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La poésie expliquée à etienne daho
 La poésie expliquée à etienne daho
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Etienne Daho rencontre Jean-Paul Sartre (dialogues imaginaires)

E.D.: Voilà, je voulais chanter la poésie de Jean Genet, "le condamné à mort", je peux vous en lire la première strophe?

J.P.S.: volontiers.

E.D.(déclamant): Le vent qui roule un coeur sur le pavé des cours
Un ange qui sanglote accroché à un arbre
La colonne d'azur qu'entortille le marbre
Font ouvrir dans ma nuit des portes de secours

J.P.S.: le verbe fait défaut et n'affirme rien. Le vers lui, tient debout par ses propres forces et l'étonnante cohésion de ses monosyllabes (10 mots monosyllabiques sur 11 puisque l'e muet de roule s'élide) cimentée par le rythme. Eût-il écrit: "Et le vent roule un coeur....Genet eût fait de la prose: sujet de la proposition le vent devenait un phénomène atmosphérique, et la phrase rapportait un fait précis, daté, un fait curieux mais après tout possible. Imaginez ce titre de Samedi-Soir: "Tempête à Brest: le vent roule un coeur de veau sur la pavé des cours de l'abattoir." Toute poésie disparaît. Ce qui donne au vers son mystère c'est l'usage du pronom relatif.

E.D.: Oui, je vois...je vais vous réciter la deuxième strophe:

Un pauvre oiseau qui meurt et le goût de la cendre
Le souvenir d'un oeil endormi sur le mur
Et ce poing douloureux qui menace l'azur
Font au creux de ma main ton visage descendre

J.P.S.: Le vent qui, un ange qui, ce poing douloureux qui...ne sont-ce pas les mêmes faits? Le pauvre oiseau, n'est-ce pas un ange qui meurt? Ce poing qui menace le ciel n'est-il pas de marbre?

E.D.: Mais je croyais que grâce au pronom relatif...

J.P.S.: Genet transcrit, traduit. Le dernier vers est semblable à celui du dernier quatrain "font descendre ton visage correspond terme à terme à "font ouvrir des portes" La différence est que dans le premier quatrain le verbe était inventé après coup pour unir les trois premiers vers; dans le second, les trois premiers vers ont été fabriqués pour donner un sujet au verbe. Mais Genet, déjà faussaire, compte sur l'autenticité du premier quatrain pour nous faire croire à celle du second.
Il ne trompe personne: ces vers sont plats, ils puent la contrefaçon. Ce pauvre oiseau s'est envolé des vers de François Coppée:"Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir?" non ils ne se cachent pas, mais les oiseaux de Coppée, quand ils ne se sentent pas bien, s'en vont mourir chez Genet.
Quant au poing qui menace, vous aurez beau l'appeler douloureux et nommer le ciel azur ce ne sera jamais qu'un poing levé contre le ciel. "Il menace le ciel du poing" voilà un poncif, une locution usée, mais c'est de la bonne prose: pas un mot de trop. "Un poing douloureux menace l'azur" c'est encore de la prose, puisque ça "veut dire" exactement la même chose; mais c'en est de la mauvaise.

E.D.: Oui...merci, je crois que je vais choisir autre chose...


Documentation: Saint Genet comédien et martyr, Gallimard.

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