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Last  train to casablanca
 Last train to casablanca
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Après ce choc UnderMyThumb se sentit dans l’obligation de réagir, de ne pas se laisser submerger par les flots d’adrénaline qui l’envahissaient. Il était profondément perturbé, un peu sonné même. Il se rendit compte de son état et se dit qu’il fallait qu’il reprenne de la distance, pour mieux assimiler ce qui arrivait dans sa vie à cet instant précis. Il aurait du reprendre son avion le lendemain mais il sentit qu’il ne devait pas si vite replonger dans sa vie habituelle. Presque comme automate, il sortit de la médina, reprit sa voiture et en se dirigeant sur la route de Tanger, il pilât presque devant la gare d’Assilah. Il se gara et sortit de sa voiture, alla jusqu’au guichet et vit qu’un train pour Casablanca était affiché dans les minutes qui suivaient. Il prit un ticket et rejoint le quai de départ. Il se sentait comme dans un état irréel, indifférent à tout mais en besoin de se retrouver.

Quelques instants après, le train arriva en gare, il sourit devant les wagons qui lui rappelaient ceux de son adolescence, avec des compartiments séparés et le couloir qui les longeaient. Il monta rapidement en se faufilant dans la marée des voyageurs et arriva jusqu’à sa place. Il n’y avait personne paradoxalement dans le compartiment et il s’assit en allongeant les jambes sur le siège en face. Quelques minutes après, le train s’ébranla doucement et très vite le rythme régulier du boggie sur les rails le fit s’assoupir.

UnderMyThumb se réveilla en sursaut à l’annonce de l’arrivée en gare de Sidi Kacem, il rectifia sa position, puis s’étira de tout son long en baillant le plus élégamment possible, même s’il ne fut pas certain d’y parvenir.

Il se leva et mit le nez à la fenêtre du compartiment en regardant la foule se presser sur le quai devant les wagons de 2 ème classe. Lui avait pris un billet de première, ce qui lui épargnait la multitude. Il retourna s’asseoir et la tête en arrière sur le dossier, il essaye de rassembler ses pensées, sans grand succès d’ailleurs. Un bruit lui fit tourner la tête, la porte du compartiment venait de s’ouvrir, et une femme entra. Ils échangèrent un salut discret tandis qu’elle s‘avançait et elle plaça son bagage dans le panier supérieur avant que UnderMyThumb n’ait eu le temps d’esquisser un geste. Elle semblait avoir dans la belle quarantaine épanouie, habillée à l’occidentale d’un simple pantalon gris, surmonté d’un corsage rose pourpre. Ses longs cheveux noirs étaient tirés sévèrement en arrière, il se dit qu’elle ressemblait à une maîtresse d’école. Elle s’assit dans le coin presque à l’opposé de sa propre place le long de la fenêtre et bien sagement se mit à ouvrir un livre. UnderMyThumb ferma les yeux et fit semblant de se reposer, mais bien vite il entrouvrit les paupières pour la regarder. Elle avait un visage plein et une forme ovale avec de petits yeux qui réussissaient par miracle à occuper tout l’espace tellement son regard était profond. UnderMyThumb ne put s’empêcher de détailler son corsage où pointaient deux petits seins qui compensaient leur manque évident de volume par un orgueil de bon aloi. Le regard de UnderMyThumb descendit encore sur son ventre qu’il sentit comme bien plein sur un bassin épanoui. Il eut un désir instinctif de cette femme mais ne savait pas comment il allait pouvoir entre en conversation tellement elle semblait murée dans son livre, il ne l’avait pas vu encore lever le regard.

Le train repartit doucement et remit en place son rythme régulier qui plongeait les voyageurs dans une ouate de somnolence qui les berçait.

Après quelques minutes, la femme toussa légèrement et baissa son livre sur les genoux en osant pour la première un regard circulaire sur le compartiment. Ce regard croisa une fraction de seconde celui de UnderMyThumb…

Il saisit l’occasion et avec un grand sourire, qu’il savait son meilleur allié, lui dit :

« Vous allez sur Casablanca ? »

« Oh non je m’arrête à Rabat »

« Vous habitez Sidi Kacem ou Rabat ? »

« J’habite à Rabat, je n’étais à Sidi Kacem que pour la journée, j’avais à faire ».

Avant même que UnderMyThumb eut le temps de répondre, elle avait replongé son regard dans sa lecture, il la laissa en paix, probablement pour chacun puisse reprendre son souffle après une telle entrée en matière.

UnderMyThumb laissa passer quelques minutes avant de repartir à l’assaut.

« Sans indiscrétion que veniez vous faire à Sidi Kacem ? »

« Je suis enseignante et je suis venu rendre visite à un collège pour voir comment ils organisent certains de leurs cours »

« Quel beau métier que celui d’enseignante ! »

Elle hésita et dit « Je ne sais pas, c’est le mien et je l’aime »

Le silence s’installa encore entre eux. UnderMyThumb se détendit brusquement et se laissa à nouveau gagner par le sommeil.

* *

Poly était remontée dans le train avec soulagement.

Cette journée avait été épuisante.

Elle avait été enchantée de sortir de son habituel environnement en acceptant cette mission de coordination, mais la nouveauté de ce voyage, associé au stress de la journée de devoir assister sans intervenir au cours de français que sa collègue donnait tout en prenant de nombreuses notes sur des aspects originaux de son enseignement, l’avait fatiguée. La gare bondée de Sidi Kacem avait fini de l’épuiser, et elle bénit le ciel d’avoir pris une place en première classe, elle ne sentait pas capable de supporter la foule. Après avoir franchi le couloir, elle s’était arrêtée devant son compartiment et avait ouvert la porte coulissante en constatant qu’il était vide excepté un homme entre deux ages qui avait l’air assez endormi.

Elle était entrée et avait placé son bagage dans le filet sans faire mine d’avoir besoin qu’on l’aide, mais elle ne voulait pas donner de prétexte à une conversation alors que son désir de calme après cette journée l’emportait sur le reste.

Elle prit son livre et se plongea dedans comme un rempart protecteur sans lever le nez pour ne pas donner de prise à l’inconnu.

Mais de temps en temps elle jetait un coup d’œil de biais sans tourner d’un millimètre son visage, chose qu’elle faisait de manière magistrale.

Elle se fit une certaine idée de l’homme en face d’elle. Il était occidental, probablement français, les espagnols étaient beaucoup moins discrets et à part ces deux nationalités, elle n’avait jamais vu aucun autre étranger prendre cette ligne.

Elle lui trouva pourtant un certain charme et tandis que son regard commençait à perdre le fil de l’histoire qu’elle lisait, son esprit commença à vagabonder.

Elle se surprit à repenser à son mari, Abdel, et son insupportable culot, lui qui la délaissait pour ces minettes sans saveur qui lui permettait d’asseoir sa libido défaillante envers elle. Elle avait l’impression d’un gâchis dans leur couple. Elle essaya de remonter dans sa mémoire en arrière pour comprendre, pour la n ième fois, ce qui avait pu aller de travers. Elle n’avait pas l’impression d’avoir des reproches à se faire. Ils avaient fait un mariage d’amour, portés tous les deux par un passion forte et un désir de vivre qui les situaient parmi leurs amis comme une référence. Mais le temps avait passé et le désir d’enfant qui était la suite logique de leur union avait été contrarié par une infertilité d’Abdel que la médecine avait révélée. Ils en avaient longuement parlé, se jurant l’un l’autre que cela n’entachait par leur amour. Pourtant Abdel, malgré les preuves médicales, ne pouvait se résoudre à ne pas culpabiliser Poly.

Poly laissa son esprit vagabonder ainsi quelques longues minutes, retardant l’instant de la scène qui avait détruit sa vie.

Ce coup de fil de cette folle qui lui avait révélé que Abdel lui avait fait un enfant et qu’il ne voulait pas l’assumer. Poly l’avait reçu en plein cœur. La femme jalouse qui réclamait son du à son propre mari, elle n’aurait jamais imaginé qu’elle eut à subir un pareil affront dans sa vie. Et cet enfant, Abdel s’imaginait probablement qu’il était de lui, le naïf.

Se remémorer cet instant provoquait en elle des ondes de détresse mais aussi, à force, une sorte de plaisir pervers masochiste maintenant. Elle avait évolué depuis cet instant, en quelque mois, la détresse avait laissé place à une sorte d’espoir que cet « accident » était aussi révélateur pour elle d’une vie qui au total ne la satisfaisait pas pleinement. Elle avait fait une sorte de bilan, concluant que, elle aussi, avait droit à l’amour d’un homme et à la libération de cette énergie qu’elle sentait et qui la poussait à aimer et à offrir un amour charnel et féminin à un homme idéal dont l’image se formait en elle sans qu’elle sache si un tel Etre pouvait exister. Plus elle rêvait de cette incarnation, plus elle mettait la barre haute et plus elle se rendait compte que dans son environnement, un tel homme ne pouvait exister.

Elle reprit enfin le cours de sa lecture après cette nouvelle incursion dans son fort intérieur, elle sourit aussi discrètement en pensant que l’homme en face ne se doutait probablement pas de ses états d’âme.

Elle reposa son livre sur les genoux et risqua un regard vers lui.

Il en profita pour engager la conversation, elle lui répondit mécaniquement, mais uniquement parce qu’elle venait de réaliser que sa manière d’être, sa prestance, sa présence même occupait tout l’espace du compartiment. Tandis qu’elle lui répondait, elle se mit à humer son odeur qui la fit chavirer intérieurement. Elle se surprit à avoir un désir soudain qu’il la prenne dans ses bras et qu’elle puisse appuyer sa tête contre ses larges épaules et enfin, pour la première fois, laisser parler son cœur des souffrances que ces dernières années, la vie lui avait infligées.

L’homme avait tenté à nouveau, quelques instants après, de reprendre la conversation, mais elle avait fait exprès de la laisser s’éteindre.

Tandis qu’il faisait mine de s’endormir, elle n’était pas dupe, elle se reprocha son manque de cohérence. Elle avait une occasion unique de nouer une relation sans que cela ne porte à conséquences, et elle ne la saisissait pas comme d’habitude, probablement à cause de ce bagage culturel qui la ramenait à ses obligations de mère et d’épouse. Elle se vilipenda en son fort intérieur en se disant que jamais elle ne saurait aller au-delà de ses désirs.

Il lui fallu presque vingt minutes avant d’avoir le courage de se dire qu’il fallait qu’elle fasse un pas vers lui. Durant cette période, elle avait eu le temps de le détailler, et malgré les premiers instants ou son corps d’occidental l’avait choqué, cette blancheur de peau et ces traits qui ne correspondaient à rien de ce qui l’avait attiré jusqu’à présent, elle commençait à lui trouver du charme en s’habituant à la forme qu’il lui présentait.

Si elle avait su combien c’était partagé, elle n’aurait probablement eu autant de réticences.

Le mobile de l’homme se mit à sonner et se concentra pour écouter ce qu’il disait.

« Hello Marc !!! Quelle surprise !! » Un moment s’écoula et il reprit « Non je ne peux pas, je suis au Maroc en ce moment mais je te promets de te rappeler dès mon retour » puis « je pense dans une semaine, allez ciao Marc et merci d’avoir appelé »

Poly tenta une question plutôt banale en se tournant vers lui.

« Vous êtes Français ? »

L’homme se mit à rire en lui répondant « je n’en suis plus certain !!! »

* * *

Ils commencèrent à échanger quelques banalités sur le temps et le paysage, mais à mesure que la conversation se mettait en place, chacun d’eux commença à se redresser en position d’écoute plus intense ; UnderMyThumb sentait que la femme était réceptive et que lui-même la percevait comme une intrusion dans son univers, à l’endroit où sa sensibilité était la plus forte.

Leurs corps se rapprochaient insensiblement créant une atmosphère trouble entre eux deux.

Il en virent presque insensiblement à un ton de confidences en baissant la voix jusqu’à ne laisser filer qu’un murmure qui les obligeait à encore plus d’attention à ce que disait l’autre.

Poly sentait bien son cœur qui s’accélérait lorsque UnderMyThumb parlait de lui, de sa vie et lui en contrepoint sentait poindre cette envie de se confier à cette femme qu’il ne connaissait pas encore il y a à peine quelques heures.

Elle lui raconta son histoire terrible, les yeux mouillés de larmes, des sanglots dans la voix ; c’est à ce moment qu’il prit ses mains dans les siennes, elle se laissa faire, et au contraire même les serra de plus en plus fort à mesure qu’elle se libérait de ses frustrations de femme incomprise.

Lorsqu’elle ne puit plus dire un mot de plus, étranglée d’émotions, il passa ses mains dans ses cheveux soyeux, libérant d’un coup son chignon serré et la vague ondulante de la chevelure magnifique de Poly coula sur ses épaules la rendant belle et offerte à la tendresse de l’homme qui avait su toucher son cœur.

Sur les larmes qui coulaient sur sa joue, UnderMyThumb posa ses lèvres et but les perles salées qui s’offraient à sa bouche.

Poly tendit son visage vers lui, sachant déjà qu’elle allait franchir le mur qu’elle avait redouté et tant attendu depuis si longtemps.

Leur premier baiser fut d’une infinie douceur, ils goûtèrent l’incroyable saveur de leurs bouches, et furent électrisés ensemble par la sensation que l’autre procurait.

A ce moment, alors qu’ils étaient à bout de souffle, le train entra en gare de Rabat ; Poly se reprit alors, elle chercha des yeux ses affaires , se leva brusquement et presque dans un affolement total, elle saisit sa valise et bouscula UnderMyThumb en s’excusant.

« Je suis arrivée, mon Dieu, UnderMyThumb il faut que je te laisse, pardonne moi, je ne peux pas faire autrement »

Elle allait s’échapper quand UnderMyThumb lui attrapa la main et lui dit d’un ton ferme :

« Poly laisse mon ton numéro de téléphone, ou alors un adresse, Poly il faut que nous nous revoyons »

Elle sembla hésiter, ouvrit la porte, fit mine de s’enfuir et se ravisa, revit en arrière en ouvrant son sac et prit un papier, un crayon et griffonna un numéro. Elle le lui tendit en tremblant.

« UnderMyThumb appelle moi quand tu le voudras, je serai à toi »

Sur ces entrefaites, elle sortit à toute allure, laissant UnderMyThumb abasourdi dans le compartiment, avec le cœur battant à tout rompre.

De longues minutes passèrent, qui le laissèrent sans réaction ; il ne comprenait pas ce qu’il s’était passé entre cette femme et lui.

Une fois de plus, son attitude expressive, sa forme de sincérité à communiquer ses sentiments et sa sensibilité avait fait mouche dans le cœur d’une femme en provoquant en lui un séisme total dont il essayait justement de se débarrasser et dont il considérait qu’il était à la source de ses échecs sentimentaux.

Il eut envie de pleurer sur ce destin qui le faisait tellement vibrer en présence d’une certaine catégorie de femme en détresse.

Poly était dans cette faiblesse, ce désespoir qui le bouleversait, mais il y avait quelque chose de plus en elle, un désir tellement fort de se sortir de sa situation, d’aller plus avant avec cette prière inconsciente qu’elle avait émise vers lui et qui semblait dire « Sauve moi, prends moi et emmène moi ».

C’était ça qui provoquait en lui ce trouble, cette envie de la sauver, de la protéger. En même temps, il pestait contre ce désir tendu pour la femelle qu’elle était ; la concomitance des deux sentiments, envie de protéger cette femme, et pourquoi pas ses petits si elle en avait, et l’effet sur sa libido qui le positionnait en mâle dominant responsable des autres, le laissait sans voix.

Le train avait pris sa pleine vitesse entre Rabat et Casablanca, au dehors le soleil était au Zénith et les forêts d’Eucalyptus se succédaient aux trouées des champs cultivés.

La nature magnifique et orgueilleuse semblait être indifférente aux chagrins et peines des humains qui la parcouraient de leur détresse.

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Voici les 3 dernières réactions à ce commentaire
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voici un UMT bien rassurant.....

La description des sentiments des personnages est si juste....
à part ça,très bien écrit,comme d'habitudebien à toi
... au petit jour et avant même l'heure du thé. Oui, c'est vrai, "le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt !".
Le monde que vous décrivez est véritablement délicieux d'émotion, de sensibilité et d'intensité de la relation à l'autre.