Pourquoi diable avoir laissé le titre en VO ?
On peut à la rigueur comprendre que "Ordet" (le mot, la parole, le
verbe...) ne soit pas traduit. En danois, c'est un mot très courant
qui traduit le "logos" du début de l'Évangile selon saint Jean, en
français, le mot "verbe", dans ce sens, est plutôt savant.
Mais "Festen", ça veut dire "la fête", ni plus, ni moins. Les fêtes
danoises ne sont pas si différentes que ça des fêtes françaises.
Les célébrations d'anniversaires dans la bourgeoisie sont peut-être
un peu plus solennelles, comme on le voit au début du film avant que
ça dégénère. La langue danoise s'y prêtant bien, on a sans doute
conservé plus qu'en France le goût des mirlitons et des bout-rimés. Il
n'est pas poli de boire seul, il faut trouver quelqu'un à qui dire
"skål" - mais jamais à la maîtresse de maison, qui doit pouvoir gérer
son ébriété.
Etc ; il y a bien des différences culturelles notables qui du reste
tendent à s'estomper, mais rien qui justifie, je trouve, de laisser
supposer dans "Festen" quelque subtile nuance intraduisible. Au Danemark
comme en France, on réunit la famille et les amis aux grandes occasions,
on mange, on boit, on fait de plus en plus de bruit et on se tient de
plus en plus mal.
L'ennui d'avoir laissé le titre en danois, c'est que le spectateur naïf
s'attend justement à l'un de ces drames psychologiques en noir et blanc
genre Dreyer ou Bergman, où l'on sonde à coups de silences pleins de
sous-entendus les mystères de l'âme scandinave. Or, le parti-pris de
Dogme 95 dont Festen est la première réalisation est aux antipodes. Il
s'agit, au contraire, d'un cinéma-vérité poussé à l'extrême :
... je jure en tant que réalisateur de réfréner mon goût
personnel. Je ne suis plus un artiste. Je jure de me garder de créer
un « travail », car je vois l'instant comme plus important que le
tout. Mon but suprême est faire sortir la vérité de mes personnages
et de mes scènes. Je jure de faire cela par tous les moyens disponibles
et au prix de mon bon goût et de toute considération esthétique.
Et ainsi je fais mon Vœu de Chasteté
Copenhague, Lundi 13 Mars 1995
Au nom du Dogme 95
Lars Von Trier, Thomas Vinterberg
Que l'expérience Dogme95 ait été une réussite ou non, on peut en
discuter. Mais c'est ennuyeux si la base de la discussion repose sur
un malentendu. Je crains que le titre en VO y incite.
On peut à la rigueur comprendre que "Ordet" (le mot, la parole, le
verbe...) ne soit pas traduit. En danois, c'est un mot très courant
qui traduit le "logos" du début de l'Évangile selon saint Jean, en
français, le mot "verbe", dans ce sens, est plutôt savant.
Mais "Festen", ça veut dire "la fête", ni plus, ni moins. Les fêtes
danoises ne sont pas si différentes que ça des fêtes françaises.
Les célébrations d'anniversaires dans la bourgeoisie sont peut-être
un peu plus solennelles, comme on le voit au début du film avant que
ça dégénère. La langue danoise s'y prêtant bien, on a sans doute
conservé plus qu'en France le goût des mirlitons et des bout-rimés. Il
n'est pas poli de boire seul, il faut trouver quelqu'un à qui dire
"skål" - mais jamais à la maîtresse de maison, qui doit pouvoir gérer
son ébriété.
Etc ; il y a bien des différences culturelles notables qui du reste
tendent à s'estomper, mais rien qui justifie, je trouve, de laisser
supposer dans "Festen" quelque subtile nuance intraduisible. Au Danemark
comme en France, on réunit la famille et les amis aux grandes occasions,
on mange, on boit, on fait de plus en plus de bruit et on se tient de
plus en plus mal.
L'ennui d'avoir laissé le titre en danois, c'est que le spectateur naïf
s'attend justement à l'un de ces drames psychologiques en noir et blanc
genre Dreyer ou Bergman, où l'on sonde à coups de silences pleins de
sous-entendus les mystères de l'âme scandinave. Or, le parti-pris de
Dogme 95 dont Festen est la première réalisation est aux antipodes. Il
s'agit, au contraire, d'un cinéma-vérité poussé à l'extrême :
... je jure en tant que réalisateur de réfréner mon goût
personnel. Je ne suis plus un artiste. Je jure de me garder de créer
un « travail », car je vois l'instant comme plus important que le
tout. Mon but suprême est faire sortir la vérité de mes personnages
et de mes scènes. Je jure de faire cela par tous les moyens disponibles
et au prix de mon bon goût et de toute considération esthétique.
Et ainsi je fais mon Vœu de Chasteté
Copenhague, Lundi 13 Mars 1995
Au nom du Dogme 95
Lars Von Trier, Thomas Vinterberg
Que l'expérience Dogme95 ait été une réussite ou non, on peut en
discuter. Mais c'est ennuyeux si la base de la discussion repose sur
un malentendu. Je crains que le titre en VO y incite.
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Voici les 7 dernières réactions à ce commentaire
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Me semble bien compliqué tout cela. Le principal, c'est que ce film soit non ?
Je savais que j'aurais dû faire danois 12è langue.
Par pure curiosité.
J'ai pris ce film en pleine gueule.
Ce titre a au moins le mérite d'être facile à retenir, on ne l'oublie jamais.
Du reste, pourquoi ne pas accorder le bénéfice du doute, et penser que c'est une sorte d'humour noir ?
J'ai pris ce film en pleine gueule.
Ce titre a au moins le mérite d'être facile à retenir, on ne l'oublie jamais.
Du reste, pourquoi ne pas accorder le bénéfice du doute, et penser que c'est une sorte d'humour noir ?
"l'ennui d'avoir laissé le titre en Danois.." Le titre pourrait être en esquimau ! Putain (je ne suis pas vulgaire en général !) cette dissection de l'inceste...le silence de l'épouse...le père sympathique et chaleureux...la soeur suicidée...la haine;..la vérité qui explose à la gueule !! "l'ennui d'avoir laissé..." Ah ben ça..
Désolée...je suis rarement vindicative !
Désolée...je suis rarement vindicative !
Peut-être bien que traduire le titre tout simplement aurait été plus prosaïque, moins "j'me la pète avec mes exotismes", et en cela plus conforme à l'esprit du voeu de chasteté.
N'empêche que c'est un sacré film.
Et à propos, j'adore les hémioles, par exemple celles qui sont planquées dans les voix intermédiaires, avec le Cantus qui continue gentiment son petit un-deux-trois ni-vu-ni-connu-j't'embrouille.
N'empêche que c'est un sacré film.
Et à propos, j'adore les hémioles, par exemple celles qui sont planquées dans les voix intermédiaires, avec le Cantus qui continue gentiment son petit un-deux-trois ni-vu-ni-connu-j't'embrouille.
04/10/07 à 19h08
que tu dégages du titre original et l'oeuvre...Ce n'est pas parec que c'est filmé à la lumière naturelle et caméra à l'épaule que ça n'est pas un drame psychologique, qui a ses aspects pesants (le combat entre le frère ainé et le père par exemple), sa lenteur, sa distance...


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hemiole
publié le 4 oct. 07