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J'ai passé un sale quart d'heure, comme en garde à vue, soumise à un interrogatoire sévère et violent, où les questions s'enchainaient si vite ponctuées de reproches que je n'ai pas même eu le temps de formuler une seule phrase.

Une pluie, une averse de critiques, un visage rouge et colérique, bavant et fumant planté à quelques centimètres, la pression auditive des hurlements, la pression interne de la peur et de la colère.
Les flics n'y étaient pour rien.

Seuls un proche sait se montrer aussi peu réceptif à l'autre.
Celui que l'on croit connaître et qui pense de même, celui qui est le plus loin de nos pensées, de notre vie.

Sans être adepte de la non violence et fanatique de Gandhi, il demeure évident que la violence n'amène rien d'autre qu'elle-même, comme démultipliée, accrue, encouragée par la rage, la déception, l'aigreur et la haine.

C'est intéressant de voir comme tout peut s'emballer très vite, s'enflammer comme une allumette grattée. Il n'y alors plus de sortie de secours, si ce n'est la sortie tout court.
Se taire plutôt qu'envenimer les choses. Attendre que l'orage passe, que l'esprit en revienne à plus de modération.

Le coeur bat, les yeux se détournent, les paroles se cherchent, des brimades incohérentes sont lancées. Maîtriser sa parole en de telles situations parait impossible. En tout cas, pour moi, ça l'est.

Pourtant, il semblerait que beaucoup de personnes savent très bien se débrouiller de la violence verbale.
Y prennent-elles plaisir ? Jouent-elles à cela comme à un match de foot ?
Est-ce l'occasion de se prouver que l'on est quelqu'un, que l'on sait rétorquer, que l'on a suffisamment de confiance en soi pour détruire celle de l'autre ?

Ils font monter les enchères comme dans ce film avec Eminem dont je ne sais plus le titre.
Ces joutes peuvent même paraître intéressantes, drôles, sportives.

Se battre avec des mots comme avec des poings, le sens en plus.

Pourtant, lorsque le temps a passé, l'on se rend compte alors de la connerie et de l'inutilité de la chose.
Car il apparait après coup de manière aussi limpide qu'évidente, que lorsque le temps et le calme sont donnés à la parole, les mots sont alors choisis, et font sens.

La pensée a l'opportunité de se former, de s'identifier, de se construire. On peut même tenter l'impossible, dialoguer.
L'affirmation de soi et de ses avis devient cohérente, objective.
Car la violence verbale n'est même pas un non-sens, c'est un anti-sens.

C'est ce qui supprime le sens des mots.
En fait, c'est lamentable.
Et l'instant d'excitation où pendant une brève seconde, un cri est poussé, un reproche est lancé perd de son efficacité.

C'est une parole parallèle, elle n'a de sens que du fait de montrer la manière dont on gère des situations délicates. Mais ce n'est jamais constructif. Ca ne peut l'être.

Alors, ces derniers jours, j'aurais préféré être en garde à vue, face à un inconnu en uniforme, intéressé à ma parole, fut-ce pour m'écrouer. Une attention portée à soi, souvent évoquée par certains criminels, qui montre combien dans l'espace intime, on ne sait ni parler, ni écouter.

Alors, Monsieur Sarkozy, dans la lettre aux professeurs d'école, de ça aussi vous auriez pu parler. Car la société promise tournée vers le respect d'autrui passera forcément par une société de meilleur communication.

Sarah

réactions : 18
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Voici les 18 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 10/09/07 à 17h38
que se passe t'il, qu'elle si grande faute a t'on pu commettre pour soudain, brutalement sans aucune autre forme de procès devoir subir une telle avalanche de violence, de reproches de la part d'un accusateur ?
 10/09/07 à 14h50
Eniii
la violence... des mots ne seraient que sa propre violence déchargé au miroir, forme de protection inutile puisque déjà destructrice, impuissante au demeurant, taire des sentiments tourmentés, tempétueux... pas simple non plus... bref, je m'égare.

Merci, en tout cas, vive la réflexion, l'analyse !
 10/09/07 à 13h25
1/ Plus la personne est proche, et plus ce genre d'autisme et d'agressivité, c'est à dire agresser quelqu'un sans lui laisser la possibilité de se défendre, fait du mal.

2/ Hélas, même sur PCC, on n'est pas à l'abri de ce genre d'attitude, de la part de personnes qui s'arrogent le droit de juger sans savoir, sans même être concernées. C'est dommage. Surtout quand les mêmes expliquent qu'ils resteront sur le site mais sans s'abonner. Jouer les procureurs sans avoir même l'éthique de participer au financement du tribunal, je trouve cela assez petit.

 10/09/07 à 12h18

... ne ressemblent pas ! Et je ne parle simplement de la forme (verbale ou autre).

Sans la traiter trop facilement de "saine", la colere n'en demeure pas un pilier du relationnel humain. Elle perdrait presque sa raison d'etre si elle ne pouvait s'exprimer par un éventail de forme de violences...

On pourrait se demander si les institutions ont le "droit" d'etre en colere... mais allez donc en priver leurs représentants... et leur cibles ^^

C'est le mythe du "compromis en responsabilité" qui fait croire que la colere entre deux adultes ne serait jamais constructive ^^
 10/09/07 à 11h20
Tethys
cette perte de sens était à l'origine de la violence ?
 10/09/07 à 01h55
Arbaces
toujours une souffrance.
Tiens, ce soir j'ai revu "les soeurs fâchées", la violence d'Isabelle Huppert contre sa douce soeur Catherine Frot est pathétique, c'est l'expression d'une haine de soi.
 09/09/07 à 23h53
pourquoi remettre ça sur le tapis? Cent fois sur le metier?
à O.P.A : content de voir que malgrés le baton que tu aimes tendre, tes détracteurs se soient fatigué. A bon entendeur...
le cumul est sans doute le signe qu'il n'y a pas d'échappatoire autre même si la violence n'est pas un échappatoire en soi.

Quant à la séduction, j'aurais tendance à penser que la violence vient lorsqu'il y a eu échec de séduction.

Même si la violence peut comporter une part de séduction, que l'on peut s'y complaire et s'y laisser tenter, ce sera forcément en remplacement d'une parole en échec et donc défectueuse.

Après, est-ce la faute de l'un ou de l'autre, des deux ou de personne ? Je suppose que chaque cas est et demeure particulier, mais je serais d'avis qu'une mauvaise écoute va de pair avec une parole handicapée. Car déjà, et même si l'autre n'écoute pas, sentir que l'on a dit ce qu'il fallait et ce que l'on désirait, a un pouvoir bénéfique certain.

Sur ce, chers amis, très belle fin de soirée,
Sarah
 09/09/07 à 22h48
sissi
je pense à ma propre violence. très intéressant, tout ça. Merci.
Cumuler violence du ton et violence des mots aussi.
Cumuler agressivité et non-écoute encore plus.
La fatigue, la colère, l'anxiété peuvent expliquer l'un de ces débordements mais pas leur cumul.
 09/09/07 à 22h07
:0)

ça fait un nouveau point de vue.

Bon à+, fatiguée.
 09/09/07 à 22h04
D'accord avec toi. J'aurais pris plaisir à développer un point de vu sur le sujet, (sous forme d'auto-critique.)
Mais je préfère éviter le risque d'une polémique, pour le moment.

Bonne chance à toi.
 09/09/07 à 21h16
PaulTergeist
"A titre personnel, cela fait quelques années que, bien malgré moi, seuls les très jeunes garçons pré-adolescents, plus ou moins boutonneux mais toujours à l'air "poète" me regardent dans la rue."

"Ce que l'on appelle 'violence' n'est rien ; la véritable violence, c'est la séduction." Lessing
 09/09/07 à 21h14
En garde à vue, on peut parfois écouter et parfois injurier (les coups en plus).

Quand aux débordements des mots, il faudrait peut-être les mettre en mirroir avec les jeux de non-dits qui sont sans doute tout aussi dévastateur.