«Ses propres ténèbres étaient impénétrables. Je le regardais comme on regarde un homme gisant au fond d’un précipice où le soleil ne pénètre jamais »
Ces mots qui décrivent Kurtz, un négociant en ivoire devenu fou dans la jungle du Congo belge dans les années 1870, sont ceux de Joseph Conrad dans son roman « Au cœur des ténèbres » Ils résument le message du livre : Il y a dans l’homme une part innée de sauvagerie originelle qui, à chaque fois qu’elle ressort de l’ombre où elle se cache, renvoie l’humanité, en un instant, à son point de départ.
« Au cœur des ténèbres » est le roman qui a inspiré le film de Francis Ford Coppola. Apocalypse Now n’est pas un film sur la guerre du Vietnam. A peine plus sur la guerre, même si elle sert le propos, d’un pessimisme ultime. C’est bien l’homme qui est au centre des préoccupations de Coppola, plus que la politique, seulement abordée à travers le prisme des impérialismes, américains et français. C’est par l’action des individus, tantôt exacerbés par la volonté de ceux qui l’utilisent à des fins personnelles et par ceux qui, à l’inverse, servent à ramener la puissance à un niveau qui autorise l’humain à vivre en société, que le film tente d’amener en nous les interrogations les plus profondes
Construit comme un immense flash-back, Apocalypse Now commence dans une chambre d’hôtel de Saïgon, sous l’emprise de la musique envoûtante des Doors. « The end » résume déjà ce qui va venir. Commence alors une lente remontée du fleuve, vers la nourrice, celle d’un homme devenu dieu vivant et qui ne peut plus qu’espérer la mort pour seule rédemption.
En chemin, ce sera un lent voyage vers l’abîme humaine, entrecoupé du seul message politique du film, une critique violente du colonialisme. Dans la version longue, « Apocalypse Now Redux », sortie en 2001, et qui correspond à la version originale voulue par Coppola, apparaît la longue scène de la plantation française. Des colons français installés là depuis des décennies, défendant leur territoire. Cette vieille demeure coloniale est en décalage total avec la réalité de la guerre, mais dans une atmosphère de chaos. Ces fantômes de la guerre d'Indochine s'accrochent à un bout de terre et à leurs illusions. Coppola en profite pour montrer l'inutilité de l'engagement américain dans le face à face qui oppose le propriétaire de la plantation, au capitaine Wilard : « Vous les Américains, vous vous battez pour rien du tout »
Apocalypse Now montre dans un même mouvement halluciné la grande ligne mystique du fleuve et les images flamboyantes de dévastations tombées du ciel. La guerre n’est pas un spectacle, Coppola y ajoute des couleurs outrancières pour mieux en jouer.
Un film sur la folie, comme son tournage. Car le tournage lui-même est entré dans la grande légende du cinéma. Alors qu’il devait durer 6 semaines, il aura duré un an et demi. Dans la jungle philippine, Coppola est en proie au doute. Mégalo, paranoïaque, de plus en plus défoncé au cannabis et à la cocaïne, comme une partie de l’équipe technique, Coppola y perdra 40 kilos et même menacé de se suicider plusieurs fois. Un ouragan décime le plateau. L’équipe cache à Coppola la crise cardiaque de Martin Sheen, l’interprète principal (remarquable). L’équipe attend des heures et des jours sous la canicule ou les typhons que Coppola finisse d’écrire l’histoire.
Il y a aussi, quelle métaphore !, l’aide logistique de Marcos, le dictateur philippin soutenu par les américains. Il fournit les hélicoptères. Peints au couleurs américaines dans la journée, ceux-ci retrouvent leurs couleurs d’origine le soir pour aller faire la chasse aux opposants au régime.
Et puis il y a Marlon Brando. Légende vivante, il a négocié 3,5 millions de dollars, un record en 1976, pour une apparition à la fin du film. Brando débarque sur le tournage en août 76. Il s’installe dans une villa et donne des fêtes gigantesques. Pesant 130 kilos, criblé de dettes et aussi mégalo que Coppola, Brando n’a même pas lu le livre ni appris son rôle. De toute façon, Coppola ne sait comment finir son film.
Budget explosé, production ruinée et discussions à n’en plus finir sur le personnage de Kurtz aboutiront pourtant à une fin mythologique. Pas vraiment écrite, la scène finale du film révèle toute sa portée. Et le talent d’un Brando qui a finit par s’accaparer un personnage quasi mystique au cinéma. Il apparaît pour la première fois, allongé dans une des cellules de son « palais » aux marches jonchées de cadavres, de têtes coupées, construit comme une imitation des temples d’Angkor. On le voit mal dans la pénombre, d’abord le crâne rasé, les mains puis des parties du visage. La version finale n’en garde que quelques minutes.
Pourtant, le chef décorateur, Dean Tavoularis, dans un entretien en octobre 1979 lors de la sortie française du film, ajoutera: « Il y a beaucoup de matériels sur Brando, plus d’une heure montée. C’était fascinant. Il y avait une scène qu’il a jouée pendant quarante cinq minutes, pratiquement sans coupe, avec deux caméras tournant successivement… Son monologue agonisant était extraordinaire. »
Epilogue d’un film de plus de trois heures dans sa version longue, qui nécessitera encore plus de deux ans de montage avant de recevoir la palme d’or à Cannes en 1979 dans une version non mixée. Tournant dans l’histoire du cinéma, Apocalypse Now n’a pas vieillit. Son ambiguïté morale non plus.
Apocalypse Now a bientôt 30 ans. Et si j’en parle aujourd’hui, c’est que je l’ai revu hier. Mais surtout parce qu’il est étonnamment moderne. Ce n’est plus un film sur la guerre du Vietnam, comme on l’a dit à sa sortie, c’est un film sur l’histoire de l’humanité. Et ça fait mal
Ces mots qui décrivent Kurtz, un négociant en ivoire devenu fou dans la jungle du Congo belge dans les années 1870, sont ceux de Joseph Conrad dans son roman « Au cœur des ténèbres » Ils résument le message du livre : Il y a dans l’homme une part innée de sauvagerie originelle qui, à chaque fois qu’elle ressort de l’ombre où elle se cache, renvoie l’humanité, en un instant, à son point de départ.
« Au cœur des ténèbres » est le roman qui a inspiré le film de Francis Ford Coppola. Apocalypse Now n’est pas un film sur la guerre du Vietnam. A peine plus sur la guerre, même si elle sert le propos, d’un pessimisme ultime. C’est bien l’homme qui est au centre des préoccupations de Coppola, plus que la politique, seulement abordée à travers le prisme des impérialismes, américains et français. C’est par l’action des individus, tantôt exacerbés par la volonté de ceux qui l’utilisent à des fins personnelles et par ceux qui, à l’inverse, servent à ramener la puissance à un niveau qui autorise l’humain à vivre en société, que le film tente d’amener en nous les interrogations les plus profondes
Construit comme un immense flash-back, Apocalypse Now commence dans une chambre d’hôtel de Saïgon, sous l’emprise de la musique envoûtante des Doors. « The end » résume déjà ce qui va venir. Commence alors une lente remontée du fleuve, vers la nourrice, celle d’un homme devenu dieu vivant et qui ne peut plus qu’espérer la mort pour seule rédemption.
En chemin, ce sera un lent voyage vers l’abîme humaine, entrecoupé du seul message politique du film, une critique violente du colonialisme. Dans la version longue, « Apocalypse Now Redux », sortie en 2001, et qui correspond à la version originale voulue par Coppola, apparaît la longue scène de la plantation française. Des colons français installés là depuis des décennies, défendant leur territoire. Cette vieille demeure coloniale est en décalage total avec la réalité de la guerre, mais dans une atmosphère de chaos. Ces fantômes de la guerre d'Indochine s'accrochent à un bout de terre et à leurs illusions. Coppola en profite pour montrer l'inutilité de l'engagement américain dans le face à face qui oppose le propriétaire de la plantation, au capitaine Wilard : « Vous les Américains, vous vous battez pour rien du tout »
Apocalypse Now montre dans un même mouvement halluciné la grande ligne mystique du fleuve et les images flamboyantes de dévastations tombées du ciel. La guerre n’est pas un spectacle, Coppola y ajoute des couleurs outrancières pour mieux en jouer.
Un film sur la folie, comme son tournage. Car le tournage lui-même est entré dans la grande légende du cinéma. Alors qu’il devait durer 6 semaines, il aura duré un an et demi. Dans la jungle philippine, Coppola est en proie au doute. Mégalo, paranoïaque, de plus en plus défoncé au cannabis et à la cocaïne, comme une partie de l’équipe technique, Coppola y perdra 40 kilos et même menacé de se suicider plusieurs fois. Un ouragan décime le plateau. L’équipe cache à Coppola la crise cardiaque de Martin Sheen, l’interprète principal (remarquable). L’équipe attend des heures et des jours sous la canicule ou les typhons que Coppola finisse d’écrire l’histoire.
Il y a aussi, quelle métaphore !, l’aide logistique de Marcos, le dictateur philippin soutenu par les américains. Il fournit les hélicoptères. Peints au couleurs américaines dans la journée, ceux-ci retrouvent leurs couleurs d’origine le soir pour aller faire la chasse aux opposants au régime.
Et puis il y a Marlon Brando. Légende vivante, il a négocié 3,5 millions de dollars, un record en 1976, pour une apparition à la fin du film. Brando débarque sur le tournage en août 76. Il s’installe dans une villa et donne des fêtes gigantesques. Pesant 130 kilos, criblé de dettes et aussi mégalo que Coppola, Brando n’a même pas lu le livre ni appris son rôle. De toute façon, Coppola ne sait comment finir son film.
Budget explosé, production ruinée et discussions à n’en plus finir sur le personnage de Kurtz aboutiront pourtant à une fin mythologique. Pas vraiment écrite, la scène finale du film révèle toute sa portée. Et le talent d’un Brando qui a finit par s’accaparer un personnage quasi mystique au cinéma. Il apparaît pour la première fois, allongé dans une des cellules de son « palais » aux marches jonchées de cadavres, de têtes coupées, construit comme une imitation des temples d’Angkor. On le voit mal dans la pénombre, d’abord le crâne rasé, les mains puis des parties du visage. La version finale n’en garde que quelques minutes.
Pourtant, le chef décorateur, Dean Tavoularis, dans un entretien en octobre 1979 lors de la sortie française du film, ajoutera: « Il y a beaucoup de matériels sur Brando, plus d’une heure montée. C’était fascinant. Il y avait une scène qu’il a jouée pendant quarante cinq minutes, pratiquement sans coupe, avec deux caméras tournant successivement… Son monologue agonisant était extraordinaire. »
Epilogue d’un film de plus de trois heures dans sa version longue, qui nécessitera encore plus de deux ans de montage avant de recevoir la palme d’or à Cannes en 1979 dans une version non mixée. Tournant dans l’histoire du cinéma, Apocalypse Now n’a pas vieillit. Son ambiguïté morale non plus.
Apocalypse Now a bientôt 30 ans. Et si j’en parle aujourd’hui, c’est que je l’ai revu hier. Mais surtout parce qu’il est étonnamment moderne. Ce n’est plus un film sur la guerre du Vietnam, comme on l’a dit à sa sortie, c’est un film sur l’histoire de l’humanité. Et ça fait mal
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tiens, je n'y ai pas pensé 

à part ça, oui, un Chef d'Oeuvre ce film !
que d'aventures! Apocalypse Now les arcs?
Sinon, oui, Brando...
Sinon, oui, Brando...
j'arrête avec mes remarques à la con, après
mais dans un autre genre, il y avait la série Apocalypse snow
aux Arcs
j'ai bavé devant les pentes de poudre
j'suis allé une fois aux Arcs
sans casque de vicking
j'ai localisé l'Aiguille rouge
il y avait un putain de vent
j'ai demandé à un prof de ski taciturne : "il y a souvent du vent dans l'bled ?"
il a fallu que je le travaille pendant tout le télésiège pour qu'il me dise "oui"
téléphérique fermé
Aiguille rouge aussi
la semaine suivante
grand beau
pas d'vent
j'y étais plus
dégouté
monde de merde
mais dans un autre genre, il y avait la série Apocalypse snow
aux Arcs
j'ai bavé devant les pentes de poudre
j'suis allé une fois aux Arcs
sans casque de vicking
j'ai localisé l'Aiguille rouge
il y avait un putain de vent
j'ai demandé à un prof de ski taciturne : "il y a souvent du vent dans l'bled ?"
il a fallu que je le travaille pendant tout le télésiège pour qu'il me dise "oui"
téléphérique fermé
Aiguille rouge aussi
la semaine suivante
grand beau
pas d'vent
j'y étais plus
dégouté
monde de merde
"sautez bordel !
c'est un ordre !"
ta tin tatatin...
Brando extra-terrestre, ok
(mais comme à chaque fois)
le film m'a gonflé
poil au nez
c'est un ordre !"
ta tin tatatin...
Brando extra-terrestre, ok
(mais comme à chaque fois)
le film m'a gonflé
poil au nez
tu dors pô ?
un montage d'extraits du film sur la chanson de King Krimson, Epitaph, dont le texte colle totalement au propos du film (mais qui ne figure pas dans la bande son)
http://fr.youtube.com/watch?v=ZicueG-cMwo
http://fr.youtube.com/watch?v=ZicueG-cMwo


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genese
publié le 19 mars 08