J’ai essayé à plusieurs reprises de la raconter cette histoire. Mais personne n’écoute vraiment. C’est incroyable comme les gens peuvent manquer de sensibilité de nos jours. Ils ne s’intéressent plus à rien. Ils zappent. Remarquez…je ne vais pas leur jeter la pierre. On est tous un peu comme cela.
Même moi…
Pourtant, avec un peu d’attention et un soupçon d’imagination, vous pourriez presque y être.
Mais chut !!!!!!! Fermez les yeux....et écoutez ce doux ronronnement. Vous entendez ?
Le vent… voila ou je voulais en venir.
C’était en début d’automne. Peu importe l’année, d’ailleurs, je serais bien incapable de vous le dire. L’important, c’est qu’en octobre, les courants d’air froid descendent du pôle. Les vents du nord-est sont puissants et réguliers, ils rafraîchissent l’atmosphère et la chaleur ce fait un peu moins ressentir. C’est une période agréable, très agréable. Plusieurs scientifiques un peu trop optimistes avaient même annoncé que la pluie du siècle était imminente. Foutaise ! Elle n’est jamais venue. Un ciel sans nuage, d’un bleu sans faille nous accueillait chaque matin, à travers le pare-brise de la voiture et la condensation qui s’y accumulait, se transformait en rosée. De temps à autre une gouttelette un peu plus grosse et intrépide que les autres s’aventurait en contrebas, laissant une traînée translucide sur la vitre avant de s’écraser impitoyablement sur le revêtement en velours de la portière.
Voila pour ce qu’il en était de la condensation. Mais pour ce qu’il en était de la pluie, c’est une autre histoire et pure spéculation. Tenez juste compte de ce vent sec et omniprésent.
Quinze jours que l’on roulait et dormait dans cette voiture. La fille de l’agence de location nous avait conseillée cette berline grise métallisée qui ne payait pas de mine sur le parking poussiéreux du Sepulveda Boulvard. J’avais hésité l’espace d’un instant. Mais le choix était judicieux. Sans doute nous avait t’elle prit pour un couple d’amoureux qui allaient se payer une virée dans le désert, en s’envoyant en l’air de temps à autre, dans la bagnole. Ce qui n’était pas complètement faux. La banquette s’abaissait complètement et les nuits en furent donc plus confortables.
Sur la plage arrière, j’avais entassé plusieurs feuilles de Machata . Ca sentait bon le piment et la viande séchée dans tout l’habitacle. Mon smoking accroché derrière mon appui-tête était soigneusement rangé dans sa house. Beth conduisait. C’est toujours Beth qui conduisait. Elle avait un pansement sur l’œil gauche, mais cela ne la gênait pas. Plutôt jolie, égale à elle-même, dans son éternelle chemise de chambray bleu, avec ses petits boutons de nacre. Elle avait des cheveux couleur miel et une bouche un peu trop rouge pour être honnête. Le genre de fille qu’on aimerait rencontrer aux abords d’un motel. Sauf que cette fille là… c’était ma femme.
A Cathedrale City, on n’avait attendu le gars longtemps. Anxieux, je n’arrêtais pas de faire les cents pas dans l’entrée, c’était plus fort que moi. Puis assis sur le canapé de moleskine blanc, je feuilletais par dépit toutes les brochures sur la table basse de l’office et récupérais le maximum de bons de réduction pour les excursions de Las Vegas. C’était parfaitement inutile, car je savais pertinemment qu’on n’aurait jamais le temps de toutes les faire. Mais dans ces moments de stress intense, tout est bon pour vous apaiser. J’ai ouvert mon sac, déballé mon attirail et j’en ai profité pour nettoyer l’appareil photo et le débarrasser de ses satanés grains de sable. D’humeur maussade, je pestais contre moi-même. Je m’en voulais de ne pas avoir eu suffisamment de cran pour envoyer balader cette ornithologue qui n’avait pas su me faire confiance. Je faisais donc très attention. La preuve de mes dires se trouvait dans ce foutu appareil. Avec un peu de chance, cet oiseau de malheur serait sur la pellicule.
Beth n’était pas loin, elle essayait de se remaquiller en se regardant dans la vitre de la photocopieuse. Opération au combien hasardeuse. Sur la pointe des pieds, elle portait un short à petites franges et des guêtres de laine cardée sur ses chevilles. Cela lui allongeail les jambes. N’importe qui se serait rendu compte qu’elle était danseuse. Les clefs de la voiture étaient dans sa poche arrière, avec la petite boule de noël en miniature, qui scintillait sous le soleil. Elle avait les mollets bronzés et galbés. Elle était belle à voir. Beth avait fini et semblait satisfaite du résultat. Elle fit un nœud avec sa chemise, laissant entrapercevoir son discret piercing sur le nombril. Elle aurait fait un excellent modèle pour une pub de dentifrice voir même un après-shampoing.
Apres trois quarts d’heure de pénible attente, nous sommes partis. Il était clair que l’homme ne viendrait pas.
Les déserts américains ont toujours fait peur aux gens. Je comprends naturellement cette réaction. Lieux peu accueillants, arides et isolés par définition. Amas de poussières et de cailloux acérés, aux températures fluctuantes et où les rencontres fortuites sont hautement improbables. Mais c’est sans doute, pour ses mêmes raisons que je les aime. Il y a un fort sentiment de liberté lorsque l’on marche ou que l’on conduit dans un désert et celui-ci, n’échappe pas à la règle.
De là à penser que toutes cette succession d’événements qui allaient nous tomber dessus, était délibérément provoquée, afin de se retrouver en ce lieu, il n’y avait qu’un pas. Mais que je ne me serais jamais empressé de le franchir.
On roulait depuis le matin en écoutant la radio. Musique Country et Blue-Grass alternée et entrecoupée de réclames pour les casinos. Le ciel, toujours aussi limpide, illuminait un sol minéral, quasi lunaire. Palm Springs avec son gigantesque champ d’éoliennes et son téléphérique, à moins de 15 miles était dans notre ligne de mire. Encore une petite demi heure, et on y était.
Difficile de qualifier ou de définir Palm-Spring. Station balnéaire serait la plus approprié, bien que située en plein milieu du désert. Pas franchement maritime, mais quand même un petit quelque chose qui ressemble à cela. Indescriptible comme ambiance. Ville des paradoxes et de la démesure. Situé à l’emplacement même de la faille de San Andreas, considéré comme l’endroit le plus sismique de la planète, frontière entre deux plaques tectoniques qui s’unissent dans un duel sans merci. Les anciens s’accordent à dire que si le diable descend sur terre, ce sera ici et nulle part ailleurs. Le simple fait que je vous dise, que Palm Spring possède 80 terrains de golf pour moins de 20 000 habitants vous laissera songeur. Les quantités d’eau prélevée à l’amont du Colorado expliquent les raisons pour lesquelles celui-ci ne se jette plus dans l’océan. Palm Spring, cité du rêve et paradis pour milliardaires retraités en quête d’un avenir plus calme et plus serein. Ville de débauches en hiver où errent des skieurs en hors-piste, vêtus de leurs combinaisons à 10 000 dollars, histoire d’être les premiers à fouler les neiges éternelles de ce lieu ou les pauvres n’ont pas le droit de citer. Ville calvaire en été, remplie de zombis foudroyé par une chaleur accablante, avec leur déambulateur, leur casquette de Mickey et l’allure caractéristique des petits vieux qui ne passeront pas l’année. Car telle est Palm-Spring. Un mouroir en goguette ou seuls les plus fortunés peuvent survivrent le temps d’un printemps et en moins de temps qu’il en faut pour que leur compagnie d’assurance ne s’accouple avec un notaire véreux. Car le cimetière de Spring n’est pas un simple cimetière, mais le Who’s who du tout Hollywood. Mais je m’égare…
Sur la route de Palm Spring, dans cette immensité divine, l’impensable arriva.
Une effroyable explosion retentie. Le capot de la voiture fut éjecté et projeté sur le pare-brise qui se fracassa instantanément. Une écœurante fumée blanche passât par les conduits de ventilation et une odeur de brûlé envahi brutalement nos narines. Beth ne perdit pas le contrôle de la berline et nous terminâmes notre course sur le bas coté de la route. Machinalement, j’attrapai mon costard et sorti de la voiture. Beth en fit de même, elle était pieds nus et pestait en sautillant. Le bitume anthracite, réchauffé par le soleil, lui brûlait la plante des pieds. Je courais vers elle et la pris dans mes bras. Elle était aussi légère qu’une plume. Dans sa main, elle tenait la petite barquette de framboise surgelée qu’on avait acheté la veille chez un épicier mexicain. C’est étrange ce que l’on peut sauver dans un moment de panique. Elle pleurait et tremblait de tous ses membres.
Je m’éloignai le plus loin possible de la voiture. Le doux ronronnement du vent m’apaisa. Beth, blottie dans mes bras semblait dormir. Je regardais ses orteils dont elle avait peint les ongles de toutes les couleurs de l’arc en ciel. Les framboises étaient délicieusement tiède. Je me contorsionnai pour essayer de les attraper une à une.
C’est en relevant la tête que je l’aperçu. Majestueuse, la première éolienne…
Take care
Heathcliff.........
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C'est fou ce que ça inspire le bon air de St Martin.
Inspirez...
Expirez.
La complice acrostiche.
Inspirez...
Expirez.
La complice acrostiche.
la ville des simpsons c'est springfield, et on ne sais pas dans quel état elle est située 
enfin, on sait déjà que ce n'est ni dans le wisconsin, ni en alabama, ni en floride

enfin, on sait déjà que ce n'est ni dans le wisconsin, ni en alabama, ni en floride
http://minilien.com/?dRe2TFhX4E
http://minilien.com/?pQ94sfpu3u
Pas trouvé Biolay, sorry Grenadine !
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Pas trouvé Biolay, sorry Grenadine !
manque plus que les indiens !!!
Je crois qu'on en parle justement dans le comm de Lherbe-menue ... et de Jim Harrison aussi. California dream ...
En bande-son, je mettrais bien " la Palmeraie" de Biolay, qu'en dis-tu Heath ?
Grenadine Stonehorse
Je crois qu'on en parle justement dans le comm de Lherbe-menue ... et de Jim Harrison aussi. California dream ...
En bande-son, je mettrais bien " la Palmeraie" de Biolay, qu'en dis-tu Heath ?
Grenadine Stonehorse
des Simpsons !! 
Toujours un beau talent de conteur... et de collectionneur !

Toujours un beau talent de conteur... et de collectionneur !

... y'a que la pluie sur les vitres et dans la gouttière qui fait du bruit ici ! damned !
Vivement la suite !
Les spéculations vont aller bon train : pourquoi le moteur a explosé ? un vieux caché sous le capot qui voulait s'évader de Palm Spring et qu'a pété ???!!!!
Vivement la suite !
Les spéculations vont aller bon train : pourquoi le moteur a explosé ? un vieux caché sous le capot qui voulait s'évader de Palm Spring et qu'a pété ???!!!!
Vos souvenirs à Las Vegas et à Palm Spring ont fait ressurgir les miens. Je vous approuve tout à fait, Palm Spring, le royaume de la démesure et de la décadence, les déserts de la côte ouest, des espaces où l'on ressent une grande liberté, Las Vegas ? une certaine euphorie.
j'attends impatiemment la suite sur la vie des éoliennes et des assureurs-notaires de Palmspring. Vais voir s'il me reste quelques framboises tièdes en attendant
j'ai fermé les yeux.... du coup ben j'ai pas pu lire... tant pis!
accroche coeur - peut-être que personne ne l'écoute, ton histoire, mais on la lit sans décrocher. je vote 5 mais ça ne se voit pas
c'est une éolienne malveillante qui a fait exploser le capot? suspens!!
c'est une éolienne malveillante qui a fait exploser le capot? suspens!!
I understand
13/11/07 à 16h32
FIGURINE
bien écrit!
moi" (Ambrose Bierce) !



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Heathcliff
publié le 13 nov. 07