Les yeux de Marianne s'embrumèrent. Elle sentit instantanément les larmes la saisir. Il était encore plus beau qu'avant, avant son costume noir Lanvin, de coupe impeccable, et sa coupe de cheveux était parfaite. Marianne vit de suite qu'il respirait le succès. Malgré son air de premier communiant, il avait l'air vivant, bien vivant.
Il amenait avec lui la ville, la vie, l'excitation du monde, la promesse de lendemains aussi heureux qu'hier. Jean-Pierre s'est avancé, a embrassé Marianne. Il ne savait pas s'il pouvait oser embrasser ses lèvres, et craignait qu'une bise sur la joue paraisse un peu distante.
Il l'embrassa donc sur le bord des lèvres, en constatant que cela ne lui procurait que peu d'émotion. Il a essayé de parler, mais aucun mot ne pouvait sortir de sa poche. Aucune phrase ne pouvait résumer ce qu'il disait. Il a plongé son regard dans celui de Marianne, a pris ses mains, et s'est mis à pleurer. Un médecin est entré, a troublé ce moment intime par sa présence. Jean-Pierre y vit une occasion d'engager la conversation.
« Comment ça va ?, fit-il en essuyant ses yeux.
-- Ça fait bizarre . . .
-- Je suis venu souvent te voir depuis trois ans.
-- Trois ans . . . j'ai passé trois ans . . . dans le . . .
-- Dans le coma . . .
-- Et toi ? A ce que m'ont dit les infirmières, ça marche pas mal pour toi...
-- Oui, c'est vrai. Je fais de la télé maintenant. C'est une longue histoire. Il faudra que je te raconte. »
Ils ont parlé pendant des heures. Marianne a raconté qu'elle a vu une lumière après l'accident, un grand tunnel, qu'elle se sentait légère puis qu'elle ne se rappelait plus de rien. Mais qu'elle se rappelait avoir continué à entendre des bruits du dehors pendant sa longue hibernation, que ça lui faisait tout drôle de se sentir vivante, mais si maigre, si neuve aussi. Elle avait l'impression d'une seconde naissance à 31 ans.
De temps à autre, une infirmière, alertée par la conversation à une heure si tardive, passait sa tête dans l'embrasure de la porte. Le plus souvent, elle se contentait de glisser « oh pardon » et de lancer un regard appuyé en direction de Jean-Pierre, avant de refermer la porte doucement.
Tout le monde reconnaissait l'animateur et le mot était passé dans tout l'hôpital : la patiente de la chambre 207 était sortir du coma, son petit ami est une célébrité, et vu l'importance de l'événement, il a le droit de dépasser l'heure normale des visites. Marianne songeait déjà qu'il lui faudrait partager son homme puisqu'il était connu maintenant, qu'il faudrait retrouver un travail, pour ne pas être « la femme de l'animateur, celle qui est sortie du coma», mais une assistante trilingue comme les autres, noyée dans la masse des usagers du RER le matin à 8 h. Comme avant. Elle savait qu'il lui faudrait aussi s'affirmer, quitter le rôle écrit pour elle par le destin : celui de « femme de ». Une fonction qui venait juste de lui tomber dessus. Elle venait de gagner un combat, et un nouveau s'engageait déjà. Ce n'est pas le tout de sortir du coma, il faut encore apprendre à vivre. Retrouver ses marques. Mais quand les repères ont autant changé. . . Il fallait apprendre à être heureuse. Bien sûr, quand Jean-Pierre travaillait au « Parisien », et qu'il rêvait de devenir quelqu'un, Marianne l'encourageait, elle rêvait avec lui. Mais elle avait connu trois ans d'éclipse, et aujourd'hui, son compagnon était parvenu à ses rêves. Sans elle. Elle s'en voulut d'avoir de si sombres pensées un tel jour de réjouissance. Jean-Pierre partit à une heure et quart.
Il amenait avec lui la ville, la vie, l'excitation du monde, la promesse de lendemains aussi heureux qu'hier. Jean-Pierre s'est avancé, a embrassé Marianne. Il ne savait pas s'il pouvait oser embrasser ses lèvres, et craignait qu'une bise sur la joue paraisse un peu distante.
Il l'embrassa donc sur le bord des lèvres, en constatant que cela ne lui procurait que peu d'émotion. Il a essayé de parler, mais aucun mot ne pouvait sortir de sa poche. Aucune phrase ne pouvait résumer ce qu'il disait. Il a plongé son regard dans celui de Marianne, a pris ses mains, et s'est mis à pleurer. Un médecin est entré, a troublé ce moment intime par sa présence. Jean-Pierre y vit une occasion d'engager la conversation.
« Comment ça va ?, fit-il en essuyant ses yeux.
-- Ça fait bizarre . . .
-- Je suis venu souvent te voir depuis trois ans.
-- Trois ans . . . j'ai passé trois ans . . . dans le . . .
-- Dans le coma . . .
-- Et toi ? A ce que m'ont dit les infirmières, ça marche pas mal pour toi...
-- Oui, c'est vrai. Je fais de la télé maintenant. C'est une longue histoire. Il faudra que je te raconte. »
Ils ont parlé pendant des heures. Marianne a raconté qu'elle a vu une lumière après l'accident, un grand tunnel, qu'elle se sentait légère puis qu'elle ne se rappelait plus de rien. Mais qu'elle se rappelait avoir continué à entendre des bruits du dehors pendant sa longue hibernation, que ça lui faisait tout drôle de se sentir vivante, mais si maigre, si neuve aussi. Elle avait l'impression d'une seconde naissance à 31 ans.
De temps à autre, une infirmière, alertée par la conversation à une heure si tardive, passait sa tête dans l'embrasure de la porte. Le plus souvent, elle se contentait de glisser « oh pardon » et de lancer un regard appuyé en direction de Jean-Pierre, avant de refermer la porte doucement.
Tout le monde reconnaissait l'animateur et le mot était passé dans tout l'hôpital : la patiente de la chambre 207 était sortir du coma, son petit ami est une célébrité, et vu l'importance de l'événement, il a le droit de dépasser l'heure normale des visites. Marianne songeait déjà qu'il lui faudrait partager son homme puisqu'il était connu maintenant, qu'il faudrait retrouver un travail, pour ne pas être « la femme de l'animateur, celle qui est sortie du coma», mais une assistante trilingue comme les autres, noyée dans la masse des usagers du RER le matin à 8 h. Comme avant. Elle savait qu'il lui faudrait aussi s'affirmer, quitter le rôle écrit pour elle par le destin : celui de « femme de ». Une fonction qui venait juste de lui tomber dessus. Elle venait de gagner un combat, et un nouveau s'engageait déjà. Ce n'est pas le tout de sortir du coma, il faut encore apprendre à vivre. Retrouver ses marques. Mais quand les repères ont autant changé. . . Il fallait apprendre à être heureuse. Bien sûr, quand Jean-Pierre travaillait au « Parisien », et qu'il rêvait de devenir quelqu'un, Marianne l'encourageait, elle rêvait avec lui. Mais elle avait connu trois ans d'éclipse, et aujourd'hui, son compagnon était parvenu à ses rêves. Sans elle. Elle s'en voulut d'avoir de si sombres pensées un tel jour de réjouissance. Jean-Pierre partit à une heure et quart.
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elles me confirment qu'il faut encore que je nourrise certains episodes
l'hsitoire, la trame, est ecrite et connue
il faut encore que j'injecte plus de psychologie, etc
donc je vous lis avec intéret, car vos questions nourrissent ma reflexion
amitiés
JMG
l'hsitoire, la trame, est ecrite et connue
il faut encore que j'injecte plus de psychologie, etc
donc je vous lis avec intéret, car vos questions nourrissent ma reflexion
amitiés
JMG
Cette histoire pourrait arriver à n'importe qui...Au fur et à mesure de la lecture, on se pose des questions, nous avons certaines réponses, mais là...Dans cette vie-ci, qu'y a-t-il comme évidence, les réponse semblent etre limitées à cette ligne d'horizon qu'est le présent...
L'avenir, on y parvient tous, avec des reves si nous nous mettons à y penser comme étant une épreuve on cesse de rêver.
Pour cette femme son avenir est "aujourd'hui....
Demain est une épreuve....
Le passé, c'est ce qui lui manque, il lui faudra le rattraper pour pouvoir "devenir"...
Elle reste comme coincée entre présent et passé...
Il lui faut vivre trois temps à la fois!!
Merci, pour ce texte
L'avenir, on y parvient tous, avec des reves si nous nous mettons à y penser comme étant une épreuve on cesse de rêver.
Pour cette femme son avenir est "aujourd'hui....
Demain est une épreuve....
Le passé, c'est ce qui lui manque, il lui faudra le rattraper pour pouvoir "devenir"...
Elle reste comme coincée entre présent et passé...
Il lui faut vivre trois temps à la fois!!
Merci, pour ce texte
Elle est sortie du coma, et pendant son éclipse, Jean-Pierre parvenait à ses rêves. Dissonance du chant du cygne? Jean-Pierre est parti à une heure et quart? Quand reviendra-t-il? Combien de temps devra-t-elle l'attendre? Il y aura des silences, de longs soupirs, des pauses pointées. Où est le point d'orgue?
tu m'as fais rire colline!!
et se rendre compte qu'on est mariée à Jean-Pierre Foucault! Y a de quoi se rendormir!


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peergynt
publié le 1er juin 08