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Florence
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Poitiers- Florence, seize heures de trajet.
Le 17 août, le jeudi matin, le train est arrivé à Florence avec une heure de retard. On a dû passer par Melun, Sens, Dijon, Dôle, franchir la frontière à La Ferrière (Voltaire), gagner Lausanne, Milan, Parme, Modène, Boulogne, Firenze. Je reconstitue l’itinéraire en suivant une carte car on a voyagé de nuit et les noms des gares n’étaient pas toujours indiqués. On a traversé le Jura, la Suisse, l’Italie du nord. On s’est arrêtés à Dijon vers 22 heures, à Lausanne à minuit, à Bologne vers les 7 heures du matin… Le wagon couchette était extrêmement inconfortable, mais c’était marrant de voyager ainsi, cela changeait des conditions habituelles… Le contrôleur avait distribué aux voyageurs le « Corriere Della Sera ». Les Italiens ont les mêmes problèmes que nous avec les anglicismes. Ils en collent partout. « I leoni falsi killer ». « Uno psycho-killer per Sean Connery »…
Dehors, il y avait un beau soleil rouge, un soleil italien. On a traversé les Apennins, Siesto Fiorentino, des montagnes boisées comme celles des Pyrénées. Les Apennins, c’est l’épine dorsale de l’Italie, c’est bien connu. Au petit-déjeuner, un petit café au lait, un pain brioché à base de margarine, de fleur d’oranger.
Nous sommes arrivés à la gare de Campo di Marte, avons pris un bus pour gagner le centre-ville. Après avoir déposé nos bagages à l’hôtel, nous nous sommes rendus au musée archéologique par les vieilles rues encore désertes. C’est là que se trouve la fameuse Chimère, tuée par Bellérophon, sur son cheval Pégase. C’est un bronze étrusque, un animal monstrueux, en position défensive, moins connu que la Louve du Capitole, moins ancien. Ils avaient toutes sortes de petits bronzes dans des vitrines, des dieux barbus, un loup stylisé, un orateur, un gladiateur, des groupes (du genre Minerve, Hercule et Antée…). La Toscane, c’est un peu l’ancien pays des Etrusques…
J’ai bien aimé le jardin du musée, avec ses arbres, à la fois africains et européens, pins parasols, chênes, palmiers. C’était ce que j’avais tant aimé en Andalousie, quand j’avais eu la chance d’y aller, il y a déjà quelques années. D’ailleurs, par bien des aspects, Florence m’a fait songer à Grenade, à Séville, mais en moins magique.
On est allés dans une « gelateria » déguster une petite glace délicieuse (au chocolat) et dans un bistrot manger des pattes à la tomate, très ordinaires, un panini aux miettes de thon. Mais les murs de la brasserie étaient ornés des doux visages de Sandro Botticelli, sa Vénus, sa Vierge, ses anges ou ses pages. Toujours le même modèle, semble-t-il… Sa Sad-Eyed Lady à lui… Florence est très sale. On y respire plein d’odeurs bizarres, d’égout, de parfums, de bouffe, parfois très difficiles à identifier, des odeurs que j’ai déjà dû sentir autrefois, je ne sais ni où, ni quand. Mais il y a un côté bon enfant, je-m’en-foutiste. Même les flics ont l’air de s’en foutre. Ils rigolent dans la rue, ont l’air de se raconter des c… Il n’y a pas cette crispation, ce sérieux que l’on sent malgré tout chez certains Espagnols. Il faut dire que j’étais tombé à Séville en pleine semaine sainte… Les pénitents n’étaient pas venus là pour rigoler…
A la poste centrale, je n’ai envoyé qu’une seule carte postale, tandis que Caro en remplissait au moins neuf. A côté se dressait un kiosque qui proposait des revues étrangères. J’y ai trouvé le « Mojo » de septembre, consacré à Syd Barrett, avec un article sur Captain Beefheart qui me permettra de compléter ma documentation sur cet artiste sur lequel j’ai commencé à rédiger un petit papier. Ils avaient « Q » également. Je n’ai pas pu le feuilleter, mais ça m’a semblé nettement plus anodin.
Il y avait énormément de touristes. Florence était envahie de Français, d’Asiatiques. Le Ponte Vecchio m’a fait mauvais effet, avec toutes ces boutiques de luxe, ces joailleries, ces gens qui s’agglutinent comme des mouches devant les vitrines, fascinés par des bijoux sans intérêt. Les magasins de cuir, les maroquineries et les papeteries, en revanche, m’ont fait souvent bonne impression, bien que cela soit très bourgeois, attrape gogos, ou pire.
On s’est installés à l’hôtel, un vieux palais florentin, assez bien retapé (mais pas un établissement de luxe). L’eau du robinet était un peu chaude. Je me disais : j’ai bu l’eau du vieux fleuve étrusque… Dans la chambre, deux gravures, une Florence automnale, avec une Anglaise qui tient son keepsake, assise et dessinant dans les jardins Boboli, ou en haut de l’esplanade Michel-Ange, et des sortes de palais vénitiens, hantés mais tout à fait charmants. Il ne faut pas les regarder de trop près, sinon le charme disparaît… Une épaisse moquette avec de grosses fleurs rouges sur fond rose, un meuble peint en jaune clair, avec un délicat décor de fleurs fragiles. D’épais rideaux rouges et or, une salle de bain agréable. Je m’étais emporté une biographie d’Hendrix, mais je n’ai guère eu le temps de la lire.
En milieu d’après-midi, nous sommes ressortis pour visiter une basilique restaurée, Santa Maria Novella, située non loin de l’hôtel « Paris », où nous étions descendus. J’ai parfois horreur des églises, mais il faut bien suivre le mouvement. Il n’y avait pas grand-chose d’intéressant, sinon une immense fresque du paradis (à droite du maître-autel) et de l’enfer (à gauche, en vis-à-vis). Le paradis représentait un alignement de saints personnages, comme une assemblée, un who’s who médiéval, dont tous les acteurs sont redevenus anonymes. Mais l’enfer, quasi effacé, « illisible », semblait bien étrange, avec des monstres païens, inattendus dans ce contexte. Les damnés n’étaient pas gardés seulement par des démons, mais par des espèces de centaures, qui avaient dû se tromper d’histoire… Il y avait même une sorte de sirène antique, ou de femme-oiseau solitaire, au bord d’une mare de poix, ou de marécage. Mais le temps avait fait son œuvre de destruction. Tous ces beaux dessins s’étaient effacés, comme évaporés. Il n’en restait plus qu’une sorte de brume, d’ébauche. C’était vraiment bizarre. La crucifixion d’un vieillard aussi. On aurait dit un Christ âgé, mais il s’agissait de saint Philippe, auteur d’un évangile apocryphe. Qu’est-ce qu’il peut y avoir comme textes « parallèles » à côté de ceux que l’église a retenus… Il existe même une apocalypse de saint Jacques… Les ecclésiastiques avaient installé une boutique de souvenirs dans l’église : même à Lourdes, ils n’oseraient pas… Toutefois aucune carte postale ne représentait l’enfer. On n’avait pas le droit de le photographier. Photos interdites en enfer…
Mais ce que j’ai vu de plus beau à Florence, c’est la Vénus de Botticelli, la déesse de la Beauté et de l’Amour, mais surtout celle de la Douceur, de la Mélancolie. Pourquoi cette douce tristesse envahit-elle le visage de la déesse qui vient de naître de l’écume des flots ?
J'ai été complètement fasciné par Botticelli, peut-être parce que je le considérais bêtement comme un artiste surfait, surestimé, et là je suis tombé sous le choc car j'ai découvert un artiste nervalien : un homme du syncrétisme. Sa Vierge a la beauté d'une Vénus ; sa Vénus la douceur de la Vierge. Sans arrêt il bascule de l'univers chrétien au monde païen, et réciproquement... La crue de l’Arno n’a pas découragé l’accro de l’art nu…

Sur la place du Duomo, une immense tour se dresse comme un minaret, le campanile de Giotto, 82 mètres de hauteur. Mais les 414 marches nous ont rebutés. Nous n’aurions rien pu faire après. On s’est donc abstenus.
Sur les places, dans les boutiques, les cartes postales les plus fréquentes sont celles d’un petit ange qui joue de la guitare ou du théorbe, les Léonard, les visages un peu penchés de Sandro Botticelli.
Pour aller à la Galerie des Offices, la queue s’étendait sur trois rues, c’était dingue, incroyable. Il y en avait pour plusieurs heures d’attente. On est passés par l’hôtel, la conciergerie, pour pouvoir réserver, y accéder plus facilement.
Je voulais à tout prix voir les Offices car, outre les Botticelli, ils ont des Dürer, des Cranach (des portraits), des Lippi aussi.
Sur la place du vieux palais (piazza della Signoria), j’ai été impressionné par le Persée de Benvenuto Cellini, tuant la Méduse, avec son coutelas, dans une position nettement phallique. La puissance du modelé, sa connaissance de l’anatomie… En revanche je n’aime pas du tout la copie du grand David en marbre de Michel-Ange. Je n’aime pas son gros visage.
Le jeudi, en fin d’après-midi, nous sommes allés dans un quartier bourgeois qui débouchait sur l’Arno, un pont plus bas que le Ponte Vecchio. Des boutiques de luxe, genre Yves Saint Laurent. Ils avaient de très belles choses pour les femmes, manteaux blancs, fourrures, sacs à main, gants de toutes les couleurs. Mais, à part les costumes stricts et certaines vestes en cuir, ce qu’ils vendent pour les hommes m’a paru trop chic, trop efféminé. « ça fait Swann » disait Guillaume.
Dans un autre quartier, plus populaire, j’ai payé à ma petite famille une glace bien crémeuse et fameuse, près d’un marché où ils vendaient des accessoires en cuir, des ceinturons, des bourses, des sacs, apparemment d’assez bonne qualité, bien que vendus en plein air, à tous vents. Les enfants se sont régalés comme des malades.
Dans ce marché, trônait un immense sanglier en bronze, la réplique d’une statue de la Renaissance. Sa hure était toute usée, comme dorée, patinée par les attouchements des touristes, comme les pieds de Saint Pierre à la cathédrale de Poitiers. Les touristes ou les dévots la touchent-ils pour se préserver ou se guérir de telle ou telle maladie ? Je n’ai pas pu percer ce mystère. Quelle est donc la signification de ce rituel ?
Nous sommes revenus à l’hôtel, avons dîné dans la chambre des enfants, des sandwiches sans beurre ni mayonnaise, des « panini », sûrement le fameux « sandwiche Bayard », « sans beurre et sans reproche », dit-on... C’était sec comme un coup de trique. Les Italiens ne savent donc pas saler leur pain ?
Leur chambre donnait sur l’appartement d’en face. On se serait cru dans un mauvais film de Dario Argento, où il y a toujours un voyeur qui mate sa voisine. On apercevait un immense miroir, des livres sur une table…
A 2 heures du matin, on entendait les gens « gueuler » dans les rues. Il y avait de l’animation. L’air était trop chaud, impossible de dormir. La clim ne marchait pas. Il n’y avait pas d’air.

Le vendredi 18, petit déjeuner hyper copieux dans ce vieux palais du XVI ème. La salle du petit déjeuner avait un plafond peint, des plus anciens, avec des anges, des scènes bibliques, comme celle d’antique couvent. Les Japonais s’y empiffraient en prenant un air digne, mi-robot, mi-hiératique. J’ai fait comme eux !
On est allés visiter l’ancien palais des Médicis. C’était immense. Ce que j’ai préféré, c’est une salle décorée de cartes de géographie du XVIème siècle et certains dallages représentant des figures astrologiques, une chèvre capricorne... Je n’arrive pas à photographier les plafonds convenablement. Mes clichés sont flous. Puis on s’est aventurés à l’intérieur du Dôme. Il y avait encore une sorte de Jugement Dernier, trop détaillé, sous la coupole, avec toutes sortes de scènes aussi bien mythologiques que bibliques, très mélangées, des dragons à sept têtes…
Dans un musée consacré à la statuaire (le Bargello), j’ai contemplé le « David » de Donatello, un pied sur son trophée (la tête de Goliath), une pierre dans la main gauche (au cas où un autre géant se présenterait). Mais un horrible chapeau sur la tête, sûrement le fameux « papeau de zozo », « Sur le devant, on a dressé trois plumes de paon, sur le côté, un amour de perroquet » (je ne sais plus les paroles de cette horrible chanson qui me trottait dans la tête)…
Je me suis assis sur une chaise curule, en face d’un bas-relief représentant Diane et Actéon. La déesse vient de surprendre son amoureux, l’a transformé en cerf. Elle s’apprête à lâcher ses chiens. Les déesses lunaires sont-elles toutes aussi cruelles ?
Diane est la déesse de la lune mais c'est aussi celle de la chasteté, et Actéon l'a surprise au moment où elle se baignait avec ses nymphes, dans une mare ou un étang au plus profond des forêts. C'est également une déesse de la chasse...
Au Bargello, j’ai bien aimé les bronzes d’oiseaux (un aigle, un hibou, une chouette effraie, un dindon), Jason tenant la Toison d’Or. Je l’ai photographié de façon à ce que la tête de Jason soit remplacée par celle du bélier vaincu.
En début d’après-midi, je suis allé me balader tout seul dans les rues, faire les boutiques, les magasins de disques. Ils avaient un gros bouquin, l’œuvre complète de Bob Dylan, soixante euros, mais ça m’est devenu étranger. Ce sont les mêmes promos qu’ailleurs, à Poitiers, à Paris, à Londres. Partout les mêmes stratégies commerciales… J’ai acheté du « torrone siciliano » dans une pâtisserie/confiserie assez chic, élégante, où ils n’étaient pas du tout sympa.
L’après-midi du vendredi fut consacré à la Galerie des Offices. J’y ai vu « La jeune fille au volant », un de mes Chardin préférés. On aurait dit une petite servante d’auberge de campagne, qui se distrait un moment. Elle m’a fait songer à « L’Indifférent » de Watteau, car elle a l’air songeuse, absente, ailleurs.
On a arpenté la galerie des portraits, contemplé la vue sur l’Arno, les ponts en enfilade. Un beau belvédère, un panorama magnifique, donnant sur les toits, les dômes, les collines toscanes. Hélas, interdiction de prendre des photos dans ce musée, mais je m’étais bien rattrapé par ailleurs. J’ai admiré le petit ange qui joue de la guitare, le nez collé à son instrument. Il a des ailes de papillon. Je ne sais plus de qui c’est.
Je me suis acheté deux magnets (à coller sur le frigo), l’un représentant la bataille de San Romano, par Paolo Uccello (le reste du triptyque est à Londres et au Louvre…), l’autre un port de Jean Lorrain, sur lequel figure la Villa Médicis. Dans les musées, j’adore farfouiller dans les boutiques de souvenirs. Si j’ai admiré en vrai la bataille d’Uccello, en revanche je n’ai pas trouvé le Lorrain. Ils avaient dû le prêter à un autre musée. Le cheval rouge d’Uccello, c’est peut-être l’animal qui a inspiré à Poe son « Metzengerstein » ? Il y a un destrier rouge, un cheval bleu (mort), deux montures blanches…
Quelques paysages hollandais intéressants. Tout de suite le Nord se fait sentir dans les paysages, dans les tons froids, les bleus. Il y avait des tableaux étonnants. Par exemple un grand nu, mais on n’y sentait aucune sensualité, aucune complicité entre le peintre et son modèle. Au contraire, la distance et l’indifférence semblaient évidentes. J’ai vu des portraits de Memling aussi.
Ils ont placé en vis-à-vis l’ « Adam et Eve » de Cranach et ceux de Dürer. Cranach l’emporte haut la main. Les deux Eve ont quelque chose de naïf dans le regard, mais celle de Cranach a un côté fermé, chafouin, sensuel et sournois que n’a pas celle du peintre allemand, avant tout ingénue, avec de grands yeux étonnés. « Adam » en italien se dit « Adamo ». C’est le genre de détail qui me fait marrer. « Vous permettez Monsieur que j’embrasse votre fille » pendant que « tombe la neige » ? Il y avait le « Luther » de Cranach (son maître à penser…), un portrait d’Holbein des plus saisissants car on y lit le caractère du personnage. Le rendu du caractère…
Devant la Vénus de Botticelli, j’ai repensé au fameux oxymore de Rimbaud, « la naissance éternelle de Vénus ». Vénus, elle a l’air de s’excuser d’être là, ou de ne pas être là, d’être ailleurs. Mais qu’est-ce qu’elle est jolie… Botticelli devait être bien amoureux… Les autres Botticelli sont également admirables. Le Printemps pieds nus, avec Flore surprise par Zéphyr, bleuâtre et maladif.
Une fois sortis de la Galerie des Offices, on est allés au café Rivoire. Je leur ai payé un chocolat chaud à la chantilly. C’est là que l’on fait le meilleur chocolat chaud de Florence, disent les guides. C’était vraiment délicieux. Tout le monde s’est régalé…
Le soir, on est allés manger un Big Mac dans un McDo, avec des frites et du thé glacé. La nuit toscane était très chaude. On n’a pas eu l’orage annoncé, mais la clim avait été réparée. J’ai écouté Brothers In Arms en lisant la bio d’Hendrix…

Le samedi 19 août, troisième et dernier jour à Florence.
Résumé des épisodes précédents : ce que j’ai préféré pour l’instant, c’est la douceur du beau visage mélancolique de la Vénus ; c’est le sanglier en bronze du marché au cuir ; c’est le petit déjeuner gargantuesque de l’hôtel ; c’est le chocolat chaud du café Rivoire sur la place du vieux palais ; c’est d’avoir montré un portrait de Henri IV à Caroline ; c’est la Chimère monstrueuse du musée archéologique ; c’est d’avoir trouvé « Mojo » à l’improviste. C’est donc beaucoup de choses. Il faudra que je donne des noms à mes photos, car j’ai pris des détails intéressants, des dallages représentant des chèvres, des plafonds où figurent des monstres et des fleurs. Les escaliers sont souvent tellement embellis, tellement ornés, que dès que les plafonds ne sont pas peints, on se croit subitement dans ceux d’un couvent.
Le parfum de Florence, c’est souvent celui de ces pâtisseries grasses, à la margarine, à la fleur d’oranger.

Nous sommes allés de l’autre côté de l’Arno, sur l’autre rive. Nous avons d’abord traversé un quartier cossu. Mais il n’y avait pas que des boutiques de fringues, j’ai pu photographier la devanture de deux bouquinistes, des in-folio, avec d’antiques illustrations. Nous avons visité le musée zoologique, au deuxième étage de la faculté des sciences. C’est un de ces musées poussiéreux de province que j’aime particulièrement. On y voit toutes sortes de bêtes empaillées et même des cires humaines, destinées à enseigner l’anatomie aux étudiants en médecine.
Une partie de ce musée ressemblait à celui des coquillages, des Sables d’Olonne, avec ses berniques, ses coquilles Saint-Jacques, ses énormes crabes des tropiques, avec leur carapace pleine de bosses. Il y avait des salles peu ragoûtantes, avec des insectes d’une taille phénoménale, libellules, maringouins de la Réunion, araignées gothiques, papillons. Ça aurait plu à Pierre Bergounioux ! Mais d’autres salles bien plus charmantes, comme celles des oiseaux, bécasses et hiboux (j’adore les hiboux), et leurs différents nids.
Ces vitrines m’ont rappelé la fois (ou les fois ?) où mon grand-père m’avait emmené, tout petit, chez Monsieur Ingrand, tout en haut du jardin des plantes, à Niort, Place Chanzy. C’était un vieil homme, naturaliste, taxidermiste. Il possédait toute une collection d’animaux empaillés, en particulier des oiseaux. On aurait dit un personnage du XIXème siècle. Il arborait une petite barbichette à la Joris-Karl Huysmans, ou à la CharlElie Couture, et des manières d’autrefois, une politesse élégante, je crois. Mais j’étais si petit que j’ai peur de déformer ce souvenir en l’évoquant davantage.

Puis nous sommes allés au Palais Pitti, qui fut la résidence des Médicis, une fois qu’ils eurent délaissé leur ancien palais du centre ville. Il s’agit d’une véritable forteresse Renaissance donnant sur une esplanade. A l’arrière, s’étendent les jardins de Boboli. Nous avons vu des centaines de tableaux dans des appartements royaux, inspirés par des sujets religieux ou mythologiques. J’ai bien compté une dizaine d’Annonciations, rien qu’aux Offices et au Musée Pitti. Mais la plus belle, et de très loin, c’est celle de Léonard, avec cet Archange qui garde ses distances, qui salue la Vierge de très loin, le paysage vertical au dernier plan, derrière l’Ange, annonçant déjà la peinture géométrique et abstraite du XXème siècle, avec ses arbres vert noir, ses cyprès, ses ifs. Ce jeu entre les lignes horizontales, verticales et la diagonale du salut de l’Archange. La Vierge, sévère, trop digne, hiératique. Quel tableau !

Au XIXème, soudain, le fait divers envahit la peinture. On délaisse la Bible, la mythologie. On s’intéresse à la réalité. Exemple : une famille secourue pendant la crue d’un fleuve (l’Arno ?). Avant, on aurait peint le Déluge (et personne n’aurait secouru les malheureux).

J’ai été séduit par « La Vierge à la chaise » de Raphaël (Il n’a donc pas fait que « Caravane » !). C’est un portrait d’une remarquable intensité psychologique, et d’une grande douceur. Pour une fois, l’enfant Jésus y est réussi.
Pour nous remettre de nos émotions, nous sommes allés manger une délicieuse pizza jambons champignons en terrasse, dans un petit resto sympa, non loin du Ponte Vecchio. J’ai croisé un Anglais qui ressemblait à mort à Tintin, ou à Jimmy Sommerville, mais je n’ai pas vu son petit chien blanc.
Mais c’est sûrement là que Catherine a perdu son porte-monnaie, ou se l’est fait voler (avec cinquante euros…). Cela nous a littéralement plombé toute une partie de l’après-midi. Nos projets sont tombés à l’eau.
Nous sommes allés à pied le long de l’Arno vers une vieille tour. C’était la Porte Saint Nicolas. Nous sommes montés tout en haut des jardins publics, jusqu’à l’esplanade Michel-Ange, d’où l’on a une superbe vue sur la ville.
Puis nous avons pris le « 13 », le bus qui fait le tour de la ville, passe devant de magnifiques villas toscanes, jusqu’à la gare centrale. J’enviais les joggeurs qui passaient, mais je me suis rattrapé depuis. « If you don’t run, you rust » dit Tom Petty, sur “Highway Companion”, son dernier disque… Un dernier tour en ville, un dernier cloître, et nous avons récupéré nos affaires à l’hôtel « Paris ». Caro, charitable, a acheté un petit porte-monnaie à sa mère.
Nous avons repris le « 13 », fait le tour de la ville, revu les villas toscanes, le point de vue sur la ville, ses tours et ses dômes, vraiment magnifiques, majestueux.
A la gare, dans un snack, j’ai acheté quatre horribles sandwiches à la dinde (toute grise, la chair), mais le reste avait l’air encore moins convenable. C’était vraiment dégueulasse. Le Mac Do, à côté, c’était Bocuse. Nous avons attendu le train, assis sur un quai crasseux. La ville est vraiment très sale, encore plus que Paris, c’est dire !

Quand aurai-je l’occasion de retourner à Florence ? A la Saint Glin-Glin ? A la Saint Higelin ? Voilà deux saints aussi improbables l’un que l’autre…
J’aurais bien voulu arpenter les landes grecques
Mais c’est reporté aux calendes grecques…

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Ou éviter le mois d'août ou emporter son beurre, son pain salé !