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Bolan
 Bolan
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Il y a toujours eu un vieux dilemme, un vieux litige entre la poésie et la musique. Déjà au moyen âge troubadours et trouvères. Etaient-ils des poètes, des conteurs ou des musiciens ? Privilégiaient-ils les textes ou la mélodie ? Le débat n’est pas neuf. Le problème s’est posé à nouveau vers 1960 pour des gens comme Brel ou Brassens, et pour tous les A.C.I. (auteurs-compositeurs-interprètes). Puis pour tous les petits poètes psyché (comme on a dit « romantiques mineurs »). Bref, sans entrer dans le débat, sans réchauffer les braises, reprenons la conclusion à laquelle on aboutit en général : le langage y perd à chaque fois. C’est encore plus net dans le rock que dans la chanson française. Néanmoins cette poésie et Bolan l’a illustré.
Je me souviens qu'à Bournemouth début août 1969 j'avais mis plus de vingt fois à la suite par une après-midi pluvieuse dans le minuscule living d'un bed and breakfast, King Of The Rumbling Spires et son pendant B-side, Do You Remember ? sur le pick-up de l'hôtel.
C'était l'époque où il y avait des publicités pleine page pour le Stand Up de Jethro Tull : "Debout !" (on les voyait avachis sur la pochette, grossièrement dessinés). Nous étions en route pour le festival de Plumpton, qui eut lieu en pleins champs, loin de tout, et où se produisirent le Pink Floyd en pleine gestation d'Umma Gumma. On vit The Who : l'intro de Pinball Wizard fit oublier un instant les fringues ridicules de Daltrey, sa veste à franges dont aucun trappeur n'aurait voulu. Le show de Soft Machine fut interrompu : Wyatt fit une crise de nerfs car l'électricité sauta à deux reprises (lui aussi avait pété les plombs).
De belles choses à ce festival. Hélas, Tyrannosaurus Rex n'était pas de la partie. Nous ne vîmes pas Bolan assis en tailleur à même la scène, psalmodiant ses textes flower power déjantés, insidieusement poétiques, devant son gros ampli
Ce que j'appréciais avant tout chez Bolan c'était sa magie, ses disques intimistes, sa voix chaleureuse plus que capricante, ses paroles féeriques, ses mélodies extraordinaires, parfois déconcertantes.
Le premier LP de Tyrannosaurus Rex, avec son titre à rallonge, avait été occulté à sa sortie (juillet 68) par l'extraordinaire Ogden's Nut Gone Flake des Small Faces qui caracola en tête des charts pendant près de deux mois, bientôt rejoint par le Wheels Of Fire de The Cream avec sa pochette argentée et cette drôle d'histoire de rats pressés, qui ouvrait l'une des quatre faces.
Les Faces d'ailleurs ne supportèrent pas ce succès, implosèrent et splittèrent quelques mois plus tard. Bolan et Took durent attendre la fin de l'année pour que le succès de Prophets..., le second LP, soit moins confidentiel : l'Angleterre venait de se découvrir un poète, très controversé.


Le rock a été, est encore tourmenté par le fantôme de la poésie et celui de l’électricité (« the ghost of electricity » Dylan).
Plus qu'un visionnaire Bolan n'était-il pas avant tout un précieux, un Voiture plus qu'un que Rimbaud ? Son psychédélisme n'était-il pas trop affecté? Son vocabulaire trop rare, quasi néo-décadentiste ? Les poèmes de Bolan sont si obscurs que ce sont parfois autant d'El Desdichado sur notre chemin, d'épées rouillées plantées dans les bois, des textes oniriques, hermétiques, volontiers abscons... A la limite, Shakespeare semble limpide et peu archaisant à ses côtés !
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