Bob Dylan sera à Bercy le 23 Avril prochain. Ce qui ne serait pas une actualité cruciale si Dylan ne tournait pas en permanence revêt cette année une importance particulière. Au soir de sa carrière, l’hommage est unanime.
Tous les observateurs de la culture et de la contre culture réunis s’accordent depuis la fin des années soixante pour reconnaître que Dylan est le poète le plus important de la seconde moitié du vingtième siècle. Au printemps 2007, rock stars de toutes obédiences, rock critics blasés et exégètes de l’histoire contemporaine ont enfin admis que le débat n’avait plus cours : Bob Dylan est effectivement hors d’atteinte. Soyons sérieux, les seuls icônes à même de tutoyer le maître sont morts depuis des décennies, certains peuplent le Panthéon musical, d’autres ont rejoint le néant dont ils n’auraient jamais du sortir. Seul, le fantôme de Jimi Hendrix, dont Dylan reprend riff pour riff la version d’ « All Along The Watchtower » semble avoir été en mesure d’humer les effluves d’une telle altitude. John Lennon également, dont les paroles subirent une véritable révolution copernicienne après sa rencontre avec Dylan lors d’un printemps londonien embrumé par l’herbe et les amphétamines. De « Love, love me do, You know, I love You », les textes des Beatles évolueront jusqu’à « I wanna make a revolution » du White Album, et au testament solo « Imagine ». Sauf que même cette proximité avec les artistes ultimes des sixties, qui furent la décennie de diamant du siècle, ne suffit pas tout à fait à percevoir ce que Dylan apportera à l’histoire. On peut raisonnablement alléguer que sans lui, le rock’n’roll serait resté une posture adolescente, évanescente et velléitaire, qui n’aurait jamais franchi le Rubicon de la pérennité.
Robert Allen Zimmerman pour l’état civil naquit le 24 mai 1941 à Duluth, Minnesota. On cherchera en vain d’autres exemples de célébrités dans ce cul de basse fosse culturel du Middle West. Sa famille émigre rapidement à Hibbing, anodine bourgade proche de la frontière canadienne, d’où le jeune Robert fugue à l’âge de dix ans, pour rejoindre Chicago, la capitale du Blues. A quelques mois de ses vingt ans, il sillonne les USA en stop et rencontre Woody Guthrie, pape du protest-song et songwriter hors pair. C’est qu’à cette époque, le folksong est le vecteur naturel de la chanson dite « à texte » ou « engagée », quand le rock’n’roll balbutiant peine à sortir des thématiques récurrentes de l’adolescence libidineuse, genre « Love me tender » ou « Sweet Little sixteen » : les filles, les bagnoles et les beuveries du week-end. Début d’une carrière de folk singer au cœur de Greenwich Village, le pendant germanopratin de Manhattan, sous le pseudonyme de Bob Dylan, en référence au poète gallois Dylan Thomas. Si le premier album éponyme, tout de même produit par John Hammond, peine à trouver son public, le second « The Freewheelin’ » est un carton essentiel. Promu sur l’épaule protectrice et accueillante de Joan Baez, les premières chansons restent arrangées guitares et harmonica, mais seront abondamment reprises par les ténors de l’acid rock, Byrds en tête.
Mais c’est paradoxalement au moment où son succès se confirme au sein d’un public déjà rance et confiné de proto-hippies sectaires que Dylan va délaisser l‘acoustique et écrire les plus lumineuses constellations du rock. En 64, lors du festival de Newport, il apparaît épaulé par une solide formation électrique, et chante « Like a Rolling Stone ». Les babas abrutis le traitent de Judas, mais d’Allen Ginsberg à Neil Cassidy en passant par Warhol, Nico et les Stones, ses pairs adoubent le génie. En 66, la star se heurte à l’asphalte du Nouveau Mexique au cours d’un accident de moto qui le laisse à moitié mort. Il endure une longue convalescence chez lui, à Woodstock, seulement entouré des membres du Band, le groupe qui l’accompagnera sur ses opus suivants. A partir de là, chaque album est un monument d’histoire. « John Wesley Harding », « Nashville Skyline », « Blood On The Tracks », jusqu’à « Desire » en 75. Il signera au passage la bande originale de « Pat Garrett & Billy The Kid », de Sam Peckinpah, immortalisée par le single « Knockin’ on Heaven’s Door » dont une reprise honteusement beuglée par les Guns’n’Roses polluera les ondes quelques années plus tard. La religion le rattrape, et sa quête de foi produira trois disques controversés à l’époque, mais néanmoins très importants à la lumière des années passées, puisqu’on y découvre une dimension inédite de la spiritualité de Dylan.
Les longues années 80 seront un purgatoire pour l’ensemble du rock, d’où n’émergeront que quelques épiphénomènes vaguement dispensables. Il faudra attendre la fin des 90’s pour que Dylan revienne en force, auréolé de la maturité et du poids du silence. En 1997, « Time out of Mind » marque le retour en force du poète américain. La voix évolue aux limites d’une assonance maîtrisée, mais les textes sonnent comme l’Amérique de Faulkner et de Gregory Corso. « Modern Times » sort en 2006, dans une ambiance crépusculaire, comme si la sagesse rôdait comme un vautour. Mais les plus éminents critiques saluent à cette occasion un album quasi parfait.
Bob Dylan a 65 ans. Il était en juillet dernier en Auvergne et à San Sebastian, deux concerts ou pour les fans de tous âges, la voix sépulcrale qui s’élève souffle sur la nuque comme le vent de l’histoire. Du haut de ces deux heures de concert, quarante cinq ans de chansons qui ont changé le monde contemplent le spectateur. Elles ont changé les USA, la jeunesse, le monde. Si comme le proclamait Léo Ferré, son avatar francophone, la lumière ne se fait que sur les tombes, on étudiera bientôt les œuvres de Bob Dylan dans les lycées, comme on le fit un jour de Rimbaud et de Jack Kerouac. Il reste chez Dylan l’insondable mystère d’un homme qui se moqua des médias, mais ne se coupa jamais d’un lien essentiel avec son public, puisqu’il reste l’un des rares artistes de sa génération à tourner à un rythme effréné.
Tous les observateurs de la culture et de la contre culture réunis s’accordent depuis la fin des années soixante pour reconnaître que Dylan est le poète le plus important de la seconde moitié du vingtième siècle. Au printemps 2007, rock stars de toutes obédiences, rock critics blasés et exégètes de l’histoire contemporaine ont enfin admis que le débat n’avait plus cours : Bob Dylan est effectivement hors d’atteinte. Soyons sérieux, les seuls icônes à même de tutoyer le maître sont morts depuis des décennies, certains peuplent le Panthéon musical, d’autres ont rejoint le néant dont ils n’auraient jamais du sortir. Seul, le fantôme de Jimi Hendrix, dont Dylan reprend riff pour riff la version d’ « All Along The Watchtower » semble avoir été en mesure d’humer les effluves d’une telle altitude. John Lennon également, dont les paroles subirent une véritable révolution copernicienne après sa rencontre avec Dylan lors d’un printemps londonien embrumé par l’herbe et les amphétamines. De « Love, love me do, You know, I love You », les textes des Beatles évolueront jusqu’à « I wanna make a revolution » du White Album, et au testament solo « Imagine ». Sauf que même cette proximité avec les artistes ultimes des sixties, qui furent la décennie de diamant du siècle, ne suffit pas tout à fait à percevoir ce que Dylan apportera à l’histoire. On peut raisonnablement alléguer que sans lui, le rock’n’roll serait resté une posture adolescente, évanescente et velléitaire, qui n’aurait jamais franchi le Rubicon de la pérennité.
Robert Allen Zimmerman pour l’état civil naquit le 24 mai 1941 à Duluth, Minnesota. On cherchera en vain d’autres exemples de célébrités dans ce cul de basse fosse culturel du Middle West. Sa famille émigre rapidement à Hibbing, anodine bourgade proche de la frontière canadienne, d’où le jeune Robert fugue à l’âge de dix ans, pour rejoindre Chicago, la capitale du Blues. A quelques mois de ses vingt ans, il sillonne les USA en stop et rencontre Woody Guthrie, pape du protest-song et songwriter hors pair. C’est qu’à cette époque, le folksong est le vecteur naturel de la chanson dite « à texte » ou « engagée », quand le rock’n’roll balbutiant peine à sortir des thématiques récurrentes de l’adolescence libidineuse, genre « Love me tender » ou « Sweet Little sixteen » : les filles, les bagnoles et les beuveries du week-end. Début d’une carrière de folk singer au cœur de Greenwich Village, le pendant germanopratin de Manhattan, sous le pseudonyme de Bob Dylan, en référence au poète gallois Dylan Thomas. Si le premier album éponyme, tout de même produit par John Hammond, peine à trouver son public, le second « The Freewheelin’ » est un carton essentiel. Promu sur l’épaule protectrice et accueillante de Joan Baez, les premières chansons restent arrangées guitares et harmonica, mais seront abondamment reprises par les ténors de l’acid rock, Byrds en tête.
Mais c’est paradoxalement au moment où son succès se confirme au sein d’un public déjà rance et confiné de proto-hippies sectaires que Dylan va délaisser l‘acoustique et écrire les plus lumineuses constellations du rock. En 64, lors du festival de Newport, il apparaît épaulé par une solide formation électrique, et chante « Like a Rolling Stone ». Les babas abrutis le traitent de Judas, mais d’Allen Ginsberg à Neil Cassidy en passant par Warhol, Nico et les Stones, ses pairs adoubent le génie. En 66, la star se heurte à l’asphalte du Nouveau Mexique au cours d’un accident de moto qui le laisse à moitié mort. Il endure une longue convalescence chez lui, à Woodstock, seulement entouré des membres du Band, le groupe qui l’accompagnera sur ses opus suivants. A partir de là, chaque album est un monument d’histoire. « John Wesley Harding », « Nashville Skyline », « Blood On The Tracks », jusqu’à « Desire » en 75. Il signera au passage la bande originale de « Pat Garrett & Billy The Kid », de Sam Peckinpah, immortalisée par le single « Knockin’ on Heaven’s Door » dont une reprise honteusement beuglée par les Guns’n’Roses polluera les ondes quelques années plus tard. La religion le rattrape, et sa quête de foi produira trois disques controversés à l’époque, mais néanmoins très importants à la lumière des années passées, puisqu’on y découvre une dimension inédite de la spiritualité de Dylan.
Les longues années 80 seront un purgatoire pour l’ensemble du rock, d’où n’émergeront que quelques épiphénomènes vaguement dispensables. Il faudra attendre la fin des 90’s pour que Dylan revienne en force, auréolé de la maturité et du poids du silence. En 1997, « Time out of Mind » marque le retour en force du poète américain. La voix évolue aux limites d’une assonance maîtrisée, mais les textes sonnent comme l’Amérique de Faulkner et de Gregory Corso. « Modern Times » sort en 2006, dans une ambiance crépusculaire, comme si la sagesse rôdait comme un vautour. Mais les plus éminents critiques saluent à cette occasion un album quasi parfait.
Bob Dylan a 65 ans. Il était en juillet dernier en Auvergne et à San Sebastian, deux concerts ou pour les fans de tous âges, la voix sépulcrale qui s’élève souffle sur la nuque comme le vent de l’histoire. Du haut de ces deux heures de concert, quarante cinq ans de chansons qui ont changé le monde contemplent le spectateur. Elles ont changé les USA, la jeunesse, le monde. Si comme le proclamait Léo Ferré, son avatar francophone, la lumière ne se fait que sur les tombes, on étudiera bientôt les œuvres de Bob Dylan dans les lycées, comme on le fit un jour de Rimbaud et de Jack Kerouac. Il reste chez Dylan l’insondable mystère d’un homme qui se moqua des médias, mais ne se coupa jamais d’un lien essentiel avec son public, puisqu’il reste l’un des rares artistes de sa génération à tourner à un rythme effréné.
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ixen
publié le 20 avril 07