« Tu ramasses un caillou, tu le jettes
Il blesse
un oiseau, une feuille, une épaule
l’eau de la rivière
la renoncule, la fourmi… »
Paul Thierrin
……
En descendant l’escalier, en longeant les rues endormies, il marche d'un pas de conquérant. Porté par la vague de ceux qui rompent les rangs. Ailleurs l’appelle, le happe irrésistiblement.
Il laisse le destin choisir sa destination. « Le premier train… je monte dans le premier train en partance… ». Grisé, il parcourt les quelques mètres qui le séparent de son wagon. Son regard, porté haut, survole le quai, toise les voyageurs, humbles serviteurs d’un univers dont il se sent maintenant l’exilé volontaire.
Le train s’ébranle, accélère. Dans la lumière diffuse de l’aube, les ombres des villages traversés à grande vitesse exaltent son sentiment de liberté ; dérisoires fourmilières.
Il entend à peine les voix de ces deux femmes, assises devant lui, qui dissertent sans s’écouter, sur un événement dont il devine la futilité sans en connaître l’essence.
Le soleil affleure à l’horizon, perçant par endroits une légère couche de nuages. Il regarde sa montre. 7 heures…
Elle se lève…
D’un mouvement brusque de la tête, il rejette l’idée…
Au creux de son estomac, cependant, une légère sensation… pas un poids, pas une douleur… juste une présence.
Une pensée lui vient, l’histoire idiote du désespéré qui se jette dans le vide du haut d’un building et qui, à chaque étage, crie « Jusque là, ça va… ».
Déjà, l’insouciance n’est plus.
Elle entre dans la cuisine, les yeux ensommeillés, encore rougis des larmes de la nuit…
« Oui, mais tu comprends, si on va par-là, y’a pas de raison que ça cesse… » La voix des deux amies devant lui percent peu à peu la forteresse de son indifférence… Ne pas penser… ne pas penser…
Il se lève et se dirige vers le bar. Besoin d’un café… Besoin de bouger… Retrouver l’état de grâce…
Elle aime son café léger le matin, largement éclairci de lait chaud…
Dès la première gorgée, il sait que son estomac supportera mal le breuvage insipide que l’hôtesse (on ne dit pas serveuse dans le TGV…) lui a préparé. Une boule prend forme au creux de son ventre… et remonte dans sa gorge…
Sur la table, appuyée à la corbeille de fruits, une lettre… Elle la regarde, ne la touche pas, ne l’ouvre pas… Elle sait…
Chahuté par le mouvement du train sur les rails, il regagne son siège. Il ferme les yeux. Envie de dormir.
Mais aussitôt, les images sont là…
Il rouvre les yeux, se redresse, tente de retrouver en lui l’élan. Envie de fumer. La première fois depuis des années…
Envie de ne pas être là, de ne pas être lui… Partir à soudain un goût amer.
Le paysage qui défile lui donne la nausée…
……
À une amie qui depuis peu est seule dans sa cuisine le matin et se demande dans quel train il voyage…
Louise
Il blesse
un oiseau, une feuille, une épaule
l’eau de la rivière
la renoncule, la fourmi… »
Paul Thierrin
……
En descendant l’escalier, en longeant les rues endormies, il marche d'un pas de conquérant. Porté par la vague de ceux qui rompent les rangs. Ailleurs l’appelle, le happe irrésistiblement.
Il laisse le destin choisir sa destination. « Le premier train… je monte dans le premier train en partance… ». Grisé, il parcourt les quelques mètres qui le séparent de son wagon. Son regard, porté haut, survole le quai, toise les voyageurs, humbles serviteurs d’un univers dont il se sent maintenant l’exilé volontaire.
Le train s’ébranle, accélère. Dans la lumière diffuse de l’aube, les ombres des villages traversés à grande vitesse exaltent son sentiment de liberté ; dérisoires fourmilières.
Il entend à peine les voix de ces deux femmes, assises devant lui, qui dissertent sans s’écouter, sur un événement dont il devine la futilité sans en connaître l’essence.
Le soleil affleure à l’horizon, perçant par endroits une légère couche de nuages. Il regarde sa montre. 7 heures…
Elle se lève…
D’un mouvement brusque de la tête, il rejette l’idée…
Au creux de son estomac, cependant, une légère sensation… pas un poids, pas une douleur… juste une présence.
Une pensée lui vient, l’histoire idiote du désespéré qui se jette dans le vide du haut d’un building et qui, à chaque étage, crie « Jusque là, ça va… ».
Déjà, l’insouciance n’est plus.
Elle entre dans la cuisine, les yeux ensommeillés, encore rougis des larmes de la nuit…
« Oui, mais tu comprends, si on va par-là, y’a pas de raison que ça cesse… » La voix des deux amies devant lui percent peu à peu la forteresse de son indifférence… Ne pas penser… ne pas penser…
Il se lève et se dirige vers le bar. Besoin d’un café… Besoin de bouger… Retrouver l’état de grâce…
Elle aime son café léger le matin, largement éclairci de lait chaud…
Dès la première gorgée, il sait que son estomac supportera mal le breuvage insipide que l’hôtesse (on ne dit pas serveuse dans le TGV…) lui a préparé. Une boule prend forme au creux de son ventre… et remonte dans sa gorge…
Sur la table, appuyée à la corbeille de fruits, une lettre… Elle la regarde, ne la touche pas, ne l’ouvre pas… Elle sait…
Chahuté par le mouvement du train sur les rails, il regagne son siège. Il ferme les yeux. Envie de dormir.
Mais aussitôt, les images sont là…
Il rouvre les yeux, se redresse, tente de retrouver en lui l’élan. Envie de fumer. La première fois depuis des années…
Envie de ne pas être là, de ne pas être lui… Partir à soudain un goût amer.
Le paysage qui défile lui donne la nausée…
……
À une amie qui depuis peu est seule dans sa cuisine le matin et se demande dans quel train il voyage…
Louise
réactions : 13
lectures : 129
votes : 26
Voici les 13 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
Un point de départ , la suite est à vivre ...
Ses rails sont parsemés d'embûches mais heureusement aussi de bonnes surprises .
Merci.
"Sans rancoeur, sans haine, sans aigreur mais une souffrance perceptible pour celui qui reste mais aussi pour celui qui part."
Oui, tellement...
Oui, tellement...
... mais bien de ce qui nous bouleverse et nous dépasse.
Pas nécessairement. Comme disait Bascule dans un comment sur Prigent, "2 êtres qui s'aiment peuvent se séparer au nom de cet amour, parce que la relation n'est plus possible comme ça." C'est de la lucidité.
... pour le podium des com de l'année, avec Should et Lulu.
Bon voyage au long cours.
Bon voyage au long cours.
un plaisir de te lire !
est, depuis qu'il existe, un fabuleux réservoir à inspiration. Mouvement, rencontres, rencontres en mouvements, éphémères, donc importantes.
Quand j'ai commencé à lire ton texte, cela a réveillé une vieille divagation : qui n'a jamais rêvé de prendre un train, au hasard, et de voir où il mène?
Joli, joli, mais tu le sais, on te l'a déjà dit.
Quand j'ai commencé à lire ton texte, cela a réveillé une vieille divagation : qui n'a jamais rêvé de prendre un train, au hasard, et de voir où il mène?
Joli, joli, mais tu le sais, on te l'a déjà dit.
au petit matin blême, parmi les paysages défilant nauséeux, absorbtion d'un liquide insipide et amer à la fois, désir improbable d'une destinée neuve sans cérémonie d'adieux sur le quai des brumes…
qu'importe de connaître le numéro, l'horaire de ce train en partance vers un ailleurs, pour la délaissée? Vous lirez La Modification pour vous consoler.
qu'importe de connaître le numéro, l'horaire de ce train en partance vers un ailleurs, pour la délaissée? Vous lirez La Modification pour vous consoler.



Je réagis à ce commentaire en
Je réagis à ce commentaire en 


louise_brooks
publié le 28 avril 06