Être père de famille, ce n'est pas une synécure - enfonçage de porte ouverte depuis des millénaires, ou, en tout cas, depuis Freud, l'inventeur du père.
Être père de famille, pas nombreuse mais fauchée (en général à partir du 2 janvier pour tout le reste de l'année), c'est pas simple pour aller au ciné (1).
Mais ce soir-là, miracle, pas de gosse et des places gratos bienveillamment fournies par un ami campagnard. C'est donc en bonne compagnie que j'ai vu, au cinéma de Montargis, Loiret, "Je suis une Légende", film d'une heure quarante sans entracte avec le Prince de Bel Air et Rintintin.
Un mot sur l'endroit : cinéma en cours de désaffectation, ambiance de fin du monde, fauteuils arrachés, ménage pas fait, escaliers branlants, néons crus et lumière vacillante, caissier-ouvreur-projectionniste mal embouché, travaux à côté du cinéma (un bâtiment en construction qui abritera, devinez quoi... un multiplexe. A Montargis, Loiret.J'invente rien.). Ca vous pose une atmosphère apocalyptique comme un rien, ça, je vous jure !
En tout cas, ça aide vachement à se plonger dans le film.
Pour résumer l'intrigue : une épidémie provoquée par la mutation d'un vaccin contre le cancer en virus horrible détruit quasiment toute l'humanité en trois ans. Ne restent (à New York, en tout cas) qu'un homme immunisé au virus et les survivants, transformés en êtres primitifs, sauvages et enragés, vulnérables à la lumière solaire. C'est l'histoire de la survie de cet homme livré à la solitude et à l'angoisse d'être le dernier de son espèce, et d'être devenu une proie.
C'est un film qu'on peut - et qu'on a - critiquer, qu'on peut accuser de torpiller le sens d'un livre(2) pour le livrer en pâture au spectateur béat incapable de différencier feux C. Jérôme et C.G. Jung(3).
Ce film ne deviendra sans doute pas une légende. Mais bon dieu, que c'est bien mené, bon dieu que c'est bien joué.
Cela faisait bien longtemps que je ne m'étais pas senti aussi oppressé tout au long d'un long métrage ; aucune pause dans la tension provoquée, du début à la fin. C'est bien simple, j'ai bien cru que j'allais emporter la housse de mon fauteuil en me levant, à la fin du film. Maintenir la pression de cette façon, c'est fort. Une heure et quarante minute sans desserrer les dents, j'ai les molaires qui se prennent pour les Vosges, maintenant.
Quasiment aucune musique ne vient parasiter la tension ni jouer avec l'ambiance. Tout est tenu par la mise en scène et par le jeu de Will Smith.
J'avoue, j'ai eu un instant de recul en voyant son nom sur l'affiche. Une adaptation d'un chef d'oeuvre de la science-fiction avec dans le rôle principal le fils spirituel d'Eddy Murphy et de Sidney (4), ça donne pas envie.
Il est très fort ; il a vieilli (des poils blancs sur un visage négligé, ça change pas mal de choses). Le film repose presque entièrement sur lui, et il le tient avec beaucoup de subtilité. Oublié, le misérable Bad Boy, Will Smith doit commencer à se dire qu'il approche de l'âge de Morgan Freeman.
Trois petites remarques toutefois : la fin bâclée mais regardable, les coupes de montage qui ne permettent pas de cerner l'évolution des "créatures" vers une organisation moins primaire (bien qu'on en constate les effets, un peu brutalement) et qui rendent le film manichéen, et les flash-backs maladroits. Cependant, aucun de ces défauts n'ôte au film son principal atout : enfoncer le spectateur dans son siège avec les mains aggripées aux accoudoirs (ou au bras de ses voisins de fauteuil, encombrants par définition).
Donc, oui, c'est un - pardon, ce n'est qu'un - divertissement ; mais un des rares qui soit parvenu à me divertir depuis bien longtemps. Et au risque de décevoir echtelion7 : il ne m'a même pas rendu bushiste primaire malgré sa morale de fonte ainsi que son cathomysticisme breveté sans phosphate et conçu sans préservatif.
(1) Cherche baby sitter disponible et bénévole, sachant tenir une conversation et un aspirateur.
(2) Et si ce film incitait des gens à lire le livre ? Mmh ? Critiquer un film en disant qu'il appauvrit le sens d'un livre, c'est aussi enfoncer une porte ouverte ; en plus, la critique ne tient pas debout : celui qui a lu le livre n'en perd pas le sens en voyant le film, et celui qui ne l'a pas lu ne perd rien. Il aura peut-être même envie de le lire le livre et d'en découvrir le sens plus profond. Tout bénef. Continuez, chers ricains d'olive-oued, à adapter des chefs-d'oeuvre en forme de divertissement réussi : si ça peut faire des lecteurs en plus, on ne vous pardonnera sans doute pas l'Irak, mais on vous pardonnera sûrement Die Hard 4.
(3) Thiéfaine
(4) Vous vous rappelez ? "achipé, achopé"...
Être père de famille, pas nombreuse mais fauchée (en général à partir du 2 janvier pour tout le reste de l'année), c'est pas simple pour aller au ciné (1).
Mais ce soir-là, miracle, pas de gosse et des places gratos bienveillamment fournies par un ami campagnard. C'est donc en bonne compagnie que j'ai vu, au cinéma de Montargis, Loiret, "Je suis une Légende", film d'une heure quarante sans entracte avec le Prince de Bel Air et Rintintin.
Un mot sur l'endroit : cinéma en cours de désaffectation, ambiance de fin du monde, fauteuils arrachés, ménage pas fait, escaliers branlants, néons crus et lumière vacillante, caissier-ouvreur-projectionniste mal embouché, travaux à côté du cinéma (un bâtiment en construction qui abritera, devinez quoi... un multiplexe. A Montargis, Loiret.J'invente rien.). Ca vous pose une atmosphère apocalyptique comme un rien, ça, je vous jure !
En tout cas, ça aide vachement à se plonger dans le film.
Pour résumer l'intrigue : une épidémie provoquée par la mutation d'un vaccin contre le cancer en virus horrible détruit quasiment toute l'humanité en trois ans. Ne restent (à New York, en tout cas) qu'un homme immunisé au virus et les survivants, transformés en êtres primitifs, sauvages et enragés, vulnérables à la lumière solaire. C'est l'histoire de la survie de cet homme livré à la solitude et à l'angoisse d'être le dernier de son espèce, et d'être devenu une proie.
C'est un film qu'on peut - et qu'on a - critiquer, qu'on peut accuser de torpiller le sens d'un livre(2) pour le livrer en pâture au spectateur béat incapable de différencier feux C. Jérôme et C.G. Jung(3).
Ce film ne deviendra sans doute pas une légende. Mais bon dieu, que c'est bien mené, bon dieu que c'est bien joué.
Cela faisait bien longtemps que je ne m'étais pas senti aussi oppressé tout au long d'un long métrage ; aucune pause dans la tension provoquée, du début à la fin. C'est bien simple, j'ai bien cru que j'allais emporter la housse de mon fauteuil en me levant, à la fin du film. Maintenir la pression de cette façon, c'est fort. Une heure et quarante minute sans desserrer les dents, j'ai les molaires qui se prennent pour les Vosges, maintenant.
Quasiment aucune musique ne vient parasiter la tension ni jouer avec l'ambiance. Tout est tenu par la mise en scène et par le jeu de Will Smith.
J'avoue, j'ai eu un instant de recul en voyant son nom sur l'affiche. Une adaptation d'un chef d'oeuvre de la science-fiction avec dans le rôle principal le fils spirituel d'Eddy Murphy et de Sidney (4), ça donne pas envie.
Il est très fort ; il a vieilli (des poils blancs sur un visage négligé, ça change pas mal de choses). Le film repose presque entièrement sur lui, et il le tient avec beaucoup de subtilité. Oublié, le misérable Bad Boy, Will Smith doit commencer à se dire qu'il approche de l'âge de Morgan Freeman.
Trois petites remarques toutefois : la fin bâclée mais regardable, les coupes de montage qui ne permettent pas de cerner l'évolution des "créatures" vers une organisation moins primaire (bien qu'on en constate les effets, un peu brutalement) et qui rendent le film manichéen, et les flash-backs maladroits. Cependant, aucun de ces défauts n'ôte au film son principal atout : enfoncer le spectateur dans son siège avec les mains aggripées aux accoudoirs (ou au bras de ses voisins de fauteuil, encombrants par définition).
Donc, oui, c'est un - pardon, ce n'est qu'un - divertissement ; mais un des rares qui soit parvenu à me divertir depuis bien longtemps. Et au risque de décevoir echtelion7 : il ne m'a même pas rendu bushiste primaire malgré sa morale de fonte ainsi que son cathomysticisme breveté sans phosphate et conçu sans préservatif.
(1) Cherche baby sitter disponible et bénévole, sachant tenir une conversation et un aspirateur.
(2) Et si ce film incitait des gens à lire le livre ? Mmh ? Critiquer un film en disant qu'il appauvrit le sens d'un livre, c'est aussi enfoncer une porte ouverte ; en plus, la critique ne tient pas debout : celui qui a lu le livre n'en perd pas le sens en voyant le film, et celui qui ne l'a pas lu ne perd rien. Il aura peut-être même envie de le lire le livre et d'en découvrir le sens plus profond. Tout bénef. Continuez, chers ricains d'olive-oued, à adapter des chefs-d'oeuvre en forme de divertissement réussi : si ça peut faire des lecteurs en plus, on ne vous pardonnera sans doute pas l'Irak, mais on vous pardonnera sûrement Die Hard 4.
(3) Thiéfaine
(4) Vous vous rappelez ? "achipé, achopé"...
réactions : 12
lectures : 372
votes : 13
Voici les 12 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
05/02/08 à 13h17
m amenez y
Je suis une Légende de Matheson c'est presque un récit philosophico mort vivants, sur le sens de la vie...ou de la non vie, qui est la vie? Enfin bref, vous le constatez y a matière à...
Le film c'est un film de mort vivant et là autant voir shaun of the dead!!!!
GENIAL!
Le film c'est un film de mort vivant et là autant voir shaun of the dead!!!!
GENIAL!
parce que j'aime bien me faire désirer 
bon divertissement, mais avoir vu les deux versions précédentes avant, ça aide pas. mais je le reverrai avec plaisir sur tf1 un dimanche soir

bon divertissement, mais avoir vu les deux versions précédentes avant, ça aide pas. mais je le reverrai avec plaisir sur tf1 un dimanche soir

Vero, avril90, janisjoplin > Merci !
Cither > j'attends que tu me fasses autre chose que du riz à manger pour te montrer où est le fauteuil
feather > ce que tu ne ferais pas pour squatter notre appart', toi !
Tof, sirius > le Loiret, c'est le meilleur endroit pour le voir, garanti
Eniii > l'un n'empêche pas l'autre, mais n'emmène pas ton bébé voir le film, hein
Cither > j'attends que tu me fasses autre chose que du riz à manger pour te montrer où est le fauteuil
feather > ce que tu ne ferais pas pour squatter notre appart', toi !
Tof, sirius > le Loiret, c'est le meilleur endroit pour le voir, garanti
Eniii > l'un n'empêche pas l'autre, mais n'emmène pas ton bébé voir le film, hein
mais dans le Loiret
Dans le complexe multi salles voisin, c'est lourd, il n'y a que des VO et du THX partout. On se fout de nous.

Dommage pour la fin du film quand même. Baclée, c'est le terme juste.
Dans le complexe multi salles voisin, c'est lourd, il n'y a que des VO et du THX partout. On se fout de nous.

Dommage pour la fin du film quand même. Baclée, c'est le terme juste.
et une gosse enfermée dans une housse de siège de l'autre...alors n'hésite pas pour le baby sitting bull 

dans un driving ciné celui que je connais au nord est aussi délabré !
avec lequel tu es parti ? Tu l'a offert à ta gosse ?
Petite illustration musicale !
http://www.youtube.com/watch?v=erJc4dzZ3IA
et précisions bibliographiques : "I am a legend" est adapté du roman éponyme de l'auteur américain Richard Matheson paru en 1954.
Petite illustration musicale !
http://www.youtube.com/watch?v=erJc4dzZ3IA
et précisions bibliographiques : "I am a legend" est adapté du roman éponyme de l'auteur américain Richard Matheson paru en 1954.
j'ai vu le film et je me suis régalée du début à la fin. will smith est épatant et sexy au diable. puis la scène avec schrek c'est tip top 

hé, Doude, t' écris Hment bien, min garchon ! 



Je réagis à ce commentaire en
Je réagis à ce commentaire en 

doudebaolescu
publié le 29 janvier 08