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catégorie : chronique
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Dix-sept ans.
Un peu plus ou un peu moins. On s’en fout. On était jeunes. Crétins, sans aucun doute. Insouciants, totalement. Vivants. Complètement.
"S’en fout la mort", il disait, l’autre, je ne sais plus qui.
Dix-sept ans, ou seize pour moi, la gamine, la p’tite… Dix-huit, pour quelques-uns, les redoublants, les grandes gueules, les fortes têtes. Les caïds !
Le lycée, sa révolte, ses hormones et son adolescence.

En octobre, le bac paraissait encore bien loin, on avait le temps de stresser, de potasser, de réviser, d’angoisser… ou de s’en foutre.
En octobre, ce qui comptait, c’est que les premières soirées de l’année allaient démarrer. Chez qui, tiens, pour débuter ? Chez Lucie, allez. Un grand appart’ vide, juste à côté de chez ses parents, nous attendait. Jeunesse pas dorée, pas très argentée, un peu bronzée pour certains.

Abdel, il était bronzé, tiens. Naturellement ! Une bonne mine à l’année, et un sourire de belle humeur, contagieux, tout le temps. Là où il souriait le plus, c’était sur scène. Il voulait pas spécialement devenir acteur, nan, mais le club théâtre, ça le passionnait. Il rayonnait.
Abdel, c’était l’ami de tous. Le mien.
Abdel ne viendrait pas à la première soirée de l’année, chez Lucie, sa copine depuis la 5ème.

Abdel était malade.
L’année d’avant, en TP de physique, il s’était écroulé sous nos yeux affolés. Des spasmes, des convulsions, les yeux révulsés. Même le prof avait semblé démuni.
Le SAMU était arrivé, vite. Très vite. Mais trop tard, de toutes façons.
Parce que les tumeurs, quand on a seize ans, elles sont rarement bénignes. Elles grandissent plus vite que nous. On a beau être en pleine croissance, on ne va pas assez vite pour les dépasser, les avaler, les faire disparaître. Elles pompent l’énergie de notre jeunesse, s’en nourrissent, grossissent… Et le petit point gris dans le cerveau, celui qui filait régulièrement des maux de tête à notre Abdel, ben c’était devenu une tumeur.
Un cancer.

Il y avait eu des opérations, ensuite.
De la rééducation.
Pour que la paralysie n’empêche plus Abdel de retrouver son si beau sourire. Pour qu’il puisse reparler. Rire.

Revenir au lycée à la rentrée, en septembre ?
Il le voulait. Il le ferait.
Sauf qu’il n’a pas pu. Il a fallu retourner à l’hôpital. Refaire des examens, parce que bon, l’opération, la chimio, les traitements et le reste… ça suffit pas forcément. L’hôpital ne l’a pas laissé repartir.

En octobre, le bac paraissait loin.
On s’en foutait, d’ailleurs.
Quant à la soirée chez Lucie, on savait que sans Abdel, cloué au lit par les médocs, ce serait pas pareil. Il nous manquerait, forcément.

Et forcément, il a fait plus que nous manquer. Parce qu’il n’était même plus là, quand la soirée est enfin arrivée.
Parce qu’il est mort, alors qu’il avait à peine seize ans, ou tout juste dix-sept, je ne sais même plus.

C’était il y a plus de seize ans maintenant. Le 5 octobre.
Presque une éternité sans son sourire.
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Voici les 28 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
c'était l'époque où l'on s'écrivait des p'tits mots dans les agendas, pendant les cours de grec... J'ai retrouvé "par hasard" les paroles d'Abdel, qu'il avait écrites dans le mien, d'agenda. Putain, même son écriture, elle souriait !
 07/10/08 à 15h37
 06/10/08 à 21h14
à te lire Pif.ine, pour la façon dont est construit ton récit, ce moment de vie, et puis cette vie qui s'en va, et la façon que tu as de nous le faire vivre, ce moment là... Il me semble que beaucoup d'entre nous ont connu ces disparitions brutales, dans un groupe où soudain il manque un élément.



 06/10/08 à 13h02
je ne lis que de jolis sourires par ici !!
Abdel est donc bien passé par là

Merci d'avoir fait le lien Pif, je crois que c'est comme ça que l'on continue à vivre, en laissant une trace...

Je t'embrasse bien fort.
Cél.
Il y a des sourires que l'on n'oublie pas.
 06/10/08 à 10h44
qui le rendent d'autant plus vivant aujourd'hui...
 06/10/08 à 10h23
courir faire toutes les analyses possibles, y'a pas de malaisés sans raison
La bises a toi et ta fille
 06/10/08 à 10h06
à peu prés au même âge. Rentrée de septembre au pensionnat, l'un de nous n'est pas là. Accident de mobylette nous dit-on. Fini, terminé, nous ne le verrons plus. Ce n'était pas spécialement un boute-en-train, ni le meilleur pote; un mec plutôt discret. Pourtant, la baffe a été énorme, sidérante. Je ne crois pas qu'aucun d'entre nous l'ai oublié

Depuis quelques jours, ma fille me parle beaucoup d'un de ses copains, sujet à des vertiges soudains et inexplicables: assis dans l'amphi, il tombe et se remet puis retombe.
Je sens qu'elle a peur. Je crains qu'elle n'ai raison
mais surtout dans un éclat de rire
Et pour Abdel trop jeune ça n'ait pas été le cas
 06/10/08 à 08h34
la mort n'est pas très sérieuse. A frapper au hasard, sans discernement.
Celle-ci en est est un exemple parfait !
un 5 de cœur


 06/10/08 à 00h52
merci
 05/10/08 à 23h36
pas souffrir, on ne devrait pas permettre a la souffrance de faire souffrir
 05/10/08 à 22h27
je mets 5 car je sais que c'est toujours excellent mais je lirai demain (peut-être)

maintenant, c'est dodo !!!!!
 05/10/08 à 22h16
 05/10/08 à 22h14
 05/10/08 à 22h11
 05/10/08 à 22h08
c'est pas parce que tu fais pas rire que tu touches pas la cible

quand l'amitié s'arrete sur un instant d'éternité.... mais pas celui qu'on aurait voulu.

n'empeche voila. Mainnant je pense a Philippe. C'est pas un 5 octobre, mais c'était Philippe. Meme pas ch't'en veux.
 05/10/08 à 22h02
à ce jeune parti trop tôt...
 05/10/08 à 22h01

 05/10/08 à 22h01
 05/10/08 à 22h01
tu veux me faire chialer, c'est réussi!
Pleurs, pleurs me disait mon grand frère quand j'étais gamine tu ne risqueras pas de faire pipi au lit

5 ! Pif si fine