Horses.
La dame qui nous intéresse, la Patti Smith de vingt-huit ans, vient de Chicago. Mais au moment même où New-York subit la déferlante punk qui terrorise la ville, Patti s’est expatriée tel un aimant vers la Big Apple. La petite boussole de Patti Smith a bien fait les choses : elle sera un pur produit certifié et labelisé punk new-yorkais.
L’époque est à l’excitation scénique, on traîne tard le soir, plus les artistes se produisent dans des endroits miteux plus ils sont respectés, et plus ils ont de chance de sortir un album. Alors que Patti est déjà réputée pour ses écrits, en 1975, c’est gagné : elle enregistre "Horses". L’objet est produit par John Cale, un ancien de l’ultime institution de New-York : le Velvet Underground.
Sans surprise, on reconnaîtra l’influence majeure de l’album : la bande à Lou Reed, encore elle, est partout. Ça sent la crasse. D’ailleurs, la sensation n’est pas désagréable, on a même une tendance à développer une certaine dépendance à ce son masochiste made in New-York. Première particularité pour notre chère Patti : elle compose et chante ses morceaux au piano. Pas très punk tout ça... Impossible pour la crête : trop d’amour pour la mélancolie et la mélodie.
Patti Smith a donc l’intime conviction que le punk est un "état d’esprit".
C’est pourquoi seule sa voix est punk. Elle déraille. Les titres sont construits autour d’une même logique. A chaque fois, une intro langoureuse, souvent nostalgique, suivie d’un pétage de plomb musical ("Gloria", "Birdland", "Break it up") ou littéraire ("Free Money"). A chaque fois, Patti a deux options quant à la suite à donner à sa chanson : un débordement de forme, musical, ou bien de fond, par les mots. Le seul problème est que Patti Smith ne semble pas se plaire dans le monde qu’elle édifie. Malheureusement, c’est le notre. Ainsi l’auteur développe des thèmes récurrents (ennui et colère) à travers à la fois rêve et réflexion.
Patti Smith réussit ainsi un incroyable compromis. Elle parvient à rester réaliste et critique tout en englobant son œuvre dans un moelleux rêve poétique. Toutefois, ne nous leurrons pas : l’entreprise de Patti Smith n’a jamais été de nous rendre les choses plus belles et ainsi illusoires. La chanteuse, fan absolue de Rimbaud, crée une musique qui s’intellectualise parfois elle même. Mais cela ne l’empêche pas d’avoir quelques problèmes de nerfs. Son album est un sentier sinueux allégorique, et dès le départ la randonneuse Patti a la langue pendante, la bave au coin de la bouche et reste à tout moment en proie à une formidable crise d’épilepsie.
Patti Smith a clairement la rage aux dents. Les mots sont éructés, crachés nerveusement à la face de l’auditeur. Pris au dépourvu, piqué au vif, celui-ci réfutera catégoriquement la thèse et les engagements musicaux de Smith ou restera bouche bée devant une telle audace. Une chose est sûre : il n’y a pas de demie-mesure parce que l’auteur n’en laisse pas la place. Donc, si l’on a la bonté d’écouter le temps de son disque Patti Smith, on se rend compte que sa crédibilité représente sa plus grande force. Elle se jette totalement à l’eau et aurait pu paraître ridiculement vaine si son interprétation n’était pas à la hauteur ("Land"). La poètesse idéalise peut-être naïvement ses textes mais y croit dur comme fer.
De façon imagée, Patti Smith est, à la fin des titres, méconnaissable. Elle s’est traînée dans la boue, a rampé pour faire passer ses idées mais au moment où l’envie de ricaner du ridicule de la situation nous vient, on est nous-mêmes souillés, la bouche pleine de terre et totalement ralliés à Smith.
Jamais un être n’a rampé avec une telle hauteur.
"Horses", malgré son côté élitiste ne se démarque pas vraiment du reste de l’explosion punk de 1977. L’album, bien qu’il soit sorti avant la démocratisation du mouvement, n’est pas visionnaire. Il représente surtout un instantané de ces nouveaux groupes qui bourgeonnent sur toutes les scènes (Television arrive…).
Cela fait d’autant plus de "Horses" un album générationnel (donc immortel ?) est fondamentalement nerveux. Preuve en est : la reprise toxique en face B de "My generation".
Avec son premier album, "Horses", la petite fille punk de Rimbaud a laissé une marque dans le rock combinant intelligence et violence.
Une bombe anarchique qui, trente après, menace toujours d’exploser.
Sortie 1975
La dame qui nous intéresse, la Patti Smith de vingt-huit ans, vient de Chicago. Mais au moment même où New-York subit la déferlante punk qui terrorise la ville, Patti s’est expatriée tel un aimant vers la Big Apple. La petite boussole de Patti Smith a bien fait les choses : elle sera un pur produit certifié et labelisé punk new-yorkais.
L’époque est à l’excitation scénique, on traîne tard le soir, plus les artistes se produisent dans des endroits miteux plus ils sont respectés, et plus ils ont de chance de sortir un album. Alors que Patti est déjà réputée pour ses écrits, en 1975, c’est gagné : elle enregistre "Horses". L’objet est produit par John Cale, un ancien de l’ultime institution de New-York : le Velvet Underground.
Sans surprise, on reconnaîtra l’influence majeure de l’album : la bande à Lou Reed, encore elle, est partout. Ça sent la crasse. D’ailleurs, la sensation n’est pas désagréable, on a même une tendance à développer une certaine dépendance à ce son masochiste made in New-York. Première particularité pour notre chère Patti : elle compose et chante ses morceaux au piano. Pas très punk tout ça... Impossible pour la crête : trop d’amour pour la mélancolie et la mélodie.
Patti Smith a donc l’intime conviction que le punk est un "état d’esprit".
C’est pourquoi seule sa voix est punk. Elle déraille. Les titres sont construits autour d’une même logique. A chaque fois, une intro langoureuse, souvent nostalgique, suivie d’un pétage de plomb musical ("Gloria", "Birdland", "Break it up") ou littéraire ("Free Money"). A chaque fois, Patti a deux options quant à la suite à donner à sa chanson : un débordement de forme, musical, ou bien de fond, par les mots. Le seul problème est que Patti Smith ne semble pas se plaire dans le monde qu’elle édifie. Malheureusement, c’est le notre. Ainsi l’auteur développe des thèmes récurrents (ennui et colère) à travers à la fois rêve et réflexion.
Patti Smith réussit ainsi un incroyable compromis. Elle parvient à rester réaliste et critique tout en englobant son œuvre dans un moelleux rêve poétique. Toutefois, ne nous leurrons pas : l’entreprise de Patti Smith n’a jamais été de nous rendre les choses plus belles et ainsi illusoires. La chanteuse, fan absolue de Rimbaud, crée une musique qui s’intellectualise parfois elle même. Mais cela ne l’empêche pas d’avoir quelques problèmes de nerfs. Son album est un sentier sinueux allégorique, et dès le départ la randonneuse Patti a la langue pendante, la bave au coin de la bouche et reste à tout moment en proie à une formidable crise d’épilepsie.
Patti Smith a clairement la rage aux dents. Les mots sont éructés, crachés nerveusement à la face de l’auditeur. Pris au dépourvu, piqué au vif, celui-ci réfutera catégoriquement la thèse et les engagements musicaux de Smith ou restera bouche bée devant une telle audace. Une chose est sûre : il n’y a pas de demie-mesure parce que l’auteur n’en laisse pas la place. Donc, si l’on a la bonté d’écouter le temps de son disque Patti Smith, on se rend compte que sa crédibilité représente sa plus grande force. Elle se jette totalement à l’eau et aurait pu paraître ridiculement vaine si son interprétation n’était pas à la hauteur ("Land"). La poètesse idéalise peut-être naïvement ses textes mais y croit dur comme fer.
De façon imagée, Patti Smith est, à la fin des titres, méconnaissable. Elle s’est traînée dans la boue, a rampé pour faire passer ses idées mais au moment où l’envie de ricaner du ridicule de la situation nous vient, on est nous-mêmes souillés, la bouche pleine de terre et totalement ralliés à Smith.
Jamais un être n’a rampé avec une telle hauteur.
"Horses", malgré son côté élitiste ne se démarque pas vraiment du reste de l’explosion punk de 1977. L’album, bien qu’il soit sorti avant la démocratisation du mouvement, n’est pas visionnaire. Il représente surtout un instantané de ces nouveaux groupes qui bourgeonnent sur toutes les scènes (Television arrive…).
Cela fait d’autant plus de "Horses" un album générationnel (donc immortel ?) est fondamentalement nerveux. Preuve en est : la reprise toxique en face B de "My generation".
Avec son premier album, "Horses", la petite fille punk de Rimbaud a laissé une marque dans le rock combinant intelligence et violence.
Une bombe anarchique qui, trente après, menace toujours d’exploser.
Sortie 1975
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Voici les 7 dernières réactions à ce commentaire
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beau texte
peut-être limite au niveau de la voix, mais cela n'a pas d'importance, ce qui compte avec elle c'est sa démarche.
Pour moi ce genre de musiciens étaient là et sont toujours là pour essayer d'améliorer les choses comme ils le peuvent. Pour cela ils sont sincères, oui, cela fait leur qualités. Ils arrivaient arpès une époque bitnik ou l'on commençait à douter que la non violence était une bonne démarche, alors la provocation, le crachage d'energie négative a commencer à ressortir. Mais il n'y a pas que cela.
Et puis surtout, sans intellectualiser les choses, il y a la musique : syncopée, originale.... que d'émotions. Elle m'emmène loin. mais j'ai du mal à en parler et cela me fatigue, je préfère l'écouter et la partager en fait :
http://fr.youtube.com/watch?v=iPVMYDrbrCo
ou
http://fr.youtube.com/watch?v=onWDtGUAUKU&mode=related&search=
et
http://fr.youtube.com/watch?v=7mIsN2JHPds&mode=related&search=
Quelle énergie, marci patti et merci pascal 3121 de ce com
Pour moi ce genre de musiciens étaient là et sont toujours là pour essayer d'améliorer les choses comme ils le peuvent. Pour cela ils sont sincères, oui, cela fait leur qualités. Ils arrivaient arpès une époque bitnik ou l'on commençait à douter que la non violence était une bonne démarche, alors la provocation, le crachage d'energie négative a commencer à ressortir. Mais il n'y a pas que cela.
Et puis surtout, sans intellectualiser les choses, il y a la musique : syncopée, originale.... que d'émotions. Elle m'emmène loin. mais j'ai du mal à en parler et cela me fatigue, je préfère l'écouter et la partager en fait :
http://fr.youtube.com/watch?v=iPVMYDrbrCo
ou
http://fr.youtube.com/watch?v=onWDtGUAUKU&mode=related&search=
et
http://fr.youtube.com/watch?v=7mIsN2JHPds&mode=related&search=
Quelle énergie, marci patti et merci pascal 3121 de ce com
Bon, moi, j'ai toujours aimé cet album, je l'aime toujours, j'aime même la photo de la pochette... Et j'aime le comm, informatif et assez illustratif de l'ambiance musicale de Horses.
ce sont surtout les médias américains qui ont collé à patti smith une étiquette punk qu'elle conserve encore aujourd'hui, mais dans un contexte américain. la perception musicale du punk ne semble pas être tout à fait la même des deux côtés de l'atlantique.
son single « my generation » (à l'origine simple face
et, un an auparavant, le mesmérisant « piss factory », ont beaucoup contribué au piédestal de punkitude que lui ont élevé les américain, ses prestations scéniques venant confirmer la tendance.
patti smith est avant tout une poétesse. elle n'est devenue chanteuse et musicienne que par la suite. musicalement, l'époque _horses_ était sous la triple et concomitante influence de son gourou et partenaire lenny kaye (qui se déchaînera juste après, dans l'album _radio ethiopia_), du leader de television, tom verlaine (rimbaud, verlaine... vous voyez le topo ; je rappelle que ça se passe aux états-unis !), et, pour les délires pianistiques, de feu richard sohl.
vocalement, la patti smith des quatre premiers albums est très perfectible ; sa voix est souvent borderline.
musicalement, ça varie du nickel-chrome (surtout dans le très commercial _easter_, qui n'a pourtant guère vieilli, alors que _radio ethiopia_, et dans une moindre mesure _horses_, ont quand même pris un coup de vieux) jusqu'au n'importe quoi (cf. certains morceaux du deuxième album), en passant par des phases expérimentales très intéressantes (la plupart de ses chansons longues, mais aussi les singles « piss factory » et « godspeed »).
la patti smith des débuts était une figure de l'underground new-yorkais (elle fréquentait aussi le photographe robert mapplethorpe, cf. la couverture de _horses_ et pas mal d'éléments repris dans _wave_), aux tous débuts de la punkitude.
après, c'est fred « sonic » smith qui a pris le relais, lui faisant travailler son expression vocale, sa pratique musicale et ses compositions. il en est ressorti quelque chose de plus pro, mais le côté foufou et expérimental des premières années s'est progressivement amenuisé.
détail macabre : mapplethorpe, sohl et fred smith sont tous morts avant le nouveau millénaire...
son single « my generation » (à l'origine simple face
et, un an auparavant, le mesmérisant « piss factory », ont beaucoup contribué au piédestal de punkitude que lui ont élevé les américain, ses prestations scéniques venant confirmer la tendance.patti smith est avant tout une poétesse. elle n'est devenue chanteuse et musicienne que par la suite. musicalement, l'époque _horses_ était sous la triple et concomitante influence de son gourou et partenaire lenny kaye (qui se déchaînera juste après, dans l'album _radio ethiopia_), du leader de television, tom verlaine (rimbaud, verlaine... vous voyez le topo ; je rappelle que ça se passe aux états-unis !), et, pour les délires pianistiques, de feu richard sohl.
vocalement, la patti smith des quatre premiers albums est très perfectible ; sa voix est souvent borderline.
musicalement, ça varie du nickel-chrome (surtout dans le très commercial _easter_, qui n'a pourtant guère vieilli, alors que _radio ethiopia_, et dans une moindre mesure _horses_, ont quand même pris un coup de vieux) jusqu'au n'importe quoi (cf. certains morceaux du deuxième album), en passant par des phases expérimentales très intéressantes (la plupart de ses chansons longues, mais aussi les singles « piss factory » et « godspeed »).
la patti smith des débuts était une figure de l'underground new-yorkais (elle fréquentait aussi le photographe robert mapplethorpe, cf. la couverture de _horses_ et pas mal d'éléments repris dans _wave_), aux tous débuts de la punkitude.
après, c'est fred « sonic » smith qui a pris le relais, lui faisant travailler son expression vocale, sa pratique musicale et ses compositions. il en est ressorti quelque chose de plus pro, mais le côté foufou et expérimental des premières années s'est progressivement amenuisé.
détail macabre : mapplethorpe, sohl et fred smith sont tous morts avant le nouveau millénaire...
joli, comme le reste 

T.Verlaine(television) a d'ailleurs participé à cet album - chef d'oeuvre de tous les temps 



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pascal3121
publié le 13 sept. 07