repos, il n’y a pas de matériel, il n’y a pas de moyen pas de devise à accrocher a notre porte, pas de blason sur nos cartables, il n’y a pas de fraise, de viande, de vitamine c, il n’y a pas de sang a manger, il n’y a pas de grâce, il n’y a pas pas d’odeur, il n’y a pas de tintement, pas de gestes gratuits pas d’images à faire soi même…
Et tu veux que je te dise, je m’en fous

L’un :
-J’ai la tête pleine de merde.

L’autre :
-Je m’en fous.

L’un :
-Je deviens fou.

L’autre :
-Je m’en fous

L’un :
-Ca n’est pas très gentil je veux parler à quelqu’un.

L’autre :
-Alors il y aura quelqu’un quelque part qui t’aura entendu.
Tu commences ton machin artistique,
Quelqu’un t’aura, de toute façon entendu.

L’un :
-Non, je n’ai rien dit pour la postérité, non, j’ai dit merde, je ne veux pas que ce soit cela qu’on retienne de moi.

L’autre :
-C’est celui qui l’a dit qui l’est.

L’un :
-Qu’est ce que font les gens dans la vraie vie ?

L’autre :
-M’en fous, on est pas là pour faire pareil.

L’un :
-Mais qu’est-ce qu’ils font ?

L’autre :
-Ils passent aux bords de la seine, ils se tripotent doucement entre deux, entre deux biscottes.
Ils font dans l’amour de beaux cheveux d’enfant vêtus en cuisinier,
on voit venir au fond des jardins, leurs pensées, qui sourient du concert joué par leurs couilles, ils font semblant d’avoir le hoquet et s‘écrient en versant des larmes qu’ils désirent des nains et des géantes en secret du nombre d’or,
Les enfants de leurs morts vont jouer, brillants, doucement changés en étoile,
ils regrettent chacun des baisers qu’ils donnent, laisseront-ils longtemps trembler toutes ses lampes ? Ils pourrissent dans de petits bois de citronniers, tournant, tournant toujours, une voute entre eux et toutes les lumières.

L’un :
-Je suis désolé, je te fais faire des listes, je ne te laisse pas parler.

L’autre :
-Mais j’ai choisi les mots avec soin, de sorte qu’il soit possible d’y voir clair.
Qu’est ce que ça te fais maintenant de savoir ? Ça change quoi ?

L’un :
-je ne sais pas ce que font les gens dans la vraie vie-je sais seulement ce que tu sais de ce que font les gens dans la vraie vie. Mais c’est un début. La question était « comment ils se débrouillent ? »

L’autre :
-Ce sont les individus qui se débrouillent, les gens braillent.

L’un :
-On peut rien. On en peut plus des histoires où il ne se passe rien.

réactions : 5
lectures : 197
votes : 5
Voici les 5 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 23/04/07 à 20h34
heureusement
il y
a
la
vodka
 23/04/07 à 20h26
Chambre24
Je pense que tu es une artiste, une vraie, peinture, littérature, violence de l'expression, je t'envie, même si c'est sans doute parfois violent;
 21/04/07 à 16h50
sissi
most poor matters/ Point to rich ends.
 21/04/07 à 13h33
j'aime beaucoup cette phrase sur le petit bois de citronnier
je n'en ai jamais vu,
j'imagine seulement,
je trouve ça très beau dans mon imagination

apollinaire a réemployé cette phrase à de nombreuses reprises
même des années après




ola ! cette phrase valait que l'on se lève de bonne heure et de bonne humeur !

comprenne qui pourra... j' aime ce comm

Pour en tout cas, moi, la voûte sera sans tain !!


"J'ai eu le courage de regarder en arrière
Les cadavres de mes jours
Marquent ma route et je les pleure
Les uns pourrissent dans les églises italiennes
Ou bien dans de petits bois de citronniers
Qui fleurissent et fructifient
En même temps et en toute saison
D'autres jours ont pleuré avant de mourir dans des tavernes
Où d'ardents bouquets rouaient
Aux yeux d'une mulâtresse qui inventait la poésie
Et les roses de l'électricité s'ouvrent encore
Dans le jardin de ma mémoire."
G Apollinaire