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Le désuet
 Le désuet
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catégorie : tranche de vie
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Fenêtre sur cour est un film désuet.

Tournez et retournez trois ou quatre fois la scène et vous vous direz qu'il y a tout de même bien plus excitant que ce décor de studio et de carton-pate.

Hitchcock était le roi du carton-pate. Il n'y a sans doute que Resnais qui ait pu l'égaler dans l'art de nous faire trouver charmant, amusant ou interessant ce qui n'est que recréation par l'esprit et sous effets de construction, toutes affaires cessantes, l'immobilier n'ayant pas de prix.

Du haut de la fenêtre de M.

Du haut de la fenêtre de M je mirais le jardin. Le jardin était fabriqué d'un parking, d'un vaste vies-à-vies de 15002 appartements et d'une minuscule maisonnette équipée d'un jardinet, d'un toit , de quelques fenêtres et d'une porte.

Du haut de la fenêre de M, le premier jour, c'était un après-midi, je vis trois amis, trois amis dans le jardinet de la maisonnet. L'un dormait dans un hammac, fatigué d'avoir festivé toute la nuit. Les deux autres s'amusaient de sa tronche de défait. Le temps était doux et comme envahi de nuages d'été. Le pitre s'emmitoufflait. Puis il s'endormit. Vraissemblablement. Les deux autres disparaissaient, copain, copine, etc. De Resnais je passais à Truffaut, et aux trois comparses qui font de la bicyclette dans les champs et les vallons. L'actrice est vieille maintenant, mais toujours belle. J'ai oublié son nom, sa voix est remarquable toujours, comme son visage. Jeanne...

Du haut de la fenêtre de M, un autre jour, le pitre est absent. Jeanne est là, avec son amoureux dans le jardinet. Le ciel est obscurci. Que font-ils là ? Il doit être dimanche lendemain de fête. Et puis s'il est samedi, tant pis. Jeanne est à côté de son amoureux dans le petit jardin. Assise sur la chaise blanche elle a ses genoux repliés vers elle, qu'elle tient serrés. De mon perchoir de voyeur je n'entends rien, mais il vient de lui annoncer que c'est fini. Quelques jours plutôt le pitre leur faisait croire à la vie jolie. Mais là, le garçon dit soudain que c'est fini, alors ils n'osent pas se toucher.

Du haut de la fenêtre de M je regarde le drame du couple qui se défait. Je n'ose trop m'apesantir. J'ai peur de déflorer. Et puis je vois que Jeanne se referme, qu'elle pleure et que l'homme assis à côté d'elle sur un fauteuil de jardin, par un après-midi ombragé, ne sait pas quoi faire. Je vois cette gène immense du couple en train de se déliter. Parce que c'est comme ça, parce qu'il n'y a rien à faire. Et cette tristesse incommensurable des corps qui ne peuvent plus se toucher et qui sont pourtant si proches dans la tristesse de la défaite.

Du haut de la fenêtre, Hitchcock imaginait des meurtres, une femme tourbillonnant autour d'un homme immobilisé. Fenêtre sur cours est évidemment un film un peu neuneu. Mais un film a besoin d'une intrigue. Et la vie parfois n'est que simplement intrigante, très simplement.

Les ruptures sont des choses trop tristes pour être racontées. Resnais ne s'y trompe d'ailleurs pas, dans ses jardins on y fait d'abord des rencontres.

Sans doute vaut-il mieux s'interesser à Vertigo. Pour le vertige, oui. Et aussi parce que le titre en anglais n'est pas le même qu'en français.

Et puis...

On en reparle, ok ?


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Voici les 22 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 11/09/08 à 13h06
euhreka
j'avoue que j'ai un petit faible pour le côté désuet de certains films : le carton-pate, le noir et blanc, tout ça...
 11/09/08 à 08h31
En matière de désuet, ça relève d'un public averti !
 10/09/08 à 22h41
c'est cool alors ! merci.
 10/09/08 à 22h17
Et aussi celui qui met le feu, juste pour danser autour ensuite avec un sourire de bienheureux. Mais on ne le garde pas longtemps dans les studios celui-là.
http://fr.youtube.com/watch?v=X7SAHZVzANE
 10/09/08 à 22h13
"Brève rencontre" ça me dit quelque chose. Je vais le télécharger, merci. Chef d'oeuvre insurpassable, faut que je vois, c'est clair...
Marrant ce Bayon. Spécialiste de série B, c'est tout un poeme.
au lieu de sauter par la fenêtre en carton-pâte vers l'illusion
s'impose : le cinéma, C'EST du carton pâte. Autrement, joli com...Mais rien n'est plus romanesque qu'une rupture, voir chef d'œuvre insurpassable, quoique sans doute désuet, mais c'est une recommandation à mes yeux, parfois, Brève rencontre, palme d'or 46, je crois...Existe en dvd...
 10/09/08 à 21h41

Cela me donnait une contenance aussi, que de compter. mais c'est très mal j'en conviens. Passez-moi le fouet demain.
 10/09/08 à 21h39

Si en plus le jardin est anglais, ça décuple l'intérêt !
Faut que je le vois celui-là...
 10/09/08 à 21h38
vous avez compté les fenêtres alors que sous vos yeux un drame se nouait?
c'est mal!
 10/09/08 à 21h37

Oh gaby ! J'ai du crever l'oreiller...

Hum. Oui, ça fout les j'tons !
 10/09/08 à 21h36

Me semblait bien que vies-à vies ça avait une drôle de gueule ! Ou bien que ça avait de la gueule aussi. La langue française, quel dédale !

Hitchcock n'était sans doute pas un cinéaste intimiste, mais on peut en parler, ça se discute.
 10/09/08 à 21h33

il y a une sorte d'universalité des émotions et des postures en situation de plaisir (la rencontre) ou de crise (la rupture). De chaque solitude personnelle on peut s'extirper à travers cette transversalité là, même si chaque fois cela diffère. C'est, je crois, ce que le voyeur voit : l'universel dans le particulier dont il est témoin.

Jeanne est une très grand dame qui a incrusté le cinéma et l'incruste encore. Voir sa prestation dernière dans un très court métrage compilant plusieurs cinéastes sur le thème de la salle de cinéma...
 10/09/08 à 21h29
ok !
 10/09/08 à 21h28
Excellent, oui sur le papier... mais en vrai ? Supporte t-il vraiment d'être visionné-revisionné aujourd'hui ? N'a t-il pas profondemment vieilli ?

Son seul mérite ne résiderait t-il pas dans le fait d'être un des premiers classiques traitant du voyeurisme ?

Des fois on se fait une image des films classiques. On en conserve l'idée et les impressions d'un visionnage très ancien... On en reparle après rvisionnage ?
 10/09/08 à 14h29
qui finissent en Sueurs Froides.
anglais" ! ).
*****
15002 appartements, 15002 fenêtres ? L'audience était -elle bonne ?
Un bien joli texte en tout cas, merci.
Et on en reparle quand tu veux.
 10/09/08 à 09h19
à la manière d'une planche de BD,
les décors...
et l'évocation de cette grande Dame
qu'est Jeanne...

Il y a des scènes de vie auxquelles
nul ne peut échapper..
la rupture en est une...
oui...
mais "avant", rencontrer...




Ben zut alors, je le trouve excellent ce film !
 10/09/08 à 01h28