Hier soir, avant d’éteindre la lumière, il m’a demandé si cela ne m’arrivait jamais de me réveiller avec un coup de blues. Parce que ça lui était arrivé, le matin même. J’avais bien senti que le lit était un peu vide. J’avais vu la lumière dans la pièce à côté. Je m’étais retournée, avais refermé les yeux, il était trop tôt.
Sauf qu’il n’est jamais trop tôt, ni trop tard, ni trop rien, si tu as un coup de blues. Réveille-moi, s’il te plaît, si cela devait se reproduire. Et moi je ferai pareil, promis, quand, dans la nuit, mon cœur se serrera pour une raison inconnue que je connais trop bien.
On se l’est promis.
La nuit fut belle.
Tout à l’heure, dans la cour de l’immeuble, je lançais le ballon à un garnement de 4 ans. Sérieusement, assis en face de moi, il m’a dit qu’il était maintenant très vieux, parce qu’il avait été un bébé très longtemps et qu’il fallait faire attention avec lui, à ne pas le blesser.
Ses yeux noirs étaient sérieux.
Du haut de ses quatre ans, il me montrait l’âge ancestral du monde.
J’ai frissonné. Et son éclat de rire alors que le ballon rebondissait a chassé ce courant d’air bien trop froid.
Il y a quelques minutes, la voix si familière de la Souche, ses paroles gravées en moi depuis l’enfance… « J’ai perdu tout ce que j’aimais… »
Les yeux qui picotent, subitement… Je regarde par la fenêtre ouverte, aperçois les feuilles si vertes du lierre qui a envahit la façade, qui tombe comme un rideau de chlorophylle, attirant parfois quelques insectes vrombissants…
Bien sûr que je pense à papa. Forcément. Il n’était pas « tout » ce que j’aimais. Je l’aime encore, de toutes façons. Et j’en aime d’autres, des gens. Pas plus irremplaçables, pas moins. J’aimerai toujours.
Parce qu’il y a un ange à ma table.
Parfois, l’ange à ma table est malheureux.
Non, d’ailleurs. Pas malheureux. Juste triste. Simplement triste.
Il cherche ses mots, essaie de réconforter l’enfant qui pleure au fond de moi, de rassurer l’adulte planquée derrière la porte. Mais c’est un ange un peu maladroit. De temps en temps, il casse son bol de petit déjeuner ! Il bredouille. Il a un épi dans les cheveux. Ses ailes sont froissés.
N’empêche que c’est mon ange. Fidèle.
Il lui arrive même de faire des miracles. Oh, des petits, hein ! Je n’ai pas encore réussi à traverser le grand bassin olympique en marchant sur l’eau, ni, plus prosaïquement, gagné à l’Euromillions auquel je ne joue toujours pas !
Ses miracles sont plus anodins, on va dire. Mais quels trésors…
Mettre la main tout de suite, comme ça, sur LE livre que je cherchais.
Ouvrir ma boîte aux lettres et y trouver une carte postale, une vraie.
Arriver à l’arrêt de bus et hop, zou, le bus arrive en même temps ! Et y’a une place près de la fenêtre, pour tout le trajet…
Ne souriez pas avec cet air moqueur : ce sont des miracles. Petits, légers. Bienfaisants.
Et il y a quelques jours, j’ai eu le droit à un miracle spécial… Mais ça, chuuut.
C’est entre l’ange à ma table, et moi.
Sauf qu’il n’est jamais trop tôt, ni trop tard, ni trop rien, si tu as un coup de blues. Réveille-moi, s’il te plaît, si cela devait se reproduire. Et moi je ferai pareil, promis, quand, dans la nuit, mon cœur se serrera pour une raison inconnue que je connais trop bien.
On se l’est promis.
La nuit fut belle.
Tout à l’heure, dans la cour de l’immeuble, je lançais le ballon à un garnement de 4 ans. Sérieusement, assis en face de moi, il m’a dit qu’il était maintenant très vieux, parce qu’il avait été un bébé très longtemps et qu’il fallait faire attention avec lui, à ne pas le blesser.
Ses yeux noirs étaient sérieux.
Du haut de ses quatre ans, il me montrait l’âge ancestral du monde.
J’ai frissonné. Et son éclat de rire alors que le ballon rebondissait a chassé ce courant d’air bien trop froid.
Il y a quelques minutes, la voix si familière de la Souche, ses paroles gravées en moi depuis l’enfance… « J’ai perdu tout ce que j’aimais… »
Les yeux qui picotent, subitement… Je regarde par la fenêtre ouverte, aperçois les feuilles si vertes du lierre qui a envahit la façade, qui tombe comme un rideau de chlorophylle, attirant parfois quelques insectes vrombissants…
Bien sûr que je pense à papa. Forcément. Il n’était pas « tout » ce que j’aimais. Je l’aime encore, de toutes façons. Et j’en aime d’autres, des gens. Pas plus irremplaçables, pas moins. J’aimerai toujours.
Parce qu’il y a un ange à ma table.
Parfois, l’ange à ma table est malheureux.
Non, d’ailleurs. Pas malheureux. Juste triste. Simplement triste.
Il cherche ses mots, essaie de réconforter l’enfant qui pleure au fond de moi, de rassurer l’adulte planquée derrière la porte. Mais c’est un ange un peu maladroit. De temps en temps, il casse son bol de petit déjeuner ! Il bredouille. Il a un épi dans les cheveux. Ses ailes sont froissés.
N’empêche que c’est mon ange. Fidèle.
Il lui arrive même de faire des miracles. Oh, des petits, hein ! Je n’ai pas encore réussi à traverser le grand bassin olympique en marchant sur l’eau, ni, plus prosaïquement, gagné à l’Euromillions auquel je ne joue toujours pas !
Ses miracles sont plus anodins, on va dire. Mais quels trésors…
Mettre la main tout de suite, comme ça, sur LE livre que je cherchais.
Ouvrir ma boîte aux lettres et y trouver une carte postale, une vraie.
Arriver à l’arrêt de bus et hop, zou, le bus arrive en même temps ! Et y’a une place près de la fenêtre, pour tout le trajet…
Ne souriez pas avec cet air moqueur : ce sont des miracles. Petits, légers. Bienfaisants.
Et il y a quelques jours, j’ai eu le droit à un miracle spécial… Mais ça, chuuut.
C’est entre l’ange à ma table, et moi.
réactions : 33
lectures : 1286
votes : 18
Voici les 33 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
quelque part sur cette page
c'est un vol de l'ange Aragon
un sentiment de papillon
qui nous fait de l'orage
c'est un vol de l'ange Aragon
un sentiment de papillon
qui nous fait de l'orage
Il y a peu, de nombreux nuages, très noirs, se sont portés sur ma tête.
Une pluie drue, très drue, en est tombée.
Depuis, un petit rayon de soleil a jaillit.
Appréciable mais peu suffisant.
Une pluie drue, très drue, en est tombée.
Depuis, un petit rayon de soleil a jaillit.
Appréciable mais peu suffisant.
car c'est calme chez Pif.ine 

de m'avoir pris la main et conduit jusqu'ici pour lire ton texte. Il est magnifique. Merci pour toute ses émotions.
il a pas des frères, ton ange ?
et j'adore ce film et il est beau ton texte (et je suis hyper jalouse!)
(Loustique, tcch, sois sage voyons !)
et j'adore ce film et il est beau ton texte (et je suis hyper jalouse!)
(Loustique, tcch, sois sage voyons !)
Existe-t-il une formation ?
on cherche des sympathisants à la cause machimachesque...
ni fleurs, ni couronnes, juste des réac' sous le fameux "à nos amours", un message porteur s'il en est et une bien belle échappée vers le record !!!
ni fleurs, ni couronnes, juste des réac' sous le fameux "à nos amours", un message porteur s'il en est et une bien belle échappée vers le record !!!
encore une bonne raison de continuer le temps d'aller voir ce film 

Comment se passer d'eux ?
Puise le ciel, ou ce qui en tient lieu, leur être clément .
Puise le ciel, ou ce qui en tient lieu, leur être clément .
ça se mange les anges ?
oui, ce film est une merveille !
Faut juste les saisir quand ils passent
mais il vous remercie !
PS pour Barbie : euh... nan !
Mais il y a d'autres petits miracles bien agréables aussi, en attendant éventuellement celui-ci.
PS pour Barbie : euh... nan !
Mais il y a d'autres petits miracles bien agréables aussi, en attendant éventuellement celui-ci.... les yeux à demi ouverts en arrivant au boulot, ça fait partie des petits bonheurs de la vie. Tu es l'ange à la table de quelqu'un, Pif 

... pour ton ange 

qui font la vie belle !!!
le blues t'inspire; très joli propos. On sens le bonheur qui transpire ........

le blues t'inspire; très joli propos. On sens le bonheur qui transpire ........

18/07/08 à 06h01
petit cadeau bienfaisant 

pour moi c'est une étoile qui brille un petit peu plus quand elle me fait un clin d'oeil
réponse ici, désolée
Je ne me suis moquée de rien .
Je ne me suis moquée de rien .
vous êtes touchante...
les anges doivent bien vous connaître
les anges doivent bien vous connaître
18/07/08 à 00h31
Bon alors ?!


sinon, contente d'avoir de tes nouvelles 

les anges ça se garde rien que pour soi
Des coups de blues parfois, des énervements, des lasssitudes, des insatisfactions, et des déceptions, des tas! Parce que des espoirs on en a tout le temps, mais ils sont souvent déçus...C'est statistique...implacable, on ne gagne pas toujours au grattage ET au tirage...
Mais pas tout le temps, pas chaque fois: il y a des trucs bien, comme tu dis des petits, pas les big miracles, qui te reboostent, te remettent dans le bon sens... L'ange? soit...
Hélas, parfois le vase déborde avant que la pompe de secours se soit déclenchée, tu rates une marche, puis deux, et puis tout l'escalier...
Mais même ceux à qui ça arrive, je peux le dire, ça peut repartir...
Pif.ine ,STP, diffuse ici l'adresse email de ton ange, il doit être compétent...

maintenant je lis
le côté maladroit mais qui réussit des tits miracles qui font chaud au coeur et qui permettent de tenir.
biz
Tarto qui va avoir besoin du sien d'ange,
avec une armure blindée de préférence
biz
Tarto qui va avoir besoin du sien d'ange,
avec une armure blindée de préférence



Je réagis à ce commentaire en
Je réagis à ce commentaire en 









Pif.ine
publié le 17 juillet 08