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Un bon traître ne souffre pas d'états d'âme.
 Un bon traître ne souffre pas d'états d'âme.
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Les intérêts de Jean et Jean-Marc avaient d’abord convergé.

Relégué dans le deuxième peloton, loin de ceux qui bataillaient aux premiers rangs et briguaient les postes directoriaux, Jean avait compris : il ne serait jamais Général, tout au plus colonel ou lieutenant-colonel, peut-être même ne dépasserait-il pas le grade de commandant.

C’est alors que Jean-Marc, un copain de son âge, l’avait approché.

Dans les couloirs de la Banque des Epices et de la Soie, Jean-Marc était surnommé « Troismoinsdeux » (trois pas en avant, deux en arrière) ou « le hérisson » - c’était aussi un ancien trois-quarts centre, habile en feinte de passes, fausses pistes et cadrages-débordements. Il avait abordé Jean avec une prudence entortillée et retorse :

« Jean, je cherche un adjoint de ton profil, mais en plus jeune, un junior, déjà aguerri, mais pas encore un vrai senior, tu vois ce que je veux dire. Cela t’aurait parfaitement convenu il y a cinq ans ; honnêtement, je pense qu’aujourd’hui tu trouverais le poste un peu sous-dimensionné, c’est pour cela que je ne te le propose pas directement. En fait, je m’adresse à toi au cas où tu connaîtrais quelqu’un de ce profil et qui aurait envie de changer. Pour un type de trente cinq ans, ce serait un beau « challenge ». J’ai repris la Direction de la clientèle privée, qui végétait un peu, et j’ai la confiance de la D.G. pour la faire repartir. Bon, écoutes, réfléchis tranquillement et rappelles-moi quand tu veux.»

La formulation de Jean-Marc était maligne. S’il ignorait la position précise de Jean à l’Union, il était suffisamment roublard pour sentir que celui-ci avait depuis un moment déjanté et quitté la fameuse « fast track » où les « cadres de haut potentiel » échangent coups et horions sous la bannière du tout est permis hors la défaite.

Le décalage de cinq ans était finement calculé : assez large pour que Jean décide que la proposition ne le concernait pas sans être vexé qu’elle lui ait été faite, assez étroit pour que Jean puisse se sentir concerné sans avoir l’impression de déchoir.

Jean avait vu dans l’offre de Jean-Marc une manifestation de sa bonne étoile : dans chaque situation critique, une nouvelle chance lui était donnée. Souvent, une nouvelle chance oblige à dévaluer ses ambitions antérieures. Pourtant, bien présentée, une dévaluation paraîtra honorable et n’entachera pas plus la carrière d’un cadre que le redressement économique d’un pays.

L’intérêt de Jean à bien habiller les choses était évident ; celui de Jean-Marc ne différait pas : son futur adjoint devait présenter un pedigree de bon aloi.
Mais la partie devait être jouée. Ils connaissaient les règles : tout resterait tacite.

Jean avait rappelé Jean-Marc :
- J’ai réfléchi depuis ton coup de téléphone ; c’est vrai que le profil recherché est légèrement inférieur au mien, mais je viens de passer quinze ans dans le même endroit et une nouvelle expérience me tenterait. Ta proposition présente pas mal d’aspects séduisants, alors, voilà, cela pourrait m’intéresser à titre personnel.

Ensuite, les choses allèrent leur train. L’un faisait durer, l’autre feignait la sérénité. Quand enfin l’accord se fît, il était temps, Jean était coincé, ayant, par vanité, refusé les deux postes qui auraient pu lui revenir dans la réorganisation interne. « Quand j’ai démissionné, les gens ne se couchèrent pas sur les voies pour m’empêcher de partir! », ironiserait-il plus tard.

Aurait-il été plus simple de se dire, « à la cow boy », entre quatre yeux, devant une bouteille :
- Jean, tu es à la rue et je vais te sauver la mise. Mieux encore, tu gagneras nettement plus qu’à l’Union et tu auras droit à un titre valorisant. En contrepartie, intellectuellement, ton boulot sera moins excitant.
- D’accord, mais pour toi aussi, c’est un bon plan : la confiance de la DG, ça va, ça vient, alors choisir un adjoint sûr, c’est mieux qu’un espion que la dite DG placerait à tes côtés pour te surveiller.

Eh bien, non. Les méthodes obliques figurent pourtant parmi ce que les hommes ont inventé de mieux pour vivre ensemble, en lissant leurs frottements, poliçant leurs rapports. Cela s’appelle la courtoise, cela constitue la civilisation.

L’année suivante, Jean lâcherait son ami dans une grande bataille. Jean-Marc était en conflit avec son Directeur de Département ; conflit professionnel, mais aussi de personnalités, de philosophie, presque. Afin de trancher, la Direction Générale décida que la Direction de Jean-Marc serait soumise à une « analyse stratégique ». Originalité, cette analyse ne serait pas confiée à un cabinet extérieur mais effectuée au sein même de la Banque, en double pilotage, par un cadre appartenant à la cellule « stratégie » et un de la Direction analysée. Jean fût désigné par son ami.

Jean commença par se comporter en adjoint et ami fidèle, contrecarrant les manœuvres des « stratèges ». Et puis, il se laissa séduire par leur brillant. Avant la bataille décisive, il prévînt Jean-Marc qu’il rejoignait le camp d’en face, aux arguments intellectuellement plus satisfaisants.
Mais, comme si son bon fonds répugnait à ce ralliement, il occulta une faille dans le raisonnement des « stratèges », faille qui pourtant l’avait frappé car elle fragilisait tout leur échafaudage.

Jean perdît.

Peu de temps après, Jean-Marc pénétrât dans son bureau :
- Jean, nous sommes d’accord, c’est bien toi qui as tiré le premier.
Et il ressortît.

Comme dans l’Ouest, celui qui dégaine le premier doit tuer. A cet instant fatal, rien ne doit parasiter le geste qui, d’un seul mouvement, porte la main à la crosse du Colt 45, l’enserre, l’extrait de son étui, presse la gâchette une nanoseconde avant l’adversaire qui, quelques mètres en face, accomplit la même la même mécanique mortelle.

Moralité : un bon traître ne souffre pas d’état d’âme.
(texte revu, corrigé, remis en circulation à la demande quasi-générale!)
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Voici les 10 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
la banque spaghetti c'est un peu comme l'amour. Subtil et mortel.
j'adore, le 5 c'est ouam.
enfin des vrais héros de droite
la suite! la suite!
 25/05/07 à 16h54

rien de bon ne pourra jamais sortir de ça.

Non, c'est pas ça!!!
Comme par ici on donne des cours d'orthographe, on peut bien en prendre également...
Malines, ville flamande connue pour sa dentelle prend un s et maligne, féminin de malin prend un g.
ANITASOLAIR vous êtes le maillon faible, sortez.

si c'est pour lire les mêmes conneries qu'on subit à longueur de journée au bureau.

2ème personne du singulier pour les verbes de la 1ère conjugaison
Bof me direz vous c'est mesquin j'en conviens mais dans un texte de cette qualité stylistique l'unique faute de conjugaison apparaît criante ! et puis l'orthographe et la grammaire, ça fait partie de mes quelques addictions avec le saucisson sec et le vin rouge
Que des choses intéressantes !
A part ça j'aime bcp votre style et chuis pas cap' d'en faire autant alors je peux faire la maline !!!
 25/05/07 à 13h57
qu'il existe des gens (des Jean ?) qui réussissent une carrière au mérite, sans trahir personne, ni eux-même, ni les autres.

Enfin bon, la trahison est bien vue en ce moment.