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Fontaines de jouvence
 Fontaines de jouvence
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Les Beatles avaient du génie. Avec les Stones et Dylan, ils résument les années 60 et les transcendent. Longtemps on les a opposés aux Stones, comme s'il était interdit d'aimer les deux. Comme s'il fallait à tout prix choisir. On peut aimer indifféremment Aftermaths et Revolver, Rubber Soul et Sticky Fingers. Ce sont des Eaux de Jouvence. On peut y puiser à pleines mains.
Il y a des joyaux cachés. Des disques oubliés, que certains gardent jalousement, comme un Graal au fond d'une crypte. Il en est d'autres qui sont évidents. A Hard Day's Night, Help, Magical Mystery Tour, et tant d'autres Trésors de Golconde.



Atlantis
Donovan, dans une chanson autant parlée que chantée, évoque la vieille cité mythique que Platon fut le premier à mentionner dans son Timée, comme un exemple de la cité idéale. Une république, peut-être imaginaire. Il l'avait située au-delà des "Colonnes d'Hercule", du Détroit de Gibraltar. C'est-à-dire loin de tout, loin du monde grec. Les marins hellènes s'aventuraient rarement en dehors de la Méditerranée. Ses savants, ses magiciens ont alimenté toute une série de peplums au début des années 60. Suite à un raz-de-marée, on suppose qu'elle gît au fond de l'océan..."To the East, Africa was a neighbour", "The antediluvian kings colonised the world". L'équipage des vaisseaux de l'île d'Atlantis se composait de douze personnes : le poète, le physicien, le pharmacien, le scientifique, le magicien, etc... A son tour, Donovan réinvestit cet ancien mythe, remit au goût du jour cette antique utopie et en fit une songerie hippie. Pourquoi Atlantis, cette sorte de Hey Jude à la Donovan, disqualifia-t-il le poète, et l’élimina-t-il de la scène rock internationale ? Trente ans après, on en condamne encore la niaiserie alors que cette rêverie était fort enthousiasmante. L’humanisme de Donovan rabaissé en niaiserie flower, c’est grave. Ses détracteurs n’y étaient pas allés de main morte. Paul Mc Cartney, son grand pote, assurait la deuxième voix, de même qu'il faisait partie des noceurs/bringueurs/fêtards de Mellow Yellow, chanson festive, qui sentait le champagne, l'alcool frais et léger."Quand j’essaie de parler des sixties, quand j’essaie seulement d’y penser, même, je suis submergé par l’horreur et l’hilarité. Je revois des pantalons pattes’d’ef et de grosses chaussures de marche. Je sens l’odeur du hasch et du patchouli, de l’encens et de la menthe. Et j’entends Donovan Leitch qui chante sa chanson douce et stupide sur le continent perdu de l’Atlantide, des paroles qui me paraissent toujours profondes aux petites heures, quand je n’arrive pas à m’endormir. Plus je vieillis, plus il m’est difficile d’ignorer la stupidité de cet air et de n’en retenir que la douceur." écrit avec une certaine condescendance Stephen King dans son roman Hearts in Atlantis, 1999, Cœurs perdus en Atlantide (p. 272). Il n'y a pas que Donovan qui a sombré, il y a aussi toutes les années 60. Elles sont devenues mythiques, un continent perdu. Les Beatles y régnaient alors en maîtres et seigneurs débonnaires

Revolver
A l'été 1966 sort Revolver. Cet album pré-psyché, c'est peut-être leur chef-d'œuvre. Or quels en sont les thèmes ? Qu'y a-t-il au juste sur Revolver ? Deux chansons sur la solitude, Eleanor Rigby, "Look at all the lonely people", For no one, "Cry for no one". Une chanson sur la pauvreté et l'apitoiement qui en résulte, Eleanor Rigby. Une paysanne, une indigente ramasse des grains de riz dans une église où une noce vient d'être célébrée. Eleanor Rigby parle aussi de l'incommunicabilité : le Père Mc Kenzie rédige les sentences définitives d'un sermon que personne n'écoutera. Ses efforts de conversion sont inutiles, il se fatigue en vain.
Les autres motifs dominants sont, en vrac :
- La paresse et la désinvolture (I'm Only Sleeping),
- La fin du monde. Tomorrow Never Knows a tout du texte eschatologique, d'une apocalypse revisitée.
- La haine du fisc (Taxman). Le fisc, c'est l'Occident dans toute son horreur.
- L'amour sublimé (Here, There and Everywhere),
- Le désir sexuel (Got to Get You Into My Life),
- Les substances illicites (Good Day Sunshine),
- Les pourvoyeurs (Doctor Robert est un médecin et un dealer),
- La réincarnation (She said, She Said),
- Le regret de l'enfance irrémédiablement révolue ("When I was a boy, Everything was allright" in She Said, She Said), qui reprend le désarroi de Help !
- La fantaisie carrollienne (Yellow Submarine). Donovan passe pour avoir écrit quelques vers de cette célèbre chanson loufoque, en particulier : "Sky of blue and sea of green", bel exemple de génitif qualificatif, d'hébraïsme textuel, comme on en rencontre tant chez Agrippa d'Aubigné : "flambeau d'éternité" (Les Tragiques, Princes). Yellow Submarine c'est aussi un poème aux couleurs chatoyantes, l'alliance du bleu, du vert et du jaune. On se croirait à Carnaby Street, mais en haute mer. Donovan a influencé les Beatles. Une chanson d’Abbey Road, Sun King ("Here comes the sun king"…) est clairement inspirée de The Sun, sur A Gift From A Flower To A Garden (1968). C’est un produit dérivé, et amélioré. Le jeu de picking, sur Julia (White Album), est inspiré de celui de Donovan. Au cours de leur séjour en Inde, l'Ecossais apprit à Lennon son jeu d'arpèges si particulier, sa technique si personnelle. Julia est un Catch The Wind tout en mineur, tout en finesse. Mother Nature's Son semble un démarquage éloigné et personnel de Colours. Quant à Something, c'est la mélodie la plus donovanienne de George Harrisson. Mais Donovan a été oublié, et les Beatles sont restés. All Things Must Pass, chantera George. Son Sic transit gloria mundi.
- Le mysticisme et l'attirance de l'Orient (Love You To). Ce fut comme on sait George Harrisson des Beatles qui lança la mode du sitar, initié par le maître indien Ravi Shankar. Il avait déjà utilisé cet instrument mais plus discrètement sur Norwegian Wood (sur Rubber Soul, l'album au fish-eye) en décembre 65 mais enregistrée dès le 12 octobre 1965. Notes de pochette de l' Anthology 2 : "It includes a sitar contribution by George, the first time the Indian instrument was heard in a "pop" song". Norwegian wood (sous-titre : "The bird has flown"/L'oiseau s'est envolé) est d'ailleurs une chanson largement inspirée du Fourth Time Around, de Dylan. L'Américain leur en avait fait entendre une démo fin août 65 aux Etats-Unis avant le concert au Shea Stadium, mais il n'enregistra cette chanson que sur Blonde on Blonde en 66. Harrison persista sur Sergeant Pepper's avec Within Or Without You, dont il existe une version entièrement instrumentale sur le disque 2 de l'Anthology 2, bien plus réussie que la version psalmodiée. Donovan utilise également le sitar sur Ferris wheel, avec un accompagnement de tablas (percussions indiennes) qui a fortement influencé le jeu de Steve Peregrin Took, le premier percussionniste de Bolan Donovan fut du voyage en Inde en 67, destination l'ashram de sa soi-disant sainteté le yogi Maharishi Mahesh... Les Beatles en Inde, c'est du Hergé. Ce sont les dernières pages de Tintin au Tibet : Tintin à la lamasserie.


I Am The Walrus
Le Morse et le Charpentier, The Walrus and the Carpenter, poème de Lewis Carroll , dans De l’autre côté du Miroir (et ce qu’Alice y trouva) a inspiré à Lennon sa chanson la plus délirante. Le narrateur y botte les fesses d'Edgar Allan Poe, on ne sait trop pourquoi, et s'y identifie au Morse, comme si c'était une sinécure ("goo-goo-good job").
C’est un poème que récite Twideuldie, the eggman (" Je suis l'homme-œuf " dira d'ailleurs Lennon) : "Le soleil, sur la mer, brillait, Il brillait de tout son éclat, Il s’évertuait à calmer Et faire étinceler les flots… Et c’était, voyez-vous, très bizarre, parce que C’était au milieu de la nuit. La lune luisait, l’air maussade, Et, trouvant que ça n’était pas Au soleil de se trouver là Quand la journée était finie : "C’est, de sa part, disait-elle, fort impoli, De, parmi nous, venir jouer les trouble-fête !" La mer était mouillée, oui, mouillée au possible, De la plage le sable, sec, sec au possible, Vous n’auriez pas pu voir un nuage, parce que Dans le ciel n’y avait pas un seul nuage, Nul oiseau n’eût volé au-dessus de vos têtes… Parce qu’il n’y avait nul oiseau à voler. Or, le Morse et le Charpentier Marchaient l’un à côté de l’autre ; Tous deux pleuraient comme je ne sais quoi de voir Une si accablante quantité de sable : "Si c’était seulement une fois déblayé, Disaient-ils, certes, alors, ce serait formidable !", " Si sept femmes de chambre, armées de sept balais, Le balayaient durant une année tout entière, Supposes-tu ", s’enquit ingénument le Morse, Qu’elles viendraient à bout de ce tas de poussière ?", "J’en doute", répondit, sans plus, le Charpentier, Tout en laissant couler quelques larmes amères. "O Huîtres, avec nous venez vous promener" (…)
C’est une fable sans moralité, un poème narratif, une histoire inventée. Un morse à moitié sourd et son ami, un charpentier, invitent à déjeuner de petites huîtres innocentes, mais c’est pour mieux les gober. On songe à une fable de La Fontaine, Les Poissons et le Cormoran. Dans les deux cas il s’agit de prédateurs infirmes. Le cormoran est vieux et à moitié aveugle. S’il veut attraper des écrevisses, il lui faut employer la ruse, comme le Morse de Carroll. Le « Jabberwocky » et le « Morse » : ce sont deux histoires de monstres, mais l’une est compréhensible, l’autre est quasi absurde, avec des mots inventés, des mots-valises aussi. Le Charpentier est taciturne, il ne répond que par monosyllabes, il n’aime guère parler. Le Morse confond l’intérieur et l’extérieur. Pour lui, le sable c’est de la poussière.

A Hard Day’s Night
Mais il n'y a pas que le délire dans l'imaginaire des Beatles. Il existe également des aspects plus réalistes, plus terre-à-terre. A Hard Day's Night est une grande chanson sur le quotidien éreintant et l’oubli que l’amour en procure. "Il y a eu cette nuit après une dure journée, où j’ai bossé comme un dingue (littéralement : comme un chien), où j’ai dormi comme un loir". On préférera la traduction : « comme une bûche », littérale et plus expressive. Le thème sous-jacent, implicite, c'est l'exploitation capitaliste, la fatigue prolétarienne.

Adaptateurs
J'en Suis Fou. C’est l'une des deux adaptations des Beatles qu'interpréta Dick Rivers (Love Me Do). La seconde date de 1964 et est tirée de la face B de A Hard Day's Night, Things We Said Today, transcrite sous le titre soigné Ces Mots Qu'On Oublie Un Jour. Cela tient peu la route. C'était une erreur de vouloir s'attaquer aux Beatles. Il est des forteresses inexpugnables. Qui se souvient de la charge virulente de Kurt M. dans sa chronique de Sergeant Pepper, Rock’n’Folk de juillet 67 ? La critique se termine sur un vœu pieux et féroce, une sorte d' imprécation réjouissante : pourvu que les adaptateurs ne mettent pas leurs sales pattes sur ces merveilleuses chansons.
Hey Jude, chez tous les gens de cette génération, avait remplacé l’Hymne à la Joie. Non qu’on l’eût jugé vraiment caduque, mais un autre hymne l’avait remplacé.

Magical
Magical Mystery Tour. Leur disque le plus barrettien. The Fool On The Hill semble (de loin…) une fable sur la solitude de Syd ("the man with the foolish grin', qui voit le monde "spinning round"). Syd, que les Beatles ont pu côtoyer aux studios d'Abbey Road, et dont l'étrangeté a pu les marquer. Mais c'est peu vraisemblable. I Am The Walrus : les délires barrettiens et carrolliens de Lennon. Les "lyrics" de Blue Jay Way rappellent de loin ceux de Matilda Mother, avec le thème de l'éloignement, de l'attente, de la solitude (Please, don't be long…). L'instrumental a quelque chose d'erratique et de floydien. Partout le même brouillard psyché. Purple Haze… Codes d'époque…
While My Guitar Gently Weeps
Dans la liste des grands guitaristes, il ne faudrait pas oublier ce pauvre George. Des solos très courts, mais d'une redoutable efficacité, et d'une telle densité... Nettement préférables aux soli d'un Alvin Lee qui péchait par excès de virtuosité. Les albums de George sont remarquables. D'abord All Things Must Pass, paroles de l'Ecclésiaste, le triple album de 1970. Je l'ai dans une vieille version CD. L'album de 88, Cloud Nine, véritable renaissance artistique, retour de flamme, When We Was Fab, digne des Beatles. Ce titre est intraduisible, puisqu'il contient une faute volontaire de conjugaison. "Long time ago, when we was fab". On pourrait trouver comme équivalent "Il y a bien longtemps quand j'étions géniaux". Il y a là-dedans un arrangement de cordes à la Lennon, période Walrus, Magical Mystery Tour, qui sent le pastiche à plein nez, et même une radio française, tout à la fin du morceau, comme dans Picasso's Last Words, des Wings de Sir Paul. Il y a aussi l'album de 1979 qui est très bon, sobrement intitulé George Harrison. Un disque qui parut anachronique lors de sa parution, parce qu'il ne tenait pas du tout compte de l'apport punk et New Wave. Mais il contenait le pendant d'Here Comes The Sun, Here Comes The Moon. Thirty Three And Third comporte un hommage aérien, éthéré, à Smokey Robinson, Pure Smokey. Il y a plus de zéniths que de nadirs dans cette œuvre-là. Tous ces beaux disques sont largement sous-estimés. On n'a pas fait plus cool. Toutes ces chansons sont tellement réconfortantes, apaisantes, maîtrisées. Une sorte de sagesse millénaire, antique, paraît en émaner. Réécoutez, sur le Live in Japan, While My Guitar Gently Weeps, featuring Slowhand. Ce duo des guitares, qui miaulent gentiment, est quasiment hallucinant. Cela surclasse même la version du White Album. Et pourtant...
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Voici les 4 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 13/09/06 à 19h53
Mais la fontaine de jouvence a pas mal fonctionné!
 12/09/06 à 22h06
Antigone69.
les petits caractères dansent devant mes yeux cela doit être à cause du son, je survole, je lis le nom de Dick Rivers, alors je ne voudrais pas taper l'incruste mais lui aussi il a fait un album intitulé : Hound Dog !
 12/09/06 à 19h44
j'ai oublié le solo d'harmonica...