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La hyène et le coq
 La hyène et le coq
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catégorie : critique ou information sur l'oeuvre ou l'artiste
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On demanda un jour à la hyène de répondre à une devinette. Elle répondit que ce qui était nécessaire à la vie, c’était la viande.

Mais, la hyène qui ne se nourrissait que de viande, finit par goûter un jour de la volaille. Trouvant cette viande fort à son goût, elle prit la ferme décision de ne manger autre chose que des volatiles. Ses congénères la déconseillèrent, tentèrent de la détourner de cette désastreuse lubie, mais tous leurs efforts pour la ramener à la raison se soldèrent par des échecs. Ainsi, la hyène tua beaucoup d’oiseaux. Gazelles et autres zèbres la regardaient amusés s'écrier du soir au matin : Du poulet, du poulet, encore du poulet ! La hyène finit par faire disparaître toute espèce d’oiseau dans la brousse.
Un jour, elle parcourut toute la brousse et ne vit aucun oiseau. Elle se promena toute la journée, mais ne vit rien du tout. Elle se promena même la nuit, mais toujours rien.
Au petit matin, fatiguée, elle finit par s’endormir, le ventre creux, sous l’ombre d’un grand arbre.

Soudain, elle entendit un bruit discordant dans les feuillages au-dessus de sa tête : Méééh Mééééh !
Des cris de chèvre ! Elle s’étonna.
- Juste ciel. Qui peut faire grimper une chèvre sur un si grand arbre ?
Tout à son serment de ne manger que de la volaille, elle se détourna de cette futile question et se rendormit. Quelques instants après, les mêmes cris reprirent de plus belle. Méééh mééééh !
Elle s’interrogea de nouveau :

- Je sais que les chèvres grimpent les arbres, mais, dans un arbre de cette taille, c’est carrément bizarre. D’où peut venir cette chèvre mystérieuse ?

Les cris reprirent une troisième fois et perturbèrent la sieste de la hyène. Irritée, elle décida alors d’en avoir le cœur net, et quelle que soit la nuisance sonore émanant de ce gibier à plumes ou à poils, elle en fera son repas, foi d’animal.

- J’avais juré de ne manger que de la volaille, mais puisque je suis seule ici et sans témoin, je vais manger cette chèvre ni vu ni connu et personne ne saura rien.
Lorsqu’elle leva la tête, ô surprise, que vit-elle dans l’arbre ? Un gros coq aux ergots très longs. Elle s’étonna de cet oiseau qui poussait des cris de chèvre. Énervée, elle s’adressa alors au coq en ces termes :

- Est-ce toi qui fait des cris de chèvre ? D’où viens-tu ?
- Méééh mééééh !

- Eh, toi la volaille, descends ici que je te mange !
- Méééh ! Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain.

- J’ai mangé tous tes parents.
- Méééh Méééh ! Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain.

- J’ai mangé tous tes frères et sœurs.
- Méééh ! Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain.

- J’ai fini de manger tous tes amis.
- Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain.

- J’ai fini de manger tous tes voisins, tous tes congénères.
- Méééh Méééh Méééh ! Je ne descends pas aujourd’hui, je ne descends pas demain.

La hyène était excédée par l’attitude bornée du coq.
- Non seulement il me nargue, mais il a fait du développement personnel, ça me gave ce jeu du « disque rayé ».
Lassée de tant de répétitions ineptes et vaines redites, elle décida de frapper un grand coup, ventre creux n’a pas d’oreille se disait-elle. Elle apostropha le redondant volatile :

- Je ne te comprends pas, Coq. Je te dis que j’ai tout mangé.
J’ai même mangé TOUT TON ESPOIR !


Un long silence plana, puis le coq voleta jusqu’à terre et vint se planter devant la hyène.
-Eh bien ! Tu as gagné, il ne te reste plus qu’à me manger moi, maintenant.

Cette attitude troubla encore la hyène. Dominant sa faim, elle demanda au coq le pourquoi de cette décision subite. Le coq lui dit :

- Certains n’ont pas de père, et pourtant ils vivent, n’est-ce pas ?
D’autres n’ont pas de mère, ils s’en tirent.
Il y en a même qui n’ont ni parents, ni amis, mais ils s’en sortent.
Mais quand on n’a plus d’espoir, il n’y a pas d’issue.
Puisque tu as mangé tout mon espoir, il ne me reste plus rien.
Tu peux donc me manger moi aussi.


La hyène réfléchit. Elle qui se promène dans cette brousse en toute saison, elle n’avait jamais pensé fonder son espoir sur quelqu’un ou quelque chose… Elle décida alors de faire du coq son espoir.


Et c’est depuis ce jour qu’à l’approche du jour, le coq avertit la hyène. Et c’est encore depuis ce jour que la hyène ne mange plus jamais de coq.









Un long silence parcourut l’assistance, je ne savais dire. Quinze, trente secondes, sans doute. L’œil du griot pétillait encore de malice, et c’est en affichant son plus beau sourire que lentement, notre conteur nous a resservi du poulet saté préparé dans l’après midi.

Son phrasé si particulier et envoûtant épiloguait sur ce conte, et se gardait bien de donner une quelconque morale. Il nous a indiqué que la devinette n’était pas plus importante que sa réponse, que l’on peut être tour à tour Hyène ou Coq,
qu’un conteur peut renouer les fils de fragments d’histoires personnelles négligées,
que l’espoir peut être dans l’achat d’un sac de riz à 42Euro au Mali,
que nos souvenirs pouvaient être autre chose que le revers de notre espoir,
qu’a vivre d’espoir, on meurt à jeun,
que la rencontre de ces animaux n’est pas rare, juste être à l’écoute mutuelle,
qu’un logement peut être inespéré autant qu’un coup de téléphone,
autant qu’un retour inespéré après une expulsion,
qu’on ne choisit pas d’être coq, ça peut nous tomber dessus, sans prévenir,
mais ce n’est pas un sacerdoce,
qu’un bon poulet saté se déguste à plusieurs,
que des fois là où il y a de la hyène, il y a une chèvre qui sommeille,
qu’on ne peut brader aucun espoir,
que les tomates sont toujours meilleurs dans l’assiette de son convive préféré car c'est une preuve,
que le coq est monstrueux,
qu’il faut pratiquer au moins une langue étrangère,
que Le façonnage de l’identité à partir de l’absent est implicite,
que l’expérience est une pute,
qu’on ne finit pas chèvre ou éternel baron perché,
que le chant du coq ne réveille pas que les tatas gugube,
qu’on peut redevenir l’auteur de sa propre histoire,
qu’on ne se résigne pas à être désespéré,
qu’un sourire peut faire s’envoler un papillon,
que le coq n’est pas aveugle,
que La peur ne peut se passer de l'espoir et l'espoir de la peur,
que ce qui nous vrille l’estomac n’est pas toujours la faim,
qu’on ne prend pas un train, c’est le voyage qui nous gagne,
qu’il y a des épices à disposition, et à boire, que …
que ….

... et tant de choses encore.
réactions : 43
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votes : 20
Voici les 43 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 05/05/08 à 21h13
 05/05/08 à 21h12
Tigrougrou avec tous ces noms là. C'est qui Krull à la fin? (Moi je ne connais que l'empereur Grumm, le vilain méchant qui veut toujours annihiler les Power Rangers).
 05/05/08 à 20h29
donc, je suis une hyène.
CQFD
http://www.deezer.com/track/512509
 05/05/08 à 01h16
olafgrossebaf
Je crois qu'il n'écrit pas sur les comms qu'il lit.

Par contre, il a paraphé mon agenda, j'suis trop fier.


Sinon, oui, j'aurai aimé être ce sombre roi, mais la place était déjà prise, Krull ne m'a accordé que la place de Hyène de pixel, car tigre de papier c'était déjà squatté. Il me reste plus que Bastet à gauler définitivement.


 04/05/08 à 23h10
attirée par le parfum de mystère de ta réaction sur mon commentaire, je viens ici (timide gazelle dans la savane) (alors qu'au loin les hyènes ricanent) (je sais aussi imiter la hyène) (mais passons)
et je fais cette étonnante découverte:
comment ça se fait que tu n'as aucune réaction d'Aragorn?
Tigrougrou je sais ! TU ES ARAGORN!
Tigrougrou est Aragorneuh ! Tigrougrou est Aragorneuh !Tigrougrou est Aragorneuh !Tigrougrou est Aragorneuh !Tigrougrou est Aragorneuh !Tigrougrou est Aragorneuh !
ah que j'aime... ce chtio conte

tigrougrou c'est chouette ce que tu as écrit...
un bon poulet saté se déguste à plusieurs : oUI OUI OUI
qu'un sourire fait s'envoler un papillon, jolie idée de peinture en forme de papillons sourires
qu'on ne peut choisir d'être coq, ça nous tombe dessus sans prévenir (et hyène alors ?!!)
bon je vais pas les refaire toutes....

en passant un livre que j'avais adoré d'Anne Bragrance : le fils récompense, histoire d'un petit enfant blanc recueilli par un griot et son épouse, fabuleux mélange d'histoires naturelles et fantastiques
 02/05/08 à 02h20
lacdegarance
Et j'aime bien ces maximes impertinentes !
Je ne suis qu'un petit artisan qui tâtonne et bidouille dans son arrière cuisine.
 01/05/08 à 06h54
Joli conte et brillante analyse de celui ci.MERCI.aselle42

rien que ça, ça vaut 5bien à toi
J'aime bien la morale de l'histoire. Belle leçon d'optimisme et pied-de-nez à la résignation.
 30/04/08 à 10h12

surtout la série de "que..."

(quoi qu'est-ce que j'ai dit encore ?)

Je te garde un petit monstre hyénidé, faut le sevrer à la bonne chanson française.


lalalalaaaa tu perds ton sang froid!!!!
Flâner parmi les bateleurs de Djema el fna, les griots de Casamance ou de Bobo Dioulasso relève encore du domaine du rêve.

Mais mon coq devient vivace. Même s'il a son chèvre parlé et dix cordes vocales qui n'en font qu'à leur tête, j'y prendrai soin dorénavant.


Adama Drame
http://www.deezer.com/track/282507
le conte...texte est bien meilleur
 29/04/08 à 23h32
konaté rit (et moi aussi !) tigrougrou décolle!
;-*
(ouep: ; et * concomitants)
 29/04/08 à 23h26
(et moi aussi!)...il a fait des petits...
A voir et à z'entendre...
Tant de temps à attendre,
à chercher dans le noir...
Tu sais à quel point j'aime quand tu me racontes une histoire et ce conte me parle fort.

:* bien mérité
 29/04/08 à 21h21
les tomates dans l'assiette de l'autre, d'acc.
Mais quand même, dans Mon assiette, j'les aime bien aussi
et l'écharpe tricotée de mots fait le tour du monde
 29/04/08 à 21h20
pas trop d'épices, pour moi!
Que la peur ne peut se passer de l'espoir et l'espoir de la peur.
Qu'on peut redevenir l'auteur de sa propre histoire.
Que l'expérience est une pute.
Que...

J'arrête, il y en a tant encore...
 29/04/08 à 21h13
non, m'en veux pas, Félinlin, mais on m'a dit que

" ou y'a de la hyène y'a pas de plaisir "

Co-que...
Quoi-que !

m'en vas vérifier
encore encore ENCORE ! ( nan pas du poulet ! )
merci mon tigrougrou *
 29/04/08 à 21h08
Azulejos
que je vais garder Merci pour cette histoire. Pour le papillon et "l'auteur de sa propre histoire".
 29/04/08 à 20h58

et un papillon qui s'envole, un!
Hier soir j'ai regardé la cérémonie des Molières et ai été abasourdie pas la beauté "du ROI LION" ... qui a obtenu plusieurs prix pour cette tellement belle comédie musicale ....
Histoire d'animaux ... aussi.
Enchante-moi encore roi des Tigres.
Bises de la Chris et parole de Bourriquet.
Ça décoiffe !
 29/04/08 à 20h42
hyènes, aboyer les chiens, il laisse passer la caravane... gare au soleil...
 29/04/08 à 20h36
PaulTergeist
discordant ?