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Le sentiment d’assister à un évènement précieux que faisaient naître les concerts d’Elliott Smith se nourrissait de l’intuition de leur rareté. L’homme semblait trop fragile, sensible, inadapté au monde actuel pour qu’on envisage, inconsciemment, qu’il y prolonge son bail. C’est dire si les fans accourus dans la petite Boule noire (Paris, 18ème) où le natif de Portland était venu en solo présenter Figure 8 en ce mois d’avril 2000 ont eu l’impression d’être privilégiés (j’étais personnellement à deux mêtres d’un Elliott, les yeux rivés au sol et ne parlant quasiment pas entre les morceaux). On le revit quelques mois et quelques mêtres plus tard, à la Cigale, pour un concert en groupe. Son ultime concert en France.
En dépit de son inexorabilité, la nouvelle de son suicide, a 34 ans, a plongé ses fans dans une hébétude catastrophée. Et leur a donné illico l’envie de se replonger dans ses cinq albums, pour – comme à l’accoutumée, hélas – y chercher d'hypothétiques clefs.
Le message de Figure 8, son ultime album, est difficile à décrypter. D’un côté, le folk brumeux et mélancolique d’Elliott se pare d’arrangements encore plus chatoyants que sur son prédécesseur, le divin XO. Des oripeaux dignes de la pop de la fin des 60’s (Beatles, Left Banke, Zombies, Love…) ; cette dentelle qui résistait aux gouttes d’acide. Le falsetto atonal d’ange déchu qui caracterise la voix du chanteur se couche sur un lit aux ressorts nerveux. Electriques.
D’un autre côté, les paroles infusent toujours une humeur de désolation, de dégoût, de dépit (« Everything means nothing to me ») que n’aurait pas reniés Kurt Cobain, cousin germain en désespoir. Il y a juste que le nouvel écrin, luxueux, tend à gommer les reflets glauques du joyau.
La beauté de Figure 8 est inépuisable pour qui prend le temps de la dompter. La minéralité des mélodies de Smith est longue à filtrer. Mais leur envoûtement est puissant, lancinant, définitif. Songez aux comptines lugubres du Velvet, aux ballades nues de Leonard Cohen, au scalpel séraphique d’Aimee Mann et vous ne serez pas loin de la bouleversante vérité.

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(PS : pour plus de détails, un excellent site en français : http://elliottenvf.free.fr/site1.htm)
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Merci pour ton article sur E.S., à la façon d'un Jeff Buckley ou d'un Nick Drake, trop vite disparus et peu reconnus de leur vivant. XO reste pour moi l'album de référence d'Elliott, par contre Figure 8 n'est pas son ultime Opus, même si sorti et arrangé après sa mort, "From a Basement on a hill" nous en apprend encore un peu plus sur l'esprit tourmenté de son auteur. Je n'ai pas eu la chance d'assister à un de ses concerts, je t'envie ardemment; Je retrouve un peu chez Sufjan Stevens ces mélodies tristes et magnifiques...
 08/09/06 à 15h15
euh j'ai pas eu d'erection mais je trouve trés bien ce commentaire aussi..ça m'a donné envie de récouter le either/or que j'ai depuis longtemps mais sur lequel j'etais sans doute passé trop vite