Bonjour à tous,
J'étais ce matin en train de songer à un truc. Une chose toute bête.
Pas mal de penseurs, philosophes, communicationistes de tout poil, estiment que les industries culturelles formatent le goût et les critères de jugement esthétique.
Qu'ils dépossèdent de la liberté, qu'ils formalisent de manière internationale le pourquoi et le comment de la question esthétique.
Ils pensent aussi qu'outre la portée économique et politique de la chose, ce contrôle des sens va jusqu'à affecter la sphère de l'intime, faisant que l'on se comporterait dans l'intime suivant les règles de conduite établies par certaines majors, certains rares possesseurs du pouvoir de créer du symbolique.
Le contrôle des sens crée une attente : on attend ce que l'on connait déjà, ce que l'habituation permet de reconnaître. Et que la nouveauté en art déjoue.
C'est alors que m'est venue l'idée suivante, le parallèle avec un syndrome assez connu en criminologie et psycho criminelle, et que pas mal d'oeuvres ont pris plaisir à mettre en scène : le syndrome de Stockholm, où une personne kidnappée prend partie bec et ongles pour la cause défendue par son ravisseur.
C'est le principe même du masochisme, ou du maître et de l'esclave. Une interdépendance, et une soumission à une fonction définie par l'autre, sans lequel je n'existe plus.
En fait, l'idée est que les industries culturelles, de par le monopole médiatique qu'elles possèdent (en matière de livres, TV, musique, cinéma) kidnappent nos sens, ravissent nos canalisations créatives, et l'on prend partie pour leur cause, car on ne saurait s'exprimer en dehors de ces canaux.
C'est ce qu'on retrouve lorsqu'on entend dire "mais oui, Jennifer est la plus grande chanteuse du siècle ! ", "Claire Chazal la plus grande romancière"...
Pourtant, le rôle de l'art c'est bien de déjouer l'attente qu'il a lui-même suscitée.
C'est de faire tolérer le réel. Ce contre quoi l'on bute, ce qui révèle comme une planche contact, notre désir.
Un exemple de l'attente :
l'exposition dont je crois avoir déjà parlé de Boltanski.
Au mur, des centaines de photographies de personnes, souriantes et enjouées, dont on sait qu'elles ont été assassinées depuis.
Plus loin, une table immense, recouverte d'un voile épais qu'il faut soulever pour y découvrir d'autres photos. Celles des scènes de crime.
Ainsi, il y a d'un côté prise en otage du spectateur en ce qu'on crée une attente chez lui, celle de voir la différence "avant / après", comme dans les pub pour produits amaigrissants, sauf que là, c'est avant / après que la tête de la personne n'ait volé en éclats.
Est-il réellement libre du choix de lever ou non le voile ? Pas vraiment, car l'attente est contenue dans le fait même de lever le voile, plus qu'elle ne sera comblée par la vision des scènes de crime.
Ainsi l'attente ne peut tabler que sur ce que l'on connait déjà. Et passé l'effroi de la première photo morbide, la seconde passe beaucoup et à la quatrième on commencerait presque à s'ennuyer ferme.
Ce n'est donc pas l'horreur que l'on attend. C'est ce que même l'horreur ne peut montrer.
Ainsi, on attend autre chose que ce que les sens (même pris en otage) seront capables de voir.
Ce n'est pas une question de taux quantitatif d'horreur.
La question est que même l'horreur est loin du compte, car l'horreur que l'on voudrait voir, ce que l'on nomme le scandalum, à mon avis est bien autre chose.
Quel est donc cet objet irregardable que l'on recherche dans le scandalum de l'oeuvre d'art ?
Selon moi il n'y en a pas 36, il n'y en a qu'un : la scène primitive. Le moment de notre propre conception. Faute de pouvoir le voir, on le fantasme, on le met en scène, on l'imagine.
De là, on pourrait penser que l'art met face à un réel contre lequel on s'écrase telle une mouche sur une vitre, car ce réel est au-delà de la narration, de l'image ou du son.
La question n'est donc pas de suivre tels des moutons la logique pyramidale de l'horreur, elle est de lever la barrière de l'impossible et surtout de l'interdit.
Finalement, le syndrome de Stockholm, ne serait-ce pas prendre partie pour celui qui a osé faire un acte "hors la loi", qui a su faire autrement ?
Celui qui s'est mis hors la loi, a rompu avec l'ordonnance esthétique imposée. Or une ordonnance, ça a deux connotations : l'une juridique, l'autre médicale. C'est en somme, imposer une loi du jugement de goût aux effets guérisseurs ou du moins soulageant.
Celui qui rompt le suivi de cette ordonnance, annonce son insatisfaction et énonce que la reconnaissance du désir est encore ailleurs. Sans doute dans un non lieu langagier.
Et le spectateur qui subit le syndrome de Stockholm, fait une sorte de retrait narcissique, en oubliant sa propre personne pour transférer son désir de transgresser la loi en suivant et en sublimant l'agresseur. Ce n'est pas de l'irresponsabilité, c'est se mettre en dehors de toute responsabilisation.
Bonne journée,
Sarah
J'étais ce matin en train de songer à un truc. Une chose toute bête.
Pas mal de penseurs, philosophes, communicationistes de tout poil, estiment que les industries culturelles formatent le goût et les critères de jugement esthétique.
Qu'ils dépossèdent de la liberté, qu'ils formalisent de manière internationale le pourquoi et le comment de la question esthétique.
Ils pensent aussi qu'outre la portée économique et politique de la chose, ce contrôle des sens va jusqu'à affecter la sphère de l'intime, faisant que l'on se comporterait dans l'intime suivant les règles de conduite établies par certaines majors, certains rares possesseurs du pouvoir de créer du symbolique.
Le contrôle des sens crée une attente : on attend ce que l'on connait déjà, ce que l'habituation permet de reconnaître. Et que la nouveauté en art déjoue.
C'est alors que m'est venue l'idée suivante, le parallèle avec un syndrome assez connu en criminologie et psycho criminelle, et que pas mal d'oeuvres ont pris plaisir à mettre en scène : le syndrome de Stockholm, où une personne kidnappée prend partie bec et ongles pour la cause défendue par son ravisseur.
C'est le principe même du masochisme, ou du maître et de l'esclave. Une interdépendance, et une soumission à une fonction définie par l'autre, sans lequel je n'existe plus.
En fait, l'idée est que les industries culturelles, de par le monopole médiatique qu'elles possèdent (en matière de livres, TV, musique, cinéma) kidnappent nos sens, ravissent nos canalisations créatives, et l'on prend partie pour leur cause, car on ne saurait s'exprimer en dehors de ces canaux.
C'est ce qu'on retrouve lorsqu'on entend dire "mais oui, Jennifer est la plus grande chanteuse du siècle ! ", "Claire Chazal la plus grande romancière"...
Pourtant, le rôle de l'art c'est bien de déjouer l'attente qu'il a lui-même suscitée.
C'est de faire tolérer le réel. Ce contre quoi l'on bute, ce qui révèle comme une planche contact, notre désir.
Un exemple de l'attente :
l'exposition dont je crois avoir déjà parlé de Boltanski.
Au mur, des centaines de photographies de personnes, souriantes et enjouées, dont on sait qu'elles ont été assassinées depuis.
Plus loin, une table immense, recouverte d'un voile épais qu'il faut soulever pour y découvrir d'autres photos. Celles des scènes de crime.
Ainsi, il y a d'un côté prise en otage du spectateur en ce qu'on crée une attente chez lui, celle de voir la différence "avant / après", comme dans les pub pour produits amaigrissants, sauf que là, c'est avant / après que la tête de la personne n'ait volé en éclats.
Est-il réellement libre du choix de lever ou non le voile ? Pas vraiment, car l'attente est contenue dans le fait même de lever le voile, plus qu'elle ne sera comblée par la vision des scènes de crime.
Ainsi l'attente ne peut tabler que sur ce que l'on connait déjà. Et passé l'effroi de la première photo morbide, la seconde passe beaucoup et à la quatrième on commencerait presque à s'ennuyer ferme.
Ce n'est donc pas l'horreur que l'on attend. C'est ce que même l'horreur ne peut montrer.
Ainsi, on attend autre chose que ce que les sens (même pris en otage) seront capables de voir.
Ce n'est pas une question de taux quantitatif d'horreur.
La question est que même l'horreur est loin du compte, car l'horreur que l'on voudrait voir, ce que l'on nomme le scandalum, à mon avis est bien autre chose.
Quel est donc cet objet irregardable que l'on recherche dans le scandalum de l'oeuvre d'art ?
Selon moi il n'y en a pas 36, il n'y en a qu'un : la scène primitive. Le moment de notre propre conception. Faute de pouvoir le voir, on le fantasme, on le met en scène, on l'imagine.
De là, on pourrait penser que l'art met face à un réel contre lequel on s'écrase telle une mouche sur une vitre, car ce réel est au-delà de la narration, de l'image ou du son.
La question n'est donc pas de suivre tels des moutons la logique pyramidale de l'horreur, elle est de lever la barrière de l'impossible et surtout de l'interdit.
Finalement, le syndrome de Stockholm, ne serait-ce pas prendre partie pour celui qui a osé faire un acte "hors la loi", qui a su faire autrement ?
Celui qui s'est mis hors la loi, a rompu avec l'ordonnance esthétique imposée. Or une ordonnance, ça a deux connotations : l'une juridique, l'autre médicale. C'est en somme, imposer une loi du jugement de goût aux effets guérisseurs ou du moins soulageant.
Celui qui rompt le suivi de cette ordonnance, annonce son insatisfaction et énonce que la reconnaissance du désir est encore ailleurs. Sans doute dans un non lieu langagier.
Et le spectateur qui subit le syndrome de Stockholm, fait une sorte de retrait narcissique, en oubliant sa propre personne pour transférer son désir de transgresser la loi en suivant et en sublimant l'agresseur. Ce n'est pas de l'irresponsabilité, c'est se mettre en dehors de toute responsabilisation.
Bonne journée,
Sarah
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Voici les 6 dernières réactions à ce commentaire
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j'en ai fait avec mes enfants au goudre de Padirac
faut une bonne lampe
faut une bonne lampe
la chanson d'Alain Souchon :
Foules sentimentales
Avec soif d'idéal
Attirées par les étoiles, les voiles
Que des choses pas commerciales
Foule sentimentale
Il faut voir comme on nous parle
Comme on nous parle
On nous Claudia Schieffer
On nous Paul-Loup Sulitzer
Oh le mal qu'on peut nous faire
Et qui ravagea la moukère
Du ciel dévale
Un désir qui nous emballe
Pour demain nos enfants pâles
Un mieux, un rêve, un cheval
Foules sentimentales
Avec soif d'idéal
Attirées par les étoiles, les voiles
Que des choses pas commerciales
Foule sentimentale
Il faut voir comme on nous parle
Comme on nous parle
On nous Claudia Schieffer
On nous Paul-Loup Sulitzer
Oh le mal qu'on peut nous faire
Et qui ravagea la moukère
Du ciel dévale
Un désir qui nous emballe
Pour demain nos enfants pâles
Un mieux, un rêve, un cheval
14/06/06 à 13h45
(Nietzche ou Picasso, google n'a pas su me dire de qui c'est !!!)
Alors Boltanski...
J'aime pas trop le principe du tout psychologie parce que je pense que c'est un palliatif à la liberté de choix et d'être de chacun : je crois plutôt à 'Homme qui se dépasse pour se maîtriser en acceptant ce qu’il est afin de se dépasser, sans trouver des "excuses dans un inconscient" ou dans des syndromes. La psychologie pour moi est un simple objet de normalisation comme si l'idéal était un comportementaliste moulé pour que chacun reste bien à sa place Si tu n'es pas d'accord avec cet ensemble de chose on va te trouver quelques syndromes, une névrose pathologique. Il y avait Dieu, aujourd’hui il y a la psychologie. Si l’homme a tué dieu, il tuera bien l’inconscient.
je ne crois pas au syndrome de Stockholm justement parce qu'il explique trop aisément que le kidnapper puisse comprendre la cause de celui qui l'enlève : C'est un syndrome parce que pour une société occidentale qui reprouve les méthodes violentes il est inacceptable culturellement qu'un de ses membres puissent prendre la défense d'un groupuscules usant de l'infamie...
Mais a regarder qui kidnappe à travers le monde ce n'est pas des Etats tout puissant, c'est toujours le faible face au fort, le pot de terre contre le pot de fer : Tu remarqueras que lorsque de telle infamie sont faites par un Etat "légitime" il n' y pas de syndrome de Stockholm... par contre le syndrome existe seulement quand c'est un petit : Quand tu pars dans un pays ou il y a de tel enlèvement tu dois savoir que cela peut t' arriver, c’est une consequence possible de ton choix. L'assumer c'est démontrer une certaine droiture par rapport à ces actes dans nos sociétés de victimes, comprendre la cause des ses bourreaux, c'est simplement se mettre à la place d'autrui, comprendre pourquoi et comment on peut en venir à cela face à des libérateurs occupants, asservissants et/ou un état totalitaire..
Il y a quelques jours des ex-otage ont gagné leurs procès contre leur tour operator après avoir ete pris en otage lors d'un voyage organisé de plongé...
Il faut toujours trouvé un coupable et la justice victimise comme si aujourd'hui dés que tu naissais tu devenais la victime d'un crime inavouable : la vie.
Le syndrome de Stockolm essaye juste de normaliser quelque chose de jugé inconcevable et anormale pour notre société afin de donner encore plus le rôle de victime au ex-otage, afin de se justifier et de donner l'illusion que l'individu est libre. mais la prise d'otage des esprits par une sorte de nomenklatura qui dit le normal et l'anormal n'est-elle pas aussi grave ?
Je crois que pour critiquer à jsute titre l’emprise de major tu te sers d’une forme pensée encore plus normalisante que la production artistique…
C'est une proposition et une suggestion, je n'affirme jamais rien aux autres même si j'ai mes convictions..
Ce que je prefere dans la psychologie ? ce sont les etudiantes
C'est quoi comme syndrome ?
TraMb
N’emepche j’adore la psychologie aussi parce qu intellectuellement c’est très enrichissant dans le sens ou comparé à la croyance religieuse c’est exactement la même chose… Une croyance avec ces miracles, ces prêtres , son âme…
Je ne suis pas d'accord avec l'idée d'innocence.
L'enfant est en demande d'amour et perçoit la demande d'amour des parents, qui du coup, deviennent eux aussi, objets et sujets de désir, donc souffrants d'un manque.
En revanche, la scène primitive a ceci de terrible, c'est qu'elle s'est produite à la fois sans nous et avec nous.
Elle a été indifférente à notre vouloir, mais on n'a pas été indifférent à son existence puisqu'on en découle.
C'est l'être là et le non être là simultanés.
Pommier dit "l'homme descend du songe" (celui des parents), et finalement, en transférant ses désirs dans la création artistique (la sienne ou celle des autres), il y a prise de possession de soi, de ses propres songes.
Nul ne peut mettre ou même copier le rapport qu'un peintre a avec la peinture, un musicien avec sa musique.
On peut bien copier l'oeuvre, son pourquoi reste propriété unique.
L'enfant est en demande d'amour et perçoit la demande d'amour des parents, qui du coup, deviennent eux aussi, objets et sujets de désir, donc souffrants d'un manque.
En revanche, la scène primitive a ceci de terrible, c'est qu'elle s'est produite à la fois sans nous et avec nous.
Elle a été indifférente à notre vouloir, mais on n'a pas été indifférent à son existence puisqu'on en découle.
C'est l'être là et le non être là simultanés.
Pommier dit "l'homme descend du songe" (celui des parents), et finalement, en transférant ses désirs dans la création artistique (la sienne ou celle des autres), il y a prise de possession de soi, de ses propres songes.
Nul ne peut mettre ou même copier le rapport qu'un peintre a avec la peinture, un musicien avec sa musique.
On peut bien copier l'oeuvre, son pourquoi reste propriété unique.


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objet-petit-a
publié le 14 juin 06