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IV.

Lundi.
De ces lundis à la chape grisâtre malgré les lueurs matinales.
Presque le premier jour. Une nouvelle expérience pointe. Nouveau responsable hiérarchique, au demeurant sympathique, n'arborant pas, pour une fois, le sourire carnassier. Présentation sommaire du service, du poste, de la politique à mettre en oeuvre chez le client.
J'essaie, sincèrement, de m'intéresser, de trouver un quelconque sens à ses gesticulations sans fin, à cette logorrhée censée, peut-être, faire miroiter de futurs éclairs de bonheur au sein de l'équipe à intégrer. J'essaie. Et pour l'instant, j'échoue. Lobotomie, seul remède. Mais j'écoute, attentif, le regard rivé au sien, hochant la tête aux moments adéquats, ponctuant son monologue de quelques "huh huh", "bien sûr", "évidemment" élégamment saupoudrés.
Il est sympathique ce P.J., des yeux francs, amicaux, humains, même s'il dégage à peu près autant de charisme qu'un gastéropode. Totalement étrangers bien sûr, mais des quelques pointes de connivence semblent jaillir de cette comédie. Serait-il, lui aussi, là pour jouer ? Non. Malheureusement non.
Et je sombre, encore, dans cette hypocrisie subtile que vénère ce monde du travail. Feindre d'être concerné, à défaut de passionné !

Les vapeurs d'alcool et de THC du week-end refont surface au fur et à mesure de la discussion, enserrant un peu plus mon cerveau dans l'étau malvenu d'une migraine pointant tout à coup. Plus qu'un sale retour d'acide oublié et le tableau serait complet !
Avant que je ne sois complètement déconnecté et incapable de suivre son discours, l'entrevue touche à sa fin, grâce à Dieu - je sais Il (Elle) n'a pas grand-chose à voir avec cette libération, mais qui remercier ? -.
Et je reste là. Assis, seul dans un de ces bureaux gris aux cloisons mobiles, attendant de lire une documentation qui, à l'évidence, sera éminemment réjouissante pour mes neurones. Attente. Clope. Attente. Clope.

Tiens, une collègue passe la tête et un pied dans le bureau, sourire cordial, treillis beige surmontée d'une - chemise ? - saumon, propose un café, le sert, disparaît. Mais quel est son nom ? Je ne le saurai sans doute jamais. Mais c'était gentil. Le café est infect évidemment, de ces breuvages particuliers qui règnent dans les entreprises, fait à neuf heures, cafetière électrique toujours en marche, servi à onze. Mais je le bois avec délectation, toujours occupé à attendre dans ma solitude douillette. Café. Clope. Clope. Je fume trop.

Enfin mon cerveau commence à émerger, après une entrevue mortifère, deux pages dans mon cahier à spirales, un café et quelques cigarettes. Arrivée de la documentation, fin de l'oisiveté ? Tentative - aveuglant ma lucidité, je déciderais d'être motivé ? - de plongeon cérébral dans cette magnifique littérature technique en anglais, c'est l'heure de l'immersion, avant la formation de l'après-midi.

Hum. Ca pourrait commencer plus mal.
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Voici les 2 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 25/09/06 à 20h12
 25/09/06 à 19h38
excellente référence au demeurant