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Olympia o bashung
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Olympia O Bashung

Dans les vertiges de l'histoire de la vieille salle, poussière et fumée dansaient. Un homme grand et mince sous un chapeau noir s'est approché du micro, a lentement posé sa fatigue sur un tabouret, un autre s'est empressé de l'aider à passer sa guitare en bandoulière et ce fut Comme un Lego. Taillées dans la roche pure, neuf minutes parfois hésitantes, magnifiquement étincelantes. Prenant immédiatement possession de tout l'espace, une voix à la puissance intacte, inaltérable, comme détachée de son support corporel. Réunissant plusieurs générations de vingt-cinq à soixante-dix ans, l'Olympia a retenu son souffle.

L'homme grand et mince sous son chapeau noir nous a ensuite fait plonger, de Bleu Pétrole à Play Blessure, dans les décades de ses noyades, toutes de même couleur : noir pur rock. Oubliés les yukulélés, les sonorités country, les contre-allées new wave. Tout comme la mise en lumière cinématographique, tranchée, entre Faucon Maltais et Réservoir Dogs, la mise en musique fut implacablement structurée, d'un parti pris en béton, d'une unité remarquable. Eblouissante et vertigineuse mise en perspective de trente ans de musique. Salle clouée, stupéfiée.

L'homme a ainsi enchaîné "Tout est extrême, limites et cônes glacés, tout est idem, les vitrines, les pôles opposés" d'un Je T'ai Manqué brut et hypnotique. Passionnément différent de la version enregistrée. Hier à Sousse, nerveux, définitif, tendu comme un arc, a posé comme une bombe son noir étendard de la dérive.

Tu me happes, La nuit je mens, Samuel Hall, Volontaires, J'ai tué la pianiste, Vénus, Résidents de la République (sans faute), Novice, L'imprudence, L'irréel, Fantaisie militaire, Osez Joséphine, Madame rêve, Vertige de l'amour : cohérence parfaite de l'ensemble entièrement retravaillé, voix sans faille, structure de granit qui a permis à Yann Péchin de friser l'impro continue en nous enveloppant de longs riffs envoûtants. Pendant ce temps, Jean-François Assy au violoncelle, Arnaud Dieterlé à la batterie et Bobby Jocky à la contrebasse nous ciselaient de la perfection à la seconde, haletante.

Une demi-heure d'ovation debout. Etonnant comme les grands moments prennent immédiatement un parfum d'histoire. Alain Bashung revint sur scène, seul, sa guitare à bout de bras. "J'crains plus rien, le souffle coupé, la gorge irritée, je m'époumonais, sans broncher" : échappé de Fantaisie Militaire, Angora a noué deux mille cinq cents gorges autour de celle qui égrenait son fatalisme nonchalant.

Elégance rare, devant un public toujours debout, la voix sépulcrale a enfin délicatement détaché "I love you" d'une version ciselée de Nights in white Satin. Il y eut dans le public des mots d'amour jetés, des élans, des trépignements, des murmures brisés, des cris étouffés. Puis, était-ce Bashung ou Gainsbourg ou Dylan, un géant s'en est retourné vers les grandes ombres en levant lentement sa longue main blanche, dans un au revoir insoutenable de sobre solitude.

réactions : 25
lectures : 333
votes : 9
Voici les 25 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 30/06/08 à 17h31
Et si on disait le contraire, ou si on ne disait rien...
Qui serait le plus malin ?

C'était beau aussi.
 28/06/08 à 14h52
Batavio, je crois que tu confonds, c'est "confessions intimes" et pas confessions publiques, ce qui serait un pléonasme sur tf1... Sourires... Lapsus tout à ton hoinneur, et merci d'avoir partagé mon moment de concert.
Visiblement ce n'est pas le cas de tout le monde, ma cinquième étoile vient brutalement de pâlir, sniff...
 27/06/08 à 22h17

le bashung nouveau a tourné une ou deux scènes dans un film d'un type un peu nostalgique du rock'n roll qui a fait un truc qui s'appelle, je crois, "j'ai toujours rêvé d'être un gangster"

Je ne l'ai pas vu mais c'est à voir.

Sinon, feuille, ton commentaire reflète tout à fait le moment d'exception qu'a pu être ce concert... Une confession-confusion-public que TF1 ne saurait même pas imaginer !
avec AB et Arno réunis dans une scène, pas vu.
ça a toujours été un problème
l'art a toujours été accessible qu'à une tite poignée de personnes
le tout est d'avoir un esprit ouvert et curieux
la majorité est et restera endormie devant la télé à deux balles
chacun son truc et tant pis pour elle

je ne vois pas de quel film tu parles

merci pour ton lien, je le regarderai plus tard
en général, je ne me contente que d'écouter ce que les artistes font
après, le blabla, m'en fous un peu
 27/06/08 à 11h11
...pour nous si Alain reste "intime", mais quel manque de reconnaissance du vrai talent. Même des amis musiciens reconnaissent que ce qu'il fait est "très bien" mais qu'ils ont du mal à entrer dedans. En fait, on ne prend pas le temps ou la peine d'accueillir une musique.
J'imagine qu'il n'y a plus de place à l'Elysée, je vais tâcher d'aller à la Courneuve. D'autant que j'adore Arno. Ils sont bien, dans le film, les deux loustics ?
Il y a aussi pas mal d'infos sur AB dans le forum de sa communauté : http://alainbashung.artistes.universalmusic.fr/
les gens préfèrent les grosses merdes qu'on leur balance à la télé
je leur les laisse
t'imagines aller voir alain au stade de france ?

merci pour l'interview
alain était plus ou moins ému suivant les soirs
il viendra bien à la fête de l'huma
il y est déjà passé en 2004
arno, très grand artiste belge viendra aussi
Vuii, je suis bien d'accord, Bashung est le plus grand ("Le dernier des géants" a titré Les Inrocks). Après, il y a encore Polnareff et Christophe. Mais qu'on m'explique pourquoi, mais alors pourquoi une telle méconnaissance de son talent ?
 26/06/08 à 21h26
et tu as vu des différences entre les différents concerts ? Et c'est quoi cette vanne : AB passe vraiment à la fête de l'Huma ?? Naaan ??
 26/06/08 à 19h07
viens faire un tour à paris
bashung passe à la fête de l'huma
et à l'élysée montmartre les 26 octobre et 2 novembre
: o )
 26/06/08 à 18h39
et je serai à l'élysée montmartre les deux soirs
quand on aime, on ne compte pas
bashung est le plus grand artiste français
: o )
 26/06/08 à 16h09
J'ai posté ce commentaire sous Bleu Pétrole alors que j'aurais dû le faire sous Bashung.
 26/06/08 à 16h08
Tu étais à ce concert de dimanche ou à d'autres également ? Et apparemment tu vas à l'Elysée ?
on sentait qu'il y avait beaucoup plus de vrais passionnés
vivement l'élysée montmartre !
: o )

faut rassurer le tit alain et lui dire que jimi hendrix, brel, piaf, brassens et les stones ne sont pas passés dans le nouvel olympia
: o )
 26/06/08 à 14h36
Jy étais pour son dernier concert de l'année à l'Olympia. Oui, je sais que les lieux ont été réaménagés mais ça fleure bon la grande histoire. Pour Bashung lui-même : "Je trouve l'Olympia encore trop impresssionnant pour moi. Quand je pense à tous les gens qui y sont passés, je ne me sens pas tout à fait dans la filiation." (Les Inrocks 6 juin 2008)
 26/06/08 à 14h02
l'olympia s'est déplacé de plusieurs dizanes de mètres début des années 1990
la salle de maintenant n'est donc pas du tout la même salle qu'à l'origine
 26/06/08 à 12h29
... de partager avec moi.
 26/06/08 à 11h57