Fantaisie militaire.
Savoir qu’un album aussi sombre, aussi original, aussi déroutant et aussi complexe a pu se vendre par palettes entières et même recevoir une ringardissime Victoire de la Musique redonne foi en l’être humain. Oui, le public a des oreilles, ils n’est pas aussi idiot que veulent nous le faire croire les producteurs des nouvellestarcademies. Et quand on lui propose des œuvres réunissant simultanément qualité, émotion et singularité, il peut répondre présent.
Rien n’était gagné pourtant, avec cet album d’une rare noirceur s’ouvrant sur le lancinant et suicidaire « Malaxe ». A se demander comme la patron de la maison de disque a pu croire une seule seconde que ça allait se vendre.
"Je n’étais qu’une ébauche au pied de la falaise "
"Un extrait de roche sous l’éboulis"
.....on ne peut pas dire que ce soit vraiment vendeur.
La chanson suivante, c’est « La nuit je mens » et huit ans après on n’a toujours pas compris comment cette chanson, à peine plus mélodique et plus « porteuse » que les autres, a pu devenir le plus grand tube de l’année 1998.
Tout ceci est improbable. Ce disque, tout comme sa trajectoire, est incroyable. N’importe qui s’y serait cassé les dents. Mais Alain Bashung, évidemment, ce n’est pas n’importe qui : le seul qui ait jamais réussi à faire le lien entre Gene Vincent et Ferré. Peut-être même le seul véritable rocker français.
Sur son dixième opus, il ne ménage ni sa peine ni ses effets. C’est un Bashung carbonisé par l’alcool et son récent divorce qui enregistre ici un album crépusculaire et tortueux, où la seule lueur d’espoir, le miraculeux « Angora », est placée en toute dernière plage.
Le reste c’est Dehors, tout le monde dehors, en un gémissement à peine audible. C’est une « Fantaisie militaire » parsemée de stridences électriques illustrant un texte désabusé au possible. C’est « Sommes-nous » qui impose un rythme métronomique et lui qui a tambouriné, tambouriné, évidemment…texte et musique qui font corps, et rencontre improbable entre arrangements symphoniques, guitares électriques pugnaces et électronique discrète mais indispensable.
Il aurait pourtant été facile pour Bashung, après le succès du précédent album (Chatterton), de mener tranquillement sa petite entreprise. Mais c’est mal connaître le personnage qui n’est vraiment pas du genre à décliner à l’infini la même formule. Onze albums depuis Roman photo (1977) et aucun qui ne fasse doublette avec le précédent.
Cela passe par des collaboration parfois inattendues, par les bidouillages soniques de Rodolphe « Kat Onoma » Burger sur « Samuel Hall » ou « Mes prisons », mais en bien plus simple d’accès. Simple par rapport à Kat Onoma bien sûr, pas simple dans l’absolu.
Bien au contraire, Fantaisie militaire, sur le papier, fout les boules. C’est un suicide commercial total. Réussir à en avoir fait un disque multiplatiné relève du génie. Tout simplement. Vendre « Aucun express » et « Samuel Hall » à la ménagère de moins de cinquante ans, pas de doute, c’est du génie. Ca ne peut pas être expliqué autrement.
En attendant de trouver une réponse plus acceptable à la question « comment a t’il fait ? » il reste cet album unique en son genre, qu’on peut écouter des milliers de fois sans jamais s’en lasser tant il est riche et poignant. Il faudrait que tous les jeunes rockers français l’étudient, le décortiquent, le déconstruisent et s’en inspirent. Il n’est pas possible que ce chef d’œuvre n’ait entraîné aucune filiation. En une poignée de chansons, Bashung a livré suffisamment d’idées pour occuper les apprentis musiciens durant deux décennies au moins.
On ne parle même plus de musique française ou francophone, ça va bien au-delà. Fantaisie militaire est un chef d’œuvre de la musique, tout court. Quel que soit son genre, sa langue ou son époque.
Affirmer que rien ne se fera de plus beau releve de... "l'imprudence".
Sortie 1998
Savoir qu’un album aussi sombre, aussi original, aussi déroutant et aussi complexe a pu se vendre par palettes entières et même recevoir une ringardissime Victoire de la Musique redonne foi en l’être humain. Oui, le public a des oreilles, ils n’est pas aussi idiot que veulent nous le faire croire les producteurs des nouvellestarcademies. Et quand on lui propose des œuvres réunissant simultanément qualité, émotion et singularité, il peut répondre présent.
Rien n’était gagné pourtant, avec cet album d’une rare noirceur s’ouvrant sur le lancinant et suicidaire « Malaxe ». A se demander comme la patron de la maison de disque a pu croire une seule seconde que ça allait se vendre.
"Je n’étais qu’une ébauche au pied de la falaise "
"Un extrait de roche sous l’éboulis"
.....on ne peut pas dire que ce soit vraiment vendeur.
La chanson suivante, c’est « La nuit je mens » et huit ans après on n’a toujours pas compris comment cette chanson, à peine plus mélodique et plus « porteuse » que les autres, a pu devenir le plus grand tube de l’année 1998.
Tout ceci est improbable. Ce disque, tout comme sa trajectoire, est incroyable. N’importe qui s’y serait cassé les dents. Mais Alain Bashung, évidemment, ce n’est pas n’importe qui : le seul qui ait jamais réussi à faire le lien entre Gene Vincent et Ferré. Peut-être même le seul véritable rocker français.
Sur son dixième opus, il ne ménage ni sa peine ni ses effets. C’est un Bashung carbonisé par l’alcool et son récent divorce qui enregistre ici un album crépusculaire et tortueux, où la seule lueur d’espoir, le miraculeux « Angora », est placée en toute dernière plage.
Le reste c’est Dehors, tout le monde dehors, en un gémissement à peine audible. C’est une « Fantaisie militaire » parsemée de stridences électriques illustrant un texte désabusé au possible. C’est « Sommes-nous » qui impose un rythme métronomique et lui qui a tambouriné, tambouriné, évidemment…texte et musique qui font corps, et rencontre improbable entre arrangements symphoniques, guitares électriques pugnaces et électronique discrète mais indispensable.
Il aurait pourtant été facile pour Bashung, après le succès du précédent album (Chatterton), de mener tranquillement sa petite entreprise. Mais c’est mal connaître le personnage qui n’est vraiment pas du genre à décliner à l’infini la même formule. Onze albums depuis Roman photo (1977) et aucun qui ne fasse doublette avec le précédent.
Cela passe par des collaboration parfois inattendues, par les bidouillages soniques de Rodolphe « Kat Onoma » Burger sur « Samuel Hall » ou « Mes prisons », mais en bien plus simple d’accès. Simple par rapport à Kat Onoma bien sûr, pas simple dans l’absolu.
Bien au contraire, Fantaisie militaire, sur le papier, fout les boules. C’est un suicide commercial total. Réussir à en avoir fait un disque multiplatiné relève du génie. Tout simplement. Vendre « Aucun express » et « Samuel Hall » à la ménagère de moins de cinquante ans, pas de doute, c’est du génie. Ca ne peut pas être expliqué autrement.
En attendant de trouver une réponse plus acceptable à la question « comment a t’il fait ? » il reste cet album unique en son genre, qu’on peut écouter des milliers de fois sans jamais s’en lasser tant il est riche et poignant. Il faudrait que tous les jeunes rockers français l’étudient, le décortiquent, le déconstruisent et s’en inspirent. Il n’est pas possible que ce chef d’œuvre n’ait entraîné aucune filiation. En une poignée de chansons, Bashung a livré suffisamment d’idées pour occuper les apprentis musiciens durant deux décennies au moins.
On ne parle même plus de musique française ou francophone, ça va bien au-delà. Fantaisie militaire est un chef d’œuvre de la musique, tout court. Quel que soit son genre, sa langue ou son époque.
Affirmer que rien ne se fera de plus beau releve de... "l'imprudence".
Sortie 1998
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...voilà c'est ça, exactement, aurais pas mieux dit...aucun express, sinon celui-là.
et dire que je ne connais pas cet album, que de lacunes pfff...
un album de chevet en somme.
08/08/07 à 18h54
08/08/07 à 18h53
08/08/07 à 18h01
C'est vrai, chuis sure qu'y en a qui à la recherche de la nouvelle staracadémie connaissent alain Bashung (au moins nom).
Attention, j'ai pas dit qui aime ou qui en chantent.
Enfin, d'un autre coté, j'ai pas la télé, alors peux pas savoir...
Attention, j'ai pas dit qui aime ou qui en chantent.
Enfin, d'un autre coté, j'ai pas la télé, alors peux pas savoir...
quel est ton secret, Pascal, pour deviner les comms que j'espère ???
2 choses à dire quand même :
1 . ( et ça ne concerne que moi) " Dehors " est la chanson que je préfère sur cet album ( effet bombe lacrymogène immédiat )
2. Même si l'appellation rock français me fait moi aussi mourir de rire ou hurler de terreur quand on voit ce que ce " rock " nous pond comme " galettes " au quotidien, je ne seras peut-etre pas aussi radicale que toi :
Diabologum et cie et surtout Dominique A sont pour moi d'une certaine manière les fils du maître,
Arno (ok, il est belge ) , sur d'autres modes, fait des excellents albums
Après, je vois pas trop ... 2 - 3 encore ( tiens, elle fait quoi Laetitia Sheriff ? longue cette attente ! )
2 choses à dire quand même :
1 . ( et ça ne concerne que moi) " Dehors " est la chanson que je préfère sur cet album ( effet bombe lacrymogène immédiat )
2. Même si l'appellation rock français me fait moi aussi mourir de rire ou hurler de terreur quand on voit ce que ce " rock " nous pond comme " galettes " au quotidien, je ne seras peut-etre pas aussi radicale que toi :
Diabologum et cie et surtout Dominique A sont pour moi d'une certaine manière les fils du maître,
Arno (ok, il est belge ) , sur d'autres modes, fait des excellents albums
Après, je vois pas trop ... 2 - 3 encore ( tiens, elle fait quoi Laetitia Sheriff ? longue cette attente ! )
Mais pourquoi toujours opposer les succès commerciaux aux oeuvres plus underground. Lorsque c'est bon, ça finit toujours par se savoir, non ?

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pascal3121
publié le 8 août 07