La fatigue se lit soudain sur ton visage. Je te suggère de t’allonger avant que les autres ne reviennent. Je resterai là, à ton chevet, j’ai avec moi un livre – j’avais espéré pouvoir t’en lire quelques pages – et j’aime aussi l’idée de veiller sur ton sommeil. L’image te fait sourire, tu acceptes ma proposition. Tu te couches sur le côté gauche, remontes le drap sur tes épaules et bientôt, le ronronnement du ventilateur occupe tout l’espace.
Pendant quelques minutes, je reste immobile. Je te regarde. Ton corps frêle semble ne plus trouver sa place dans un monde devenu trop vaste pour lui. Les gestes les plus simples, tu les effectues maintenant avec la lenteur qu’y mettent les vieux. La maladie t’a fait basculer dans un univers parallèle qui échappe à notre vœu d’efficacité. Le temps y gagne une autre saveur, celle de la préservation du lien terrestre, que l’on sait provisoire.
Je me cale dans le grand fauteuil en faux cuir et je commence ma lecture. Après des semaines d’inquiétude, vécues dans la frustration de la distance, dans l’attente craintive de nouvelles qui, au fil des jours se sont fait alarmantes, je m’abandonne à la sensation de vivre ce qui doit l’être, me tenir enfin à tes côtés.
Tu ne dors pas vraiment, tu reposes.
En quittant la chambre, j’ai laissé Montedidio d’Erri de Luca sur la table de nuit, espérant que tu le terminerais à ma place. Il est rare que je laisse une lecture en plan, mais ce livre m’a semblé appartenir à ces instants, les derniers que nous avons partagés.
•
« Jeanne : Monseigneur !...
Warwick : Oui ?
Jeanne demande soudain sans le regarder : Cela aurait été mieux, n’est-ce pas, si j’avais été brûlée ?
Warwick : Je vous ai dit que pour le Gouvernement de Sa Majesté, l’abjuration est exactement la même chose…
Jeanne : Non. Pour moi ?
Warwick : Une souffrance inutile. Quelque chose de laid. Non, vraiment, cela n’aurait pas été mieux. Cela aurait même été, je vous l’ai dit, un peu vulgaire, un peu peuple, un peu bête, de vouloir mourir coûte que coûte, pour braver tout le monde et crier des insultes sur le bûcher.
Jeanne, doucement, comme pour elle : Mais je suis du peuple, moi, je suis bête… Et puis ma vie n’est pas ornée comme la vôtre, Monseigneur, toute lisse, toute droite, entre la guerre, la chasse, les plaisirs et votre belle fiancée… Qu’est-ce qui va me rester, à moi, quand je ne serai plus Jeanne ?
Warwick : Ils ne vont pas vous faire une vie très gaie, certainement, tout au moins au début. Mais vous savez, les choses s’arrangent toujours, avec le temps.
Jeanne murmure : Mais je ne veux pas que les choses s’arrangent… Je ne veux pas le vivre, votre temps… »
•
Je transcris ces quelques lignes de « L’Alouette » d’Anouilh pour vous dire qu’une voix s’est tue, lundi dernier, une voix que certains d’entre vous, ici, ont entendue et aimée.
Avec d’autres membres de PCC, notre amie avait émis le souhait, il y a quelques mois, de faire circuler des livres de poche et m’avait adressé celui-ci. Je dois avouer que le livre est resté longtemps bloqué chez moi et j’aimerais maintenant qu’il reprenne sa course. Je l’ai terminé la veille de son décès.
Louise
Pendant quelques minutes, je reste immobile. Je te regarde. Ton corps frêle semble ne plus trouver sa place dans un monde devenu trop vaste pour lui. Les gestes les plus simples, tu les effectues maintenant avec la lenteur qu’y mettent les vieux. La maladie t’a fait basculer dans un univers parallèle qui échappe à notre vœu d’efficacité. Le temps y gagne une autre saveur, celle de la préservation du lien terrestre, que l’on sait provisoire.
Je me cale dans le grand fauteuil en faux cuir et je commence ma lecture. Après des semaines d’inquiétude, vécues dans la frustration de la distance, dans l’attente craintive de nouvelles qui, au fil des jours se sont fait alarmantes, je m’abandonne à la sensation de vivre ce qui doit l’être, me tenir enfin à tes côtés.
Tu ne dors pas vraiment, tu reposes.
En quittant la chambre, j’ai laissé Montedidio d’Erri de Luca sur la table de nuit, espérant que tu le terminerais à ma place. Il est rare que je laisse une lecture en plan, mais ce livre m’a semblé appartenir à ces instants, les derniers que nous avons partagés.
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« Jeanne : Monseigneur !...
Warwick : Oui ?
Jeanne demande soudain sans le regarder : Cela aurait été mieux, n’est-ce pas, si j’avais été brûlée ?
Warwick : Je vous ai dit que pour le Gouvernement de Sa Majesté, l’abjuration est exactement la même chose…
Jeanne : Non. Pour moi ?
Warwick : Une souffrance inutile. Quelque chose de laid. Non, vraiment, cela n’aurait pas été mieux. Cela aurait même été, je vous l’ai dit, un peu vulgaire, un peu peuple, un peu bête, de vouloir mourir coûte que coûte, pour braver tout le monde et crier des insultes sur le bûcher.
Jeanne, doucement, comme pour elle : Mais je suis du peuple, moi, je suis bête… Et puis ma vie n’est pas ornée comme la vôtre, Monseigneur, toute lisse, toute droite, entre la guerre, la chasse, les plaisirs et votre belle fiancée… Qu’est-ce qui va me rester, à moi, quand je ne serai plus Jeanne ?
Warwick : Ils ne vont pas vous faire une vie très gaie, certainement, tout au moins au début. Mais vous savez, les choses s’arrangent toujours, avec le temps.
Jeanne murmure : Mais je ne veux pas que les choses s’arrangent… Je ne veux pas le vivre, votre temps… »
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Je transcris ces quelques lignes de « L’Alouette » d’Anouilh pour vous dire qu’une voix s’est tue, lundi dernier, une voix que certains d’entre vous, ici, ont entendue et aimée.
Avec d’autres membres de PCC, notre amie avait émis le souhait, il y a quelques mois, de faire circuler des livres de poche et m’avait adressé celui-ci. Je dois avouer que le livre est resté longtemps bloqué chez moi et j’aimerais maintenant qu’il reprenne sa course. Je l’ai terminé la veille de son décès.
Louise
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Rédacteur
je remercie Louise de l' hommage qu'elle lui a rendu.
Grâce à Dieu il n 'y a pas que de monstres dans ce monde!
Grâce à Dieu il n 'y a pas que de monstres dans ce monde!
m'a beaucoup ému quand je l'ai lu, il y a quelques jours. Je vous adresse ma petite contribution à ce douloureux message découverte au cours de mes lectures ... Elle me parle, peut-être en sera-t-il autrement pour vous ?
(...) Ou, si vous l'aymez mieux ainsi, vous estes mort apres la vie : mais pendant la vie, vous estes mourant : et la mort touche bien plus rudement le mourant que le mort, et plus vivement et essentiellement.(...)
Montaigne
(...) Ou, si vous l'aymez mieux ainsi, vous estes mort apres la vie : mais pendant la vie, vous estes mourant : et la mort touche bien plus rudement le mourant que le mort, et plus vivement et essentiellement.(...)
Montaigne
30/09/08 à 22h33
Bon, là c'est pour un enterrement, donc je m'érige juge, pour dire que ça ne compte pas !
Non mais !
.. je ne sais de qui vous parlez mais votre message et les réactions montrent bien que nous sommes une vraie société, j'allais dire famille, sur pcc.
Vous rendez à cette personne un si bel hommage avec une si grande finesse ...
Je suis émue et toutes mes pensées volent à tire d'aile aux cotés de l'alouette, entre ici et là-bas.
Bien à vous.
Vous rendez à cette personne un si bel hommage avec une si grande finesse ...
Je suis émue et toutes mes pensées volent à tire d'aile aux cotés de l'alouette, entre ici et là-bas.
Bien à vous.
aujourd'hui seulement !
Un grand frisson me glace tout entier...
Bises énormes Louise
je ne la connaissais pas , mais nous sommes une grande famille
de tout coeur avec vous dans la douleur
Bises
de tout coeur avec vous dans la douleur
Bises
très beau témoignage
si seulement le monde pouvait être aussi sensible que vous
si seulement le monde pouvait être aussi sensible que vous
et coup de théâtre : dialogue entre Jeanne d'Arc au Bucher et Richard Neville, comte de Warwick. Me fait notamment penser au Dialogue des Carmélites et à l'annonce faite à Marie
envolée depuis Bordeaux... Ce soir là nous parlàmes de la nidification, de l'architecture des nids d'oiseaux...
Quelle coïncidence avec le titre de ce très beu texte !
Que dire de plus ?
Quelle coïncidence avec le titre de ce très beu texte !
Que dire de plus ?
29/09/08 à 00h01
d'un texte sur le cancer ou sur une maladie incurable. S'il s'agissait d'elle, ses mots sont encore tout frais en moi, je l'ai bercerai autant que je peux.
ton com lui rend rend un joli hommage, puisqu'il nous amène à lire, partager des lectures et donc accomplir un de ses souhaits.
Généreuse, comme toi. Merci Louise
Généreuse, comme toi. Merci Louise
.
Youth Choir of Petcherskaja Lavra Kiev
.
Nicolai Kedrov
(jun.) Otche nash - Vater unser -
Our Father;
Dir. Olena Solovey;
at Musica Sacra International 2006;
Synagogue of Augsburg, Germany;
.
http://minilien.com/?p9SeWzNgK7
.
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Youth Choir of Petcherskaja Lavra Kiev
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Nicolai Kedrov
(jun.) Otche nash - Vater unser -
Our Father;
Dir. Olena Solovey;
at Musica Sacra International 2006;
Synagogue of Augsburg, Germany;
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http://minilien.com/?p9SeWzNgK7
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Deux yeux se ferment
Une âme s'envole
La vie s'écoule...
Une âme s'envole
La vie s'écoule...
tous deux servis par un commentaire émouvant.
Dans Montedidio, à un moment je me souviens plus de la phrase exacte mais c'est une phrase que j'oublierai pas. C'était Rafaniello qui disait en gros que quand venait la pensée d'un manque, c'était en fait sa présence qu'on honorait...
Bises
Bises
....Avait la chance de vous avoir comme amie.
je me faisais aussi une joie de te lire, et elle reste malgré la tristesse de cette nouvelle. tout comme pardadoxe j'aimerais savoir qui était cette personne, non par indiscretion mais pour mieux lui rendre hommage
quoi qu'il en soit mes pensées sont avec elle.
au plaisir de te relire
quoi qu'il en soit mes pensées sont avec elle.
au plaisir de te relire
j'ai lu.
désolée de ma joie plutôt indécente.
désolée de ma joie plutôt indécente.
je lis...

Je réagis à ce commentaire en
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louise_brooks
publié le 28 sept. 08