Il aura fallu un certain temps mais désormais Socrate et Pluton, mes deux fiers chats, semblent avoir admis l’idée que nous soyons expatriés. Au tout début, je dois dire que l’un et l’autre étaient réellement déboussolés de ce chamboulement brutal survenu dans leur paisible existence. Encore peu habitués et intimidés par leur nouveau cadre de vie tangérois, ils demeuraient presque invisibles les premiers jours. Dans leurs chambres respectives, c’est à peine si se devinait ça et là une bosse plus ou moins discrète sur un lit, sous la chaleur protectrice d’une couette. Ils n’avaient encore jamais vu ni entendu d’animaux si terrifiants que les quelques ânes et la douzaine de vaches qui paissent autour de l’appartement, inoffensifs voisins dont la clameur nous parvenait comme déformée et amplifiée par l’écho, puisque les pièces où nous vivions étaient encore vides.
Quelques semaines ont passé. Les voilà à présent apaisés, convaincus d’une certaine normalité. La nuit tombe sur Tanger et ils observent le firmament en bavardant. C’est Socrate qui parle le premier.
- Ce qui ne me plaît pas tant que ça, c’est de savoir qu’elle fait partie de l’ordre des reptiles. Et je trouve que tu l’acceptes bien vite et bien facilement. C’est quand même une étrangère, non ? Qui te dis qu’elle ne va pas grandir, devenir énorme et vouloir nous manger ? On serait dans un drôle de merdier, inconscient.
- Mais non, elle ne peut pas nous manger. Elle est végétarienne, comme Arielle Dombasle. Si tu préfères, elle mange de la salade, des feuilles de haricots et tutti quanti. Comme n’importe quelle tortue.
- Alors Arielle Dombasle aussi fait des cacas verts sur le carrelage ?
- Je n’ai pas vérifié. Blanc cassé, je présume, puisqu’elle se nourrit d’amandes.
- Donc, si je me fie à toi on ne risque rien ? Je ne vais pas me réveiller dans son estomac un matin ?
- Y a pas des masses de chances, non. Même si elle était carnivore elle serait obligée de se plier aux Lois et aux Commandements de Papa.
- Quelles Lois ?
- Tout nouvel animal franchissant le seuil de la maison doit être considéré par les anciens membres du clan comme un membre de la famille à part entière, sans délai ni discussion. J’ai appliqué ce règlement à la lettre lorsque tu es arrivé toi-même, larve aux yeux jaunes de débiles que tu étais.
- Débile vaniteux toi-même. Tu m’aimes pour ce que je suis, je le sais, malgré tes grands airs. Oh la la ! Quelle trouille j’ai eu cet hiver !
- A quel moment ?
- Quand papa s’est laissé séduire par la grosse femelle Rotweiler. Presque tous les jours elle l’attendait devant la maison. Cet air bête qu’elle avait avec sa balle de tennis gluante de salive.
- Je comprends ça. Cette aguicheuse me donnait des boutons. J’ai même craint qu’elle nous soit imposée de force, vois-tu. Comme la pie, comme le goéland, comme les têtards et tant d’autres bizarres créatures.
- Il n’y a jamais de consultation, c’est ça l’ennui. Franchement, je trouve qu’il pourrait nous demander notre avis. Ce n’est pas très participatif. Je vois d’ici le jour où je vais me réveiller à côté d’un dromadaire.
- Tu pourras dire adieu aux beaux jours !
- J’en reviens à cette tortue. Tu n’es pas jaloux quand il l’embrasse sur la bouche ?
- Pas vraiment, même si bien sûr je trouve ça répugnant. Ce n’est pas de l’amour, c’est tout. Je le sais.
- Comment peux-tu en être sûr ?
- Il lui montre simplement qu’elle se trouve dans un milieu qui n’est pas hostile. C’est son apprentissage global. Elle doit assimiler les notions de base : ta stupide inoffensivité, ma grande bonté et l’absence de risque qu’il y a à se faire renifler par Fauvette.
- D’accord, mais il pourrait embrasser la carapace tout de même.
- Ca n’aurait pas la même portée. On n’embrasse pas une armure, et comme les pattes griffues et le derrière sont à exclure… il ne reste guère que sa vilaine bouche. A propos, tu sais pourquoi Fauvette est punie ?
- Oui, j’ai tout vu. C’est arrivé pendant que tu dormais. Elle s’est drôlement fait engueuler.
- Tu aurais dû me réveiller. J’aurais bien voulu voir la scène.
- Papa était très, très en colère. A cause de ses manigances. Elle faisait la malade. Si tu l’avais entendu. Moi qui m’inquiétais alors que tu n’est qu’une Tricheuse ! Pleureuse ! Tousser pendant des semaines à t’en arracher la poitrine dans le seul but d’avoir du sirop à la fraise, des suppositoires à l’eucalyptus et des Haribos. Des sacs entiers y sont passés ! File dans ta chambre ! Tu n’est qu’une simulatrice, une … actrice ! Disparais, Espèce de Garbo perverse, d’ignoble petite Sophie Marceau !
- Garbo est encore assez élogieux comme terme. Mais Marceau, c’est de la grosse insulte ou je ne m’y connais pas. J’en frémis ! Elle devait être verte.
- Verte et démasquée. Moi, je me doutais bien que c’était du chiqué.
- De toute façon, elle était beaucoup, beaucoup trop gâtée comme chienne. Et elle avait déjà provoqué grave avec la tablette de chocolat aux noisettes.
- D’ailleurs, on ne peut pas nous reprocher de ne pas l’avoir prévenue ce jour-là. Totalement inconsciente.
- Et je trouve qu’il ne faut pas lui donner autant d’importance. Tiens, regarde les étoiles.
- Tu as raison. Elles sont belles. Et nous sommes bien ici, mon Pluton.
Quelques semaines ont passé. Les voilà à présent apaisés, convaincus d’une certaine normalité. La nuit tombe sur Tanger et ils observent le firmament en bavardant. C’est Socrate qui parle le premier.
- Ce qui ne me plaît pas tant que ça, c’est de savoir qu’elle fait partie de l’ordre des reptiles. Et je trouve que tu l’acceptes bien vite et bien facilement. C’est quand même une étrangère, non ? Qui te dis qu’elle ne va pas grandir, devenir énorme et vouloir nous manger ? On serait dans un drôle de merdier, inconscient.
- Mais non, elle ne peut pas nous manger. Elle est végétarienne, comme Arielle Dombasle. Si tu préfères, elle mange de la salade, des feuilles de haricots et tutti quanti. Comme n’importe quelle tortue.
- Alors Arielle Dombasle aussi fait des cacas verts sur le carrelage ?
- Je n’ai pas vérifié. Blanc cassé, je présume, puisqu’elle se nourrit d’amandes.
- Donc, si je me fie à toi on ne risque rien ? Je ne vais pas me réveiller dans son estomac un matin ?
- Y a pas des masses de chances, non. Même si elle était carnivore elle serait obligée de se plier aux Lois et aux Commandements de Papa.
- Quelles Lois ?
- Tout nouvel animal franchissant le seuil de la maison doit être considéré par les anciens membres du clan comme un membre de la famille à part entière, sans délai ni discussion. J’ai appliqué ce règlement à la lettre lorsque tu es arrivé toi-même, larve aux yeux jaunes de débiles que tu étais.
- Débile vaniteux toi-même. Tu m’aimes pour ce que je suis, je le sais, malgré tes grands airs. Oh la la ! Quelle trouille j’ai eu cet hiver !
- A quel moment ?
- Quand papa s’est laissé séduire par la grosse femelle Rotweiler. Presque tous les jours elle l’attendait devant la maison. Cet air bête qu’elle avait avec sa balle de tennis gluante de salive.
- Je comprends ça. Cette aguicheuse me donnait des boutons. J’ai même craint qu’elle nous soit imposée de force, vois-tu. Comme la pie, comme le goéland, comme les têtards et tant d’autres bizarres créatures.
- Il n’y a jamais de consultation, c’est ça l’ennui. Franchement, je trouve qu’il pourrait nous demander notre avis. Ce n’est pas très participatif. Je vois d’ici le jour où je vais me réveiller à côté d’un dromadaire.
- Tu pourras dire adieu aux beaux jours !
- J’en reviens à cette tortue. Tu n’es pas jaloux quand il l’embrasse sur la bouche ?
- Pas vraiment, même si bien sûr je trouve ça répugnant. Ce n’est pas de l’amour, c’est tout. Je le sais.
- Comment peux-tu en être sûr ?
- Il lui montre simplement qu’elle se trouve dans un milieu qui n’est pas hostile. C’est son apprentissage global. Elle doit assimiler les notions de base : ta stupide inoffensivité, ma grande bonté et l’absence de risque qu’il y a à se faire renifler par Fauvette.
- D’accord, mais il pourrait embrasser la carapace tout de même.
- Ca n’aurait pas la même portée. On n’embrasse pas une armure, et comme les pattes griffues et le derrière sont à exclure… il ne reste guère que sa vilaine bouche. A propos, tu sais pourquoi Fauvette est punie ?
- Oui, j’ai tout vu. C’est arrivé pendant que tu dormais. Elle s’est drôlement fait engueuler.
- Tu aurais dû me réveiller. J’aurais bien voulu voir la scène.
- Papa était très, très en colère. A cause de ses manigances. Elle faisait la malade. Si tu l’avais entendu. Moi qui m’inquiétais alors que tu n’est qu’une Tricheuse ! Pleureuse ! Tousser pendant des semaines à t’en arracher la poitrine dans le seul but d’avoir du sirop à la fraise, des suppositoires à l’eucalyptus et des Haribos. Des sacs entiers y sont passés ! File dans ta chambre ! Tu n’est qu’une simulatrice, une … actrice ! Disparais, Espèce de Garbo perverse, d’ignoble petite Sophie Marceau !
- Garbo est encore assez élogieux comme terme. Mais Marceau, c’est de la grosse insulte ou je ne m’y connais pas. J’en frémis ! Elle devait être verte.
- Verte et démasquée. Moi, je me doutais bien que c’était du chiqué.
- De toute façon, elle était beaucoup, beaucoup trop gâtée comme chienne. Et elle avait déjà provoqué grave avec la tablette de chocolat aux noisettes.
- D’ailleurs, on ne peut pas nous reprocher de ne pas l’avoir prévenue ce jour-là. Totalement inconsciente.
- Et je trouve qu’il ne faut pas lui donner autant d’importance. Tiens, regarde les étoiles.
- Tu as raison. Elles sont belles. Et nous sommes bien ici, mon Pluton.
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... savoir ce qu'ils pensent avec leur sérénité affichée et leurs airs débonnaires ...
mais tu me choisis un joli nom comme les autres, je te fais confiance 
Tout mais pas Marguerite Gautier .......
Un été à Tanger, cela sonne comme un titre de roman, alors Brian vs Paul Bowles ??
kisses
Tout mais pas Marguerite Gautier .......
Un été à Tanger, cela sonne comme un titre de roman, alors Brian vs Paul Bowles ??
kisses
mais c'est vrai que comme bisou, on peut imaginer plus voluptueux...
beurkkkk !!!!
Sinon, Socrate et Pluton sont aussi bavards que ma colocataire !
Sinon, Socrate et Pluton sont aussi bavards que ma colocataire !
10/05/08 à 11h41

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Je réagis à ce commentaire en
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brianRobert
publié le 10 mai 08