Décédé ce 16 juin à l’âge de 87 ans, Mario Rigoni Stern nous laisse en héritage des œuvres écrites par un homme simple – dans le bon sens du terme - lui-même s’étant par ailleurs défini plus comme un narrateur qu’un écrivain.
Né en 1921 sur le plateau d’Asagio où, dès l’enfance, il s’adonne à la lecture (ce qui était assez rare pour un jeune montagnard à cette époque), observe et apprend de la nature environnante (ce qui lui sera d’une grande utilité par la suite), Mario Rigoni Stern s’engage comme volontaire chez les Chasseurs Alpins, et sera enrôlé pour combattre lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Il a ainsi écumé la France, la Grèce, l’Albanie et la Russie. Fait prisonnier par les Allemands sitôt la reddition de l’Italie signée, il s’évade d’un camp autrichien pour rentrer chez lui, à pieds, le 5 mai 1945. Fidèle à la terre qui l’a vue naître, à ses hommes, il y travaillera comme employé au cadastre, puis y jouira d’une paisible retraite.
Sans ambages, Mario nous livre son vécu de soldat dans « Le Sergent dans la neige », où il est question de la retraite de Russie. Dès les premières lignes, le lecteur devient acteur. Un style simple, épuré, le ton est direct. C’est ce qui m’a plu chez lui. Le froid, la peur, la faim, les balles qui sifflent dans l’air, crapahuter avec de la neige jusqu’aux genoux, la mort qui rôde, qui fauche celui a côté duquel on courrait quelques secondes auparavant… autant de sensations et de drames que notre génération a la chance de ne pas connaître, et qu’il sait nous transmettre, à bon escient.
Car à la guerre et à ses horreurs, Mario y oppose l’humanisme. Une scène ahurissante dans ce même ouvrage autobiographique nous dévoile cette caractéristique essentielle, inhérente à ce personnage. Nous sommes en Russie, les combats font rage au sein d’un village isolé, entre soldats transis de froids et tenaillés par la faim. En plein affrontement, notre Italien entre dans une isba pour y quémander à manger. Des Russes sont déjà attablés. Mario s’installe à son tour, sous le regard médusé de ses ennemis. La femme qui y vit lui sert, tout comme elle l’a fait pour les Russes, une assiette de lait et de millet et, une fois celle-ci terminée, il se lève et repart au combat.
De cet épisode, il en dira plus tard : « C’est comme ça que ça s’est passé. A y réfléchir, maintenant, je ne trouve pas que la chose ait été étrange, mais naturelle, de ce naturel qui a dû autrefois exister entre les hommes … / … Qui sait où se trouvent à présent ces hommes, ces femmes, ces enfants. J’espère que la guerre les a tous épargnés. Tant que nous vivrons, nous nous souviendrons, tous tant que nous étions, de notre façon de nous comporter ». (interview accordée à Initiales, groupement de libraires, parue sur le recueil qui lui est consacré, « Sur les sentiers de Mario Rigoni Stern », n°11 – octobre 2001)
La guerre, les hommes, la nature, les animaux. Voilà ce qui régit les œuvres de cet auteur, œuvres que je n’ai pas encore toutes lues. L’homme, emprunt de modestie, de valeurs morales, d’attachement viscéral à sa terre, est lu par les enfants à l’école, est très célèbre en Italie, mais est beaucoup moins connu chez nous. Beaucoup moins que son contemporain Primo Levi par exemple, lequel décréta à son sujet : « Le fait que Mario Rigoni existe à quelque chose de miraculeux. Dans un premier lieu, parce que le fait qu’il ait survécu tient du miracle : cet homme si hostile à toute forme de violence a été contraint par le destin à faire toutes les guerres de son époque, et il est sorti indemne et incorrompu des fronts français, albanais et russes, et des camps nazis. Mais ce qui est tout aussi miraculeux, c’est que Rigoni ait réussi à rester authentique et digne en cette époque d’urbanisation suicidaire et de confusion des valeurs. ». (Primo Levi : « A la recherche des racines : anthologie personnelle », éditions Mille et une nuits – 1999).
J’ai appris son décès presque par hasard, ce week-end, en empruntant à un ami un des nombreux journaux ramassés pour faire passer le temps à bord de l’avion. J’aurais tout aussi bien pu ne l’apprendre que dans quelques années. Alors que les Alpes se dressaient majestueusement sur le flanc gauche de l’appareil, je me suis dit qu’il était temps pour moi de finir ce que j’avais commencé, pour enfin aller de l’autre côté, humer, un jour, l’odeur de la terre du plateau d’Asagio.
Né en 1921 sur le plateau d’Asagio où, dès l’enfance, il s’adonne à la lecture (ce qui était assez rare pour un jeune montagnard à cette époque), observe et apprend de la nature environnante (ce qui lui sera d’une grande utilité par la suite), Mario Rigoni Stern s’engage comme volontaire chez les Chasseurs Alpins, et sera enrôlé pour combattre lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Il a ainsi écumé la France, la Grèce, l’Albanie et la Russie. Fait prisonnier par les Allemands sitôt la reddition de l’Italie signée, il s’évade d’un camp autrichien pour rentrer chez lui, à pieds, le 5 mai 1945. Fidèle à la terre qui l’a vue naître, à ses hommes, il y travaillera comme employé au cadastre, puis y jouira d’une paisible retraite.
Sans ambages, Mario nous livre son vécu de soldat dans « Le Sergent dans la neige », où il est question de la retraite de Russie. Dès les premières lignes, le lecteur devient acteur. Un style simple, épuré, le ton est direct. C’est ce qui m’a plu chez lui. Le froid, la peur, la faim, les balles qui sifflent dans l’air, crapahuter avec de la neige jusqu’aux genoux, la mort qui rôde, qui fauche celui a côté duquel on courrait quelques secondes auparavant… autant de sensations et de drames que notre génération a la chance de ne pas connaître, et qu’il sait nous transmettre, à bon escient.
Car à la guerre et à ses horreurs, Mario y oppose l’humanisme. Une scène ahurissante dans ce même ouvrage autobiographique nous dévoile cette caractéristique essentielle, inhérente à ce personnage. Nous sommes en Russie, les combats font rage au sein d’un village isolé, entre soldats transis de froids et tenaillés par la faim. En plein affrontement, notre Italien entre dans une isba pour y quémander à manger. Des Russes sont déjà attablés. Mario s’installe à son tour, sous le regard médusé de ses ennemis. La femme qui y vit lui sert, tout comme elle l’a fait pour les Russes, une assiette de lait et de millet et, une fois celle-ci terminée, il se lève et repart au combat.
De cet épisode, il en dira plus tard : « C’est comme ça que ça s’est passé. A y réfléchir, maintenant, je ne trouve pas que la chose ait été étrange, mais naturelle, de ce naturel qui a dû autrefois exister entre les hommes … / … Qui sait où se trouvent à présent ces hommes, ces femmes, ces enfants. J’espère que la guerre les a tous épargnés. Tant que nous vivrons, nous nous souviendrons, tous tant que nous étions, de notre façon de nous comporter ». (interview accordée à Initiales, groupement de libraires, parue sur le recueil qui lui est consacré, « Sur les sentiers de Mario Rigoni Stern », n°11 – octobre 2001)
La guerre, les hommes, la nature, les animaux. Voilà ce qui régit les œuvres de cet auteur, œuvres que je n’ai pas encore toutes lues. L’homme, emprunt de modestie, de valeurs morales, d’attachement viscéral à sa terre, est lu par les enfants à l’école, est très célèbre en Italie, mais est beaucoup moins connu chez nous. Beaucoup moins que son contemporain Primo Levi par exemple, lequel décréta à son sujet : « Le fait que Mario Rigoni existe à quelque chose de miraculeux. Dans un premier lieu, parce que le fait qu’il ait survécu tient du miracle : cet homme si hostile à toute forme de violence a été contraint par le destin à faire toutes les guerres de son époque, et il est sorti indemne et incorrompu des fronts français, albanais et russes, et des camps nazis. Mais ce qui est tout aussi miraculeux, c’est que Rigoni ait réussi à rester authentique et digne en cette époque d’urbanisation suicidaire et de confusion des valeurs. ». (Primo Levi : « A la recherche des racines : anthologie personnelle », éditions Mille et une nuits – 1999).
J’ai appris son décès presque par hasard, ce week-end, en empruntant à un ami un des nombreux journaux ramassés pour faire passer le temps à bord de l’avion. J’aurais tout aussi bien pu ne l’apprendre que dans quelques années. Alors que les Alpes se dressaient majestueusement sur le flanc gauche de l’appareil, je me suis dit qu’il était temps pour moi de finir ce que j’avais commencé, pour enfin aller de l’autre côté, humer, un jour, l’odeur de la terre du plateau d’Asagio.
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Mais je n'ai parlé que de l'une de ses 1ères oeuvres, je vous laisse apprécier le reste par vous même 

plein d'intérêt ! même si je ne suis pas fondue de retraite de Russie... (comme quoi !) merci de faire parler les informations silencieuses.
Chacun avec leurs histoires mais avec une certaine ressemblance d'âme, toujours est il que vous avez bien raison d'honorer la mémoire de ce cher Mario. J'espère qu'ils boiront un coup à votre santé.
Dans le genre histoire exceptionnelle profitez de cet été pour découvrir ou redécouvrir Zibaldone.
Dans le genre histoire exceptionnelle profitez de cet été pour découvrir ou redécouvrir Zibaldone.
ça donne envie de découvrir l'auteur.
Dans une veine assez proche, je recommande "Le soldat oublié" de Guy Sajer.
Dans une veine assez proche, je recommande "Le soldat oublié" de Guy Sajer.
ton com me donne envie de découvrir cet auteur (mince écrit pareil que script) alors je complète, l'aspect très humain du personnage que tu as révélé me plait
je le note dans mon petit carnet
je le note dans mon petit carnet
son décès m'a peiné... un peu comme lorsque le dernier poilu s'est éteind.
Restent ses oeuvres comme autant de témoignages sur la nature humaine...
Restent ses oeuvres comme autant de témoignages sur la nature humaine...
que j'ajoute à ma liste. 


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mariorigonistern
publié le 23 juin 08