Il y a deux ans, j'étais affalée dans le canapé cuir blanc cassé un peu usé et ne faisais strictement rien, attendant, mais sans savoir quoi.
Un coup de sonnette sec et bref retentit.
"Bruhh" avais-je envie de sortir, singeant les caricatures d'hommes biéreux, éthylotabagiques, mal rasés et dont la vivacité ne dépasse guère celle du filet d'urine libératoire.
Bref, j'allais ouvrir, quand même. On sait jamais, c'est p'être mon grand ennemi : le Pape.
Et là, je restais bouche bée.
On m'a toujours dit, étant petite "c'est pas en restant chez toi qu'il va t'arriver grand chose, ni que tu rencontreras le grand amour" (comme si je désirais l'inverse...).
Sauf que celui qui avait partagé ma vie pendant 8 ans, je l'avais trouvé dans son petit couffin aux pieds de la porte, puisqu'il s'était trompé d’étage...
Et sauf que là, il m'arrivait quelque chose puisqu'il m'était donné de faire face à quelqu'un de pas tout à fait comme tout le monde.
Elle m'incendia : "Mais qui êtes-vous ?"
Heu....
"Ben j'suis chez moi, et j'suis moi" pensais-je répondre en premier.
Puis, je saisis son angoisse et tentai de la rassurer.
"Vous inquiétez pas, je suis seulement la belle fille du docteur.... Entrez, je vous en prie. Elle vous attend. ".
Et oui, le canapé cuir était celui de la salle d'attente du cabinet médical de belle-maman.
Elle me lança un regard assez inquiet (elle avait raison !) et lança son corps svelte en avant.
Et aujourd'hui, écoutant stylo en main l'émission de France culture consacrée à l'évolution des cas cliniques en psychanalyse – d’ailleurs l’émission d’aujourd’hui était très intéressante, sur l’explication de la multiplication de la solitude actuelle, à écouter sur
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/
-, j'entendis que l'heure d'après, une émission était consacrée à C. A.
Alors, je restais, stylo en main, un peu rêveuse.
Je pensais plus précisément à la force de certaines personnes. La force de vie, la force d'imposition de la parole, la force du discours et l'assurance du sien propre.
Une seule et même idée, il y a bien des manières de la formuler.
La sienne - et je conseille vivement d'écouter son interview sur :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/toutarrive/
- est efficace, plutôt directe et bien pensée, même si, évidemment, la pensée devient un peu naïve lorsqu'il s'agit de soi.
Ce qui explique que pour bien se penser, il faut penser "à soi", et non "se penser".
Comme s'il s'agissait d'un autre, pour prendre un certain recul, propre à l'analyse, qui met en évidence les liens d'organisation langage / action.
Théoriser un peu ne fait pas de mal non plus, car parfois, certains mots sont lancés comme "perversion", mais je ne suis pas certaine qu'ils trouvent leur vrai sens.
Ce qui est important pour un écrivain, car mettre un mot sur un autre, ou à la place est un risque propre de mal - communication.
A l'écouter, j'ai été étonnée par sa voix, en rien ressemblante au vindicatif "qui êtes-vous ?", très douce et féminine, très attachante, un peu dérapante parfois. Un peu enfantine. A son écoute, on se croyait dans un film, pas dans une interview.
Et alors, après cette écoute, pas mal de choses se sont mises en place.
D'une part, la compréhension de ce qui manquait à mon commentaire d'hier : la notion de théâtre, et plus précisément de tragédie.
En effet, lorsque nous délibérions du regard de l'autre, une notion a échappé : le regard supporteur de discours tel qu'il est agi au théâtre. Là où il tient lieu et place (dans le théâtre classique où tout contact physique était exclu) de contact.
Ensuite, autre mise en place. Angot pose une question très intéressante sur laquelle je ne peux que lui donner 100 % raison : "lorsque les autres vous parlent, est-ce vous trouvez ça intéressant ? "
Ben non.
Les personnes et propos intéressants sont si rares que non seulement il faut les chercher longtemps, loin, les trier, sélectionner, les passer au tamis, pour en jouir pleinement.
Chacun sa méthode pour dénicher des propos qui leur "parlent", c'est-à-dire qui les font parler (soyons logiques, c'est bien dans ce sens que ça se passe).
Les oeuvres d'art, les médias, les grandes soirées entre amis.
Pour ma part, la méthode est autre. Chercher dans le meilleur. Et au sein du meilleur, rechercher le meilleur du meilleur.
Et même là, les auteurs et penseurs restent bien nombreux, de quoi remplir une vie et de quoi faire parler.
Alors, de la première idée à la seconde, le lien que ne fait pas Angot mais qui est présent de manière implicite : c'est la question de l'intéressement.
Au sens d'être intéressé à.
Pour qu'il y ait intérêt et que la chose évoquée devienne intéressante, il faut y être intéressé personnellement.
Or, en tant qu'auteur, que producteur de sens, la seule manière d'intéresser à ses propos, est de parler de ce qui touche tout le monde : donc des structures communes et universelles. Donc des mythes, passés et réactualisés.
Tout ça pour dire que Christine m'a posé la question fondamentale à laquelle je suis intéressée au même titre que tout le monde : mais qui êtes-vous ?
La présence du "mais" indique et qualifie d'avance que l'état d'être qui va suivre (dans la réponse donnée), ne sera pas lavée de l'étonnement de l'existence elle-même.
'Mais qui êtes-vous ?' Cela signifie d'une part l'étonnement : 'mais vous êtes !' Auquel suit une autre question : qu'êtes-vous ?
Et c'est là où se distingue deux attitudes face à la vie : l'étonnement constant et permanent face à l'existence des choses.
Cette attitude se retrouve en sens inverse chez ceux qui posent des réalités inadmissibles et incroyables, étonnantes (comme les actes criminels). Ca reste de l'ordre du réel. Ce contre quoi on bute.
L'autre attitude suppose l'acceptation ou la prise en compte préalable de ce qui existe, ce qui permet de passer à autre chose : la représentation de ce qui existe, ses structures... etc
Voilà bien des tergiversations à propos d'une simple phrase, mais j'espère que cela vous aura été agréable.
Bien à vous,
Sarah
Un coup de sonnette sec et bref retentit.
"Bruhh" avais-je envie de sortir, singeant les caricatures d'hommes biéreux, éthylotabagiques, mal rasés et dont la vivacité ne dépasse guère celle du filet d'urine libératoire.
Bref, j'allais ouvrir, quand même. On sait jamais, c'est p'être mon grand ennemi : le Pape.
Et là, je restais bouche bée.
On m'a toujours dit, étant petite "c'est pas en restant chez toi qu'il va t'arriver grand chose, ni que tu rencontreras le grand amour" (comme si je désirais l'inverse...).
Sauf que celui qui avait partagé ma vie pendant 8 ans, je l'avais trouvé dans son petit couffin aux pieds de la porte, puisqu'il s'était trompé d’étage...
Et sauf que là, il m'arrivait quelque chose puisqu'il m'était donné de faire face à quelqu'un de pas tout à fait comme tout le monde.
Elle m'incendia : "Mais qui êtes-vous ?"
Heu....
"Ben j'suis chez moi, et j'suis moi" pensais-je répondre en premier.
Puis, je saisis son angoisse et tentai de la rassurer.
"Vous inquiétez pas, je suis seulement la belle fille du docteur.... Entrez, je vous en prie. Elle vous attend. ".
Et oui, le canapé cuir était celui de la salle d'attente du cabinet médical de belle-maman.
Elle me lança un regard assez inquiet (elle avait raison !) et lança son corps svelte en avant.
Et aujourd'hui, écoutant stylo en main l'émission de France culture consacrée à l'évolution des cas cliniques en psychanalyse – d’ailleurs l’émission d’aujourd’hui était très intéressante, sur l’explication de la multiplication de la solitude actuelle, à écouter sur
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/
-, j'entendis que l'heure d'après, une émission était consacrée à C. A.
Alors, je restais, stylo en main, un peu rêveuse.
Je pensais plus précisément à la force de certaines personnes. La force de vie, la force d'imposition de la parole, la force du discours et l'assurance du sien propre.
Une seule et même idée, il y a bien des manières de la formuler.
La sienne - et je conseille vivement d'écouter son interview sur :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/toutarrive/
- est efficace, plutôt directe et bien pensée, même si, évidemment, la pensée devient un peu naïve lorsqu'il s'agit de soi.
Ce qui explique que pour bien se penser, il faut penser "à soi", et non "se penser".
Comme s'il s'agissait d'un autre, pour prendre un certain recul, propre à l'analyse, qui met en évidence les liens d'organisation langage / action.
Théoriser un peu ne fait pas de mal non plus, car parfois, certains mots sont lancés comme "perversion", mais je ne suis pas certaine qu'ils trouvent leur vrai sens.
Ce qui est important pour un écrivain, car mettre un mot sur un autre, ou à la place est un risque propre de mal - communication.
A l'écouter, j'ai été étonnée par sa voix, en rien ressemblante au vindicatif "qui êtes-vous ?", très douce et féminine, très attachante, un peu dérapante parfois. Un peu enfantine. A son écoute, on se croyait dans un film, pas dans une interview.
Et alors, après cette écoute, pas mal de choses se sont mises en place.
D'une part, la compréhension de ce qui manquait à mon commentaire d'hier : la notion de théâtre, et plus précisément de tragédie.
En effet, lorsque nous délibérions du regard de l'autre, une notion a échappé : le regard supporteur de discours tel qu'il est agi au théâtre. Là où il tient lieu et place (dans le théâtre classique où tout contact physique était exclu) de contact.
Ensuite, autre mise en place. Angot pose une question très intéressante sur laquelle je ne peux que lui donner 100 % raison : "lorsque les autres vous parlent, est-ce vous trouvez ça intéressant ? "
Ben non.
Les personnes et propos intéressants sont si rares que non seulement il faut les chercher longtemps, loin, les trier, sélectionner, les passer au tamis, pour en jouir pleinement.
Chacun sa méthode pour dénicher des propos qui leur "parlent", c'est-à-dire qui les font parler (soyons logiques, c'est bien dans ce sens que ça se passe).
Les oeuvres d'art, les médias, les grandes soirées entre amis.
Pour ma part, la méthode est autre. Chercher dans le meilleur. Et au sein du meilleur, rechercher le meilleur du meilleur.
Et même là, les auteurs et penseurs restent bien nombreux, de quoi remplir une vie et de quoi faire parler.
Alors, de la première idée à la seconde, le lien que ne fait pas Angot mais qui est présent de manière implicite : c'est la question de l'intéressement.
Au sens d'être intéressé à.
Pour qu'il y ait intérêt et que la chose évoquée devienne intéressante, il faut y être intéressé personnellement.
Or, en tant qu'auteur, que producteur de sens, la seule manière d'intéresser à ses propos, est de parler de ce qui touche tout le monde : donc des structures communes et universelles. Donc des mythes, passés et réactualisés.
Tout ça pour dire que Christine m'a posé la question fondamentale à laquelle je suis intéressée au même titre que tout le monde : mais qui êtes-vous ?
La présence du "mais" indique et qualifie d'avance que l'état d'être qui va suivre (dans la réponse donnée), ne sera pas lavée de l'étonnement de l'existence elle-même.
'Mais qui êtes-vous ?' Cela signifie d'une part l'étonnement : 'mais vous êtes !' Auquel suit une autre question : qu'êtes-vous ?
Et c'est là où se distingue deux attitudes face à la vie : l'étonnement constant et permanent face à l'existence des choses.
Cette attitude se retrouve en sens inverse chez ceux qui posent des réalités inadmissibles et incroyables, étonnantes (comme les actes criminels). Ca reste de l'ordre du réel. Ce contre quoi on bute.
L'autre attitude suppose l'acceptation ou la prise en compte préalable de ce qui existe, ce qui permet de passer à autre chose : la représentation de ce qui existe, ses structures... etc
Voilà bien des tergiversations à propos d'une simple phrase, mais j'espère que cela vous aura été agréable.
Bien à vous,
Sarah
réactions : 5
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Voici les 5 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
En outre, la comparaison volontaire au rapport financier me parait tres important et tres juste.
De meme que la politique au sens d'organisation des choses du langage et de l'action apparait au détour de tout propos, de même la la relation à l'argent trouve en effet sa place, puisque c'est à la fois ce qui remplace le "don" à la mère, l'échange, le pouvoir sur autrui...
Je crois que, à la différence de prunelle, on ne peut meme pas être intéresse par ce à propos de quoi on n'ets pas intéressé, ca me semble carrément impossible pour la simple et bonne raison que les choses n'existent que du fait d'être formulées. Et donc, quand on formule, c'est qu'on donne une existence à qq chose (idée, image...).
Donc, déjà, rien qu'en nommant, on crée un lien entre soi et ce dont on parle.
Alors celui en face qui nous parle, pour qu'on le comprenne, il faut que ses mots à lui trouvent résonnance dans nos mots à nous.
Et au-delà, il faut que ces mots trouvent un signifiant, qu'ils soient reconnus, captés comme les animaux se reconnaissent à l'odeur pour se regrouper.
Il y a un peu de ça dans ce dont je désirais parler.
Il faut que les mots de l'autre résonnent, fassent écho. Sinon, ils tombent dans "une oreille sourde".
Reste que comme je disais, pour etre sur d'interesser tout le monde, le mieux est de parler de ce qui est universel.
Voilà,
Heu... Bonne soirée !
Sarah
De meme que la politique au sens d'organisation des choses du langage et de l'action apparait au détour de tout propos, de même la la relation à l'argent trouve en effet sa place, puisque c'est à la fois ce qui remplace le "don" à la mère, l'échange, le pouvoir sur autrui...
Je crois que, à la différence de prunelle, on ne peut meme pas être intéresse par ce à propos de quoi on n'ets pas intéressé, ca me semble carrément impossible pour la simple et bonne raison que les choses n'existent que du fait d'être formulées. Et donc, quand on formule, c'est qu'on donne une existence à qq chose (idée, image...).
Donc, déjà, rien qu'en nommant, on crée un lien entre soi et ce dont on parle.
Alors celui en face qui nous parle, pour qu'on le comprenne, il faut que ses mots à lui trouvent résonnance dans nos mots à nous.
Et au-delà, il faut que ces mots trouvent un signifiant, qu'ils soient reconnus, captés comme les animaux se reconnaissent à l'odeur pour se regrouper.
Il y a un peu de ça dans ce dont je désirais parler.
Il faut que les mots de l'autre résonnent, fassent écho. Sinon, ils tombent dans "une oreille sourde".
Reste que comme je disais, pour etre sur d'interesser tout le monde, le mieux est de parler de ce qui est universel.
Voilà,
Heu... Bonne soirée !
Sarah
Très intéressant cette idée qu'on s'intéresse à condition d'être intéressé à.
L'intéressement serait une sorte de placement, d'investissement par lequel je serais mis en jeu.
Par exemple, quelqu'un se présentant à moi, je me sens aussitôt lié à lui par un intéressement... Mais la différence entre cet intéressement et un investissement financier est que cet intéressement, dont la source se dérobe, se découvre en même temps que le "partenaire" auquel je suis intéressé, et qu'il me découvre aussi tout à coup.
Ne serait-ce pas en ce point aveugle et éblouissant que se trouve le fameux, l'irritant, l'insaisissable petit a?
L'intéressement serait une sorte de placement, d'investissement par lequel je serais mis en jeu.
Par exemple, quelqu'un se présentant à moi, je me sens aussitôt lié à lui par un intéressement... Mais la différence entre cet intéressement et un investissement financier est que cet intéressement, dont la source se dérobe, se découvre en même temps que le "partenaire" auquel je suis intéressé, et qu'il me découvre aussi tout à coup.
Ne serait-ce pas en ce point aveugle et éblouissant que se trouve le fameux, l'irritant, l'insaisissable petit a?
Qu'on soient concernés ou qu'on se sentent concernés n'occultent en rien un intéressement à quelque chose qui paraitrait extérieur. Un peu comme au théâtre, avec le double regard : ce qui est perceptif sur la scène, ce qui nous est extérieur en coulisses.
Bonjour,
désolée, je n'ai sans doute pas été claire dans mes propos décousus, mais justement j'ai dit le contraire de
"l'idée qu'il faut obligatoirement s'intéresser à quelque chose pour être intéressé."
Puisque mon idée est qu'il faut être "intéressé "pour s'intéresser.
En somme qu'il faut être concerné, tout simplement.
Bon, enfin, peu importe.
J'ai pas trop reussi à saisir la suite, mais sans doute d'autres réactions viendront répondre à votre idée.
Bien à vous,
Sarah
désolée, je n'ai sans doute pas été claire dans mes propos décousus, mais justement j'ai dit le contraire de
"l'idée qu'il faut obligatoirement s'intéresser à quelque chose pour être intéressé."
Puisque mon idée est qu'il faut être "intéressé "pour s'intéresser.
En somme qu'il faut être concerné, tout simplement.
Bon, enfin, peu importe.
J'ai pas trop reussi à saisir la suite, mais sans doute d'autres réactions viendront répondre à votre idée.
Bien à vous,
Sarah
Pas d'accord sur l'idée qu'il faut obligatoirement s'intéresser à quelque chose pour être intéressé. Manque aussi la considération qu'on porte à la personne, je trouve. Au contraire, je trouve que ça manque d'ouverture d'esprit et va à l'encontre de l'intéressement.
Tout contact physique n'est pas exclu dans le théatre classique mais sur la scène oui. Tout n'est pas perceptif :.). Après c'est à l'oeil du spectateur de "s'intéresser aux coulisses" ou pas...:.)
Bon la psycho et tout, je te laisse juge..:.D
Tout contact physique n'est pas exclu dans le théatre classique mais sur la scène oui. Tout n'est pas perceptif :.). Après c'est à l'oeil du spectateur de "s'intéresser aux coulisses" ou pas...:.)
Bon la psycho et tout, je te laisse juge..:.D

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publié le 7 sept. 06