Qu'est-ce qui distingue un chef respecté d'un chef illégitime ?
En septembre à Dakar, j'ai revu B.M... un ami de longue date que j'ai connu alors qu'il songeait à s'imposer comme artiste. Il avait vécu toute son enfance dans un quartier de banlieue de Dakar, populaire et chaleureux. Yeumbeul. Dans ces ruelles sableuses, les habitants se connaissaient comme dans un village, loin du vacarme du centre de la capitale. B.M... était connu pour sa simplicité et son intégrité, sa gentillesse et son enthousiasme. Il cultivait des liens solides avec ses proches, ce qui arrive facilement lorsqu'on grandit et qu'on vit longtemps dans le même quartier.
Pendant longtemps, B.M... a fait de la plomberie, le métier de son père, en rêvant de faire de la musique. Ayant cessé les études en 6ème, il avait quelques atouts, à la base : il avait quelques talents de comédien, chantait d'une voix claire et émouvante, il s'accompagnait admirablement au sabar et aux callebasses, et était audacieux dans ses créations musicales. Et surtout il avait des amis d'enfance ou de rencontres, qui voulaient réaliser leur désir de création. peintres, comédiens, tailleurs, chanteurs, danseurs et musiciens, qui ne demandaient qu'à être reconnus et encouragés. Ensemble, ils ont commencé à se produire dans Dakar et dans les parages.
Quelques années, quelques rencontres et quelques relations bienveillantes leur ont permis de faire des voyages à l'étranger, des concerts, des prestations diverses sous diverses combinaisons... et ainsi certains membres de la troupe ont pu réaliser des vieux projets. B.M... s'occupe maintenant activement d'une association d'artistes, et il a réinvesti de l'argent dans la construction d'une maison commune pour l'association. Pour pouvoir quitter son ancien métier, il a initié ses petits frères à la plomberie, qui ont pris le relais pour nourrir la famille.
Devenu plus libre dans ses mouvements, il a financé, avec un ami, la construction d'un studio d'enregistrement dans une rue toute proche. On s'y rend en saluant les habitants qui discutent le long des murs ou qui s'activent en descendant la rue. Les murs des maisons adjacentes sont taguées aux couleurs des artistes locaux. On traverse une cour ; la bâtisse abrite des chambres, un studio, une salle de prise de son, du matériel technique et des instruments de musique... Le studio fonctionne ainsi : des jeunes gens du quartier occupent le studio sans loyer, mais le font vivre par leurs activités : musique, enregistrement, arrangements, montage, graphisme... ils apprennent, et deviennent parfois pros. Et toi, si tu es un artiste, tu peux venir profiter des moyens mis à ta disposition ; mais là, chaque prestation rendue est tarifée. De cette manière tu permets au studio à vivre, et à l'association de se lancer dans de nouveaux projets.
Durant ces dernières années, en plus de sa connaissance des percussions, B.M... a appris à jouer du clavier, de la kora ; il s'initie maintenant à la guitare.
B.M... voit grand. Quand je dis qu'il voit grand, je ne parle pas d'une ambition personnelle démesurée, mais du désir de valoriser son quartier, de donner la chance aux jeunes, une activité créative, et de faire naître des talents. Lui-même se mêle aux jeunes sans aucune condescendance, riche de l'émulation qu'il suscite.
Depuis quelques temps il s'est lancé dans la construction d'une auberge près de la mer, dans un coin en plein essor, non loin de son quartier. Le but n'est pas seulement de faire rouler un hôtel de quelques chambres : ce bâtiment accueillera des voyageurs qui souhaitent s'initier à des disciplines musicales, théâtrales ; il comporte une surface qui deviendra plus tard une salle de spectacle en plein air, et pourra être le lieu de festivals et de rencontres artistiques.
Pour l'heure, un musicien guinéen (joueur de flûte traditionnelle de Guinée Conakry) occupe librement la future auberge et veille sur le bâtiment. Quand je songe à tous ceux qui s'activent dans ces projets divers, ça fait une sacrée troupe de filles et de garçons, artistes ou techniciens, et ça fait autant d'activités générées.
B.M... et quelques vieux amis font figures de leaders appréciés. Lui-même apparaît comme un initiateur, qui s'est donné les moyens, à force de boulot et de passion, de réaliser des projets dont d'autres profitent. Il pratique la mutualisation des moyens. Comme il connaît les activités des artistes, en étant un lui-même, il ne montre aucune exigence hors de propos, il vit cette vie en communauté.
Je ne peux m'empêcher de penser aux petits chefs qu'on recrute dans les boîtes pour encadrer des équipes ou des services. Ou aux petits patrons qui dirigent une société avec pour seule ambition de faire du profit, qu'importe l'activité. Ces chefs, ces patrons creusent le fossé entre eux et les employés, qu'ils évitent d'ailleurs de connaître pour mieux les commander. Ces chefs sont parfois craints, parfois détestés, parfois on leur montre de l'indifférence même lorsqu'on obéit, mais il ne s'agit jamais de respect. Celle ou celui qui suscite le respect, c'est celle ou celui qui, non seulement se soucie du bien-être des employés, mais qui partage son ambition avec eux et qui leur fait profiter des évolutions des projets.
Et B.M..., je le respecte.
En septembre à Dakar, j'ai revu B.M... un ami de longue date que j'ai connu alors qu'il songeait à s'imposer comme artiste. Il avait vécu toute son enfance dans un quartier de banlieue de Dakar, populaire et chaleureux. Yeumbeul. Dans ces ruelles sableuses, les habitants se connaissaient comme dans un village, loin du vacarme du centre de la capitale. B.M... était connu pour sa simplicité et son intégrité, sa gentillesse et son enthousiasme. Il cultivait des liens solides avec ses proches, ce qui arrive facilement lorsqu'on grandit et qu'on vit longtemps dans le même quartier.
Pendant longtemps, B.M... a fait de la plomberie, le métier de son père, en rêvant de faire de la musique. Ayant cessé les études en 6ème, il avait quelques atouts, à la base : il avait quelques talents de comédien, chantait d'une voix claire et émouvante, il s'accompagnait admirablement au sabar et aux callebasses, et était audacieux dans ses créations musicales. Et surtout il avait des amis d'enfance ou de rencontres, qui voulaient réaliser leur désir de création. peintres, comédiens, tailleurs, chanteurs, danseurs et musiciens, qui ne demandaient qu'à être reconnus et encouragés. Ensemble, ils ont commencé à se produire dans Dakar et dans les parages.
Quelques années, quelques rencontres et quelques relations bienveillantes leur ont permis de faire des voyages à l'étranger, des concerts, des prestations diverses sous diverses combinaisons... et ainsi certains membres de la troupe ont pu réaliser des vieux projets. B.M... s'occupe maintenant activement d'une association d'artistes, et il a réinvesti de l'argent dans la construction d'une maison commune pour l'association. Pour pouvoir quitter son ancien métier, il a initié ses petits frères à la plomberie, qui ont pris le relais pour nourrir la famille.
Devenu plus libre dans ses mouvements, il a financé, avec un ami, la construction d'un studio d'enregistrement dans une rue toute proche. On s'y rend en saluant les habitants qui discutent le long des murs ou qui s'activent en descendant la rue. Les murs des maisons adjacentes sont taguées aux couleurs des artistes locaux. On traverse une cour ; la bâtisse abrite des chambres, un studio, une salle de prise de son, du matériel technique et des instruments de musique... Le studio fonctionne ainsi : des jeunes gens du quartier occupent le studio sans loyer, mais le font vivre par leurs activités : musique, enregistrement, arrangements, montage, graphisme... ils apprennent, et deviennent parfois pros. Et toi, si tu es un artiste, tu peux venir profiter des moyens mis à ta disposition ; mais là, chaque prestation rendue est tarifée. De cette manière tu permets au studio à vivre, et à l'association de se lancer dans de nouveaux projets.
Durant ces dernières années, en plus de sa connaissance des percussions, B.M... a appris à jouer du clavier, de la kora ; il s'initie maintenant à la guitare.
B.M... voit grand. Quand je dis qu'il voit grand, je ne parle pas d'une ambition personnelle démesurée, mais du désir de valoriser son quartier, de donner la chance aux jeunes, une activité créative, et de faire naître des talents. Lui-même se mêle aux jeunes sans aucune condescendance, riche de l'émulation qu'il suscite.
Depuis quelques temps il s'est lancé dans la construction d'une auberge près de la mer, dans un coin en plein essor, non loin de son quartier. Le but n'est pas seulement de faire rouler un hôtel de quelques chambres : ce bâtiment accueillera des voyageurs qui souhaitent s'initier à des disciplines musicales, théâtrales ; il comporte une surface qui deviendra plus tard une salle de spectacle en plein air, et pourra être le lieu de festivals et de rencontres artistiques.
Pour l'heure, un musicien guinéen (joueur de flûte traditionnelle de Guinée Conakry) occupe librement la future auberge et veille sur le bâtiment. Quand je songe à tous ceux qui s'activent dans ces projets divers, ça fait une sacrée troupe de filles et de garçons, artistes ou techniciens, et ça fait autant d'activités générées.
B.M... et quelques vieux amis font figures de leaders appréciés. Lui-même apparaît comme un initiateur, qui s'est donné les moyens, à force de boulot et de passion, de réaliser des projets dont d'autres profitent. Il pratique la mutualisation des moyens. Comme il connaît les activités des artistes, en étant un lui-même, il ne montre aucune exigence hors de propos, il vit cette vie en communauté.
Je ne peux m'empêcher de penser aux petits chefs qu'on recrute dans les boîtes pour encadrer des équipes ou des services. Ou aux petits patrons qui dirigent une société avec pour seule ambition de faire du profit, qu'importe l'activité. Ces chefs, ces patrons creusent le fossé entre eux et les employés, qu'ils évitent d'ailleurs de connaître pour mieux les commander. Ces chefs sont parfois craints, parfois détestés, parfois on leur montre de l'indifférence même lorsqu'on obéit, mais il ne s'agit jamais de respect. Celle ou celui qui suscite le respect, c'est celle ou celui qui, non seulement se soucie du bien-être des employés, mais qui partage son ambition avec eux et qui leur fait profiter des évolutions des projets.
Et B.M..., je le respecte.
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Voici les 7 dernières réactions à ce commentaire
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Du solide et du bon, ton texte, du roboratif qui nourrit bien !
qui veut faire Harry, et finit par construire un porche.
Quelle que soit l'activité, le choix du responsable devrait se porter vers les personnes chaleureuses, qui croient à la "mission' du groupe ou de service, qui sont prosélytes .. et sensibles à "lhumain", la qualité de la relation.
et pas ceux qui ne sont pas là que pour faire carrière, mais pour motiver et fédérer. C'est rare, et l'on désigne souvent le meilleur techniquement ou le plus ambitieux ... qui découpe en tranches : être professionnel et être privé... et ça marche pas... pas d'humanité... Vive l'individu de 24 heures.
et pas ceux qui ne sont pas là que pour faire carrière, mais pour motiver et fédérer. C'est rare, et l'on désigne souvent le meilleur techniquement ou le plus ambitieux ... qui découpe en tranches : être professionnel et être privé... et ça marche pas... pas d'humanité... Vive l'individu de 24 heures.
penser au temps ou certains jeunes artistes et moins en âge pour certains avaient investis l'hôpital "éphémère" pour s'y retrouver et oeuvrer en commun...
confirmés ou apprentis changent dès le départ la donne. Un artiste est par essence une personne libre. Ceci explique sans doute celà.
que vivent pour faire grandir leur passion et qui transmettent le plaisir de leur amour.
Merci Zembla pour ce beau récit et cette humaine conclusion
Merci Zembla pour ce beau récit et cette humaine conclusion

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Zembla
publié le 11 oct. 08