Pourquoi l'affiche du film de Sautet a pris l'apparence d'un autre film, voilà une étrangeté non préméditée qui cadrera parfaitement avec celle dont je tenais à vous faire le récit.
Cette après-midi, de fort bonne humeur depuis la vieille et une rencontre magnifique, j'ouvrais la porte de l'ascenseur et tombais nez à nez avec un monsieur, d'âge respectable, qui occupait beaucoup de place car chargé d'innombrables valises.
Il me dit quelque chose en italien.
Je répondais, heureuse comme chaque fois, de pouvoir m'exercer à cette langue que j'aime tant et qui me rappelle tant de bons souvenirs.
Durant les 30 minutes qui suivirent, je crus me dédoubler littéralement.
Une conversation s'engagea, sur l'Italie et surtout Naples dont je parlais avec entrain.
Il se trouvait que lui-même était d'une petite ville proche.
Une erreur de personne était à l'origine de tout : il pensait que j'étais sa locataire, dont il ne savait qu'une chose : elle parle italien.
Les choses ayant été mises au point, il me dit avoir six autres appart dont 2 à louer, me demandant si je connaissais quelqu'un... etc etc.
Mais son regard était un peu gênant, ce genre de regards que l'on connait bien. Et auxquels on ne sait jamais trop comment répondre.
Et très bizarrement, je parlais d'une toute autre manière que celle dont j'ai pris l'habitude, depuis de longues années, avec la voix posée, le regard assuré.
Non.
Ma voix était autre, et mes mots, mon ton étaient ceux qui me caractérisaient lorsque j'avais 18 ans, avec une sorte d'entrain hystérique, un côté passionnel, une effervescence constante. Je parlais des ces villes italiennes sur lesquelles je m'extasiais un peu bètement.
Il me toucha la joue, ou plutôt me pinça la joue.
Une fois, puis deux puis trois.
Toujours ce même geste, étrange.
Je ne disais rien, après tout, je suis une adepte du contact humain propre aux italiens.
Mais tout de même, ses paroles étaient un peu gênantes, il me disait grosso modo "ah vous êtes une personne bien, je le sens. Vous êtes très mignonne", ce genre de choses.
Il me donnait les adresses d'un restaurant italien tenu par son ami, d'un hôtel à Monaco tenu par autre..
J'étais tellement portée par la surprise, après tant et tant d'années, de m'entendre sourire, de m'entendre portée par un sujet, dans cette fausse naïveté, que je me reconnus tout à coup.
Comme si je retrouvais quelque chose de moi qui était parti, et que je regrettais un peu. L'image d'une fille passionnée.
Evidemment, j'étais loin de celle de ces femmes pleines de responsabilités, maîtresses de tout, un peu sèches parfois, dévoreuses de contrats.
Aurais-je sans le vouloir interprété un rôle pour échapper à cet homme ?
Etait-ce une tactique inconsciente, mise en place dans la seconde de l'échange ?
Qui avait parlé ainsi à ce moment là ?
N'avais-je donc pas évolué depuis mes 18 ans ?
Quelque chose remontait en moi, comme l'alien se hissant jusqu'à la gorge, et je n'en savais la raison.
J'aurais préféré retrouver l'enthousiasme, tout en gardant ma sérénité.
Alors je me disais que ma vivacité était sans doute provisoire.
Mais un caractère est-il plus vrai qu'un autre ?
En parlant, je le voyais me jauger en s'avançant un peu pour mesurer de l'oeil le tour de poitrine ou le tour de bassin.
En fait, chaque fois qu'il me regardait ou me disait quelque chose, je détournais la conversation en parlant de la ville de Rome, de ceci, de cela. C'était un dialogue fou en fin de compte.
J'étais une femme enfant, et lui tenait parfaitement son rôle de gangster se faisant un plan.
Totalement surréaliste.
Mais le plus surprenant est que je ne désirais pas jouer ce rôle particulièrement, comme on dit, "c'était sorti tout seul". Et j'aimerais comprendre pourquoi.
Sitôt après, je me revoyais dans mes jeunes années, lorsque quelqu'un ami m'avait dit deux phrases ayant eu beaucoup d'impact sur moi : "on te reconnait de loin, car tu ne marches pas, tu sautilles".
Et la seconde : "tu as des yeux et des oreilles dans le dos".
C'est vrai en plus.
A l'époque, je sautillais tout le temps à force de marcher très vite, de façon un peu aérienne.
Je sais aussi, et ce trait en revanche a persisté, que j'ai toujours tendance à parler, encore et encore, à m'emballer pour tel ou tel sujet.
Mais on ne peut retrouver une personnalité perdue sans prise en compte du vécu qu'il y a eu entre temps.
Et je comprends en écrivant ces lignes, que ce que j'étais alors est aussi impalpable et incompréhensible à mes yeux que ce que je suis aujourd'hui.
C'est difficile de faire le tri parmi les caractères et les modes de vie que l'on a eus, d'en garder certains, d'en rejeter d'autres. Et surtout, ça se fait de manière surprenante, insidieuse, on ne le maîtrise pas. C'est d'un autre domaine.
Il n'y a qu'un point sur lequel j'ai évolué. Quand il m'a proposé de partager son voyage prévu pour l'heure suivante en direction de Naples, j'ai dit que je ne pouvais pas. Comme quoi, je ne suis plus tout à fait celle que j'étais à 18 ans, malgré les réminiscences qu'elle m'impose !
Sur ce, très bon week end à tous et toutes,
Sarah
Cette après-midi, de fort bonne humeur depuis la vieille et une rencontre magnifique, j'ouvrais la porte de l'ascenseur et tombais nez à nez avec un monsieur, d'âge respectable, qui occupait beaucoup de place car chargé d'innombrables valises.
Il me dit quelque chose en italien.
Je répondais, heureuse comme chaque fois, de pouvoir m'exercer à cette langue que j'aime tant et qui me rappelle tant de bons souvenirs.
Durant les 30 minutes qui suivirent, je crus me dédoubler littéralement.
Une conversation s'engagea, sur l'Italie et surtout Naples dont je parlais avec entrain.
Il se trouvait que lui-même était d'une petite ville proche.
Une erreur de personne était à l'origine de tout : il pensait que j'étais sa locataire, dont il ne savait qu'une chose : elle parle italien.
Les choses ayant été mises au point, il me dit avoir six autres appart dont 2 à louer, me demandant si je connaissais quelqu'un... etc etc.
Mais son regard était un peu gênant, ce genre de regards que l'on connait bien. Et auxquels on ne sait jamais trop comment répondre.
Et très bizarrement, je parlais d'une toute autre manière que celle dont j'ai pris l'habitude, depuis de longues années, avec la voix posée, le regard assuré.
Non.
Ma voix était autre, et mes mots, mon ton étaient ceux qui me caractérisaient lorsque j'avais 18 ans, avec une sorte d'entrain hystérique, un côté passionnel, une effervescence constante. Je parlais des ces villes italiennes sur lesquelles je m'extasiais un peu bètement.
Il me toucha la joue, ou plutôt me pinça la joue.
Une fois, puis deux puis trois.
Toujours ce même geste, étrange.
Je ne disais rien, après tout, je suis une adepte du contact humain propre aux italiens.
Mais tout de même, ses paroles étaient un peu gênantes, il me disait grosso modo "ah vous êtes une personne bien, je le sens. Vous êtes très mignonne", ce genre de choses.
Il me donnait les adresses d'un restaurant italien tenu par son ami, d'un hôtel à Monaco tenu par autre..
J'étais tellement portée par la surprise, après tant et tant d'années, de m'entendre sourire, de m'entendre portée par un sujet, dans cette fausse naïveté, que je me reconnus tout à coup.
Comme si je retrouvais quelque chose de moi qui était parti, et que je regrettais un peu. L'image d'une fille passionnée.
Evidemment, j'étais loin de celle de ces femmes pleines de responsabilités, maîtresses de tout, un peu sèches parfois, dévoreuses de contrats.
Aurais-je sans le vouloir interprété un rôle pour échapper à cet homme ?
Etait-ce une tactique inconsciente, mise en place dans la seconde de l'échange ?
Qui avait parlé ainsi à ce moment là ?
N'avais-je donc pas évolué depuis mes 18 ans ?
Quelque chose remontait en moi, comme l'alien se hissant jusqu'à la gorge, et je n'en savais la raison.
J'aurais préféré retrouver l'enthousiasme, tout en gardant ma sérénité.
Alors je me disais que ma vivacité était sans doute provisoire.
Mais un caractère est-il plus vrai qu'un autre ?
En parlant, je le voyais me jauger en s'avançant un peu pour mesurer de l'oeil le tour de poitrine ou le tour de bassin.
En fait, chaque fois qu'il me regardait ou me disait quelque chose, je détournais la conversation en parlant de la ville de Rome, de ceci, de cela. C'était un dialogue fou en fin de compte.
J'étais une femme enfant, et lui tenait parfaitement son rôle de gangster se faisant un plan.
Totalement surréaliste.
Mais le plus surprenant est que je ne désirais pas jouer ce rôle particulièrement, comme on dit, "c'était sorti tout seul". Et j'aimerais comprendre pourquoi.
Sitôt après, je me revoyais dans mes jeunes années, lorsque quelqu'un ami m'avait dit deux phrases ayant eu beaucoup d'impact sur moi : "on te reconnait de loin, car tu ne marches pas, tu sautilles".
Et la seconde : "tu as des yeux et des oreilles dans le dos".
C'est vrai en plus.
A l'époque, je sautillais tout le temps à force de marcher très vite, de façon un peu aérienne.
Je sais aussi, et ce trait en revanche a persisté, que j'ai toujours tendance à parler, encore et encore, à m'emballer pour tel ou tel sujet.
Mais on ne peut retrouver une personnalité perdue sans prise en compte du vécu qu'il y a eu entre temps.
Et je comprends en écrivant ces lignes, que ce que j'étais alors est aussi impalpable et incompréhensible à mes yeux que ce que je suis aujourd'hui.
C'est difficile de faire le tri parmi les caractères et les modes de vie que l'on a eus, d'en garder certains, d'en rejeter d'autres. Et surtout, ça se fait de manière surprenante, insidieuse, on ne le maîtrise pas. C'est d'un autre domaine.
Il n'y a qu'un point sur lequel j'ai évolué. Quand il m'a proposé de partager son voyage prévu pour l'heure suivante en direction de Naples, j'ai dit que je ne pouvais pas. Comme quoi, je ne suis plus tout à fait celle que j'étais à 18 ans, malgré les réminiscences qu'elle m'impose !
Sur ce, très bon week end à tous et toutes,
Sarah
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Le chapeau sur le dû. Quelle honte !
J'arrête de vous écrire sinon je vais finir en crapaud.
J'arrête de vous écrire sinon je vais finir en crapaud.
et pendant que j'y suis une majuscule à l'Italie et l'accent de l'autre côté du Piémont.
Catastrophe. Désolé deux fois avec le s au verbe changer en trop. N'importe quoi !
Merci de vibrer alors !
Je suis passer voir ma cloche pour lui claquer un bonjour amical. La mésaventure est devenue aventure. A refaire ou défaire, je ne changes pas une virgule de cette intervention. Après les Marx Brothers, je me suis plongé dans le souvenir de ma grand mère qui venait d'italie, d'un village près de Rossana dans le Pièmont. C'était une sacrée bonne femme la nonna. Et des lascars elle a du en voir passer quelques spécimens. Donc tout va bien. Merci Sarah. Et n'hésitez pas à me faire passer de nos nouvelles. Arrivederci.
Je suis passer voir ma cloche pour lui claquer un bonjour amical. La mésaventure est devenue aventure. A refaire ou défaire, je ne changes pas une virgule de cette intervention. Après les Marx Brothers, je me suis plongé dans le souvenir de ma grand mère qui venait d'italie, d'un village près de Rossana dans le Pièmont. C'était une sacrée bonne femme la nonna. Et des lascars elle a du en voir passer quelques spécimens. Donc tout va bien. Merci Sarah. Et n'hésitez pas à me faire passer de nos nouvelles. Arrivederci.
de peinture, sarah ? 

11/11/07 à 12h33
crois que tout est vrai, mêmes les avis les plus antagonistes.
Et en effet, si je ne raconte que des choses personnelles, mon but est avant tout de les présenter dans les ressentis du moment, car je me dis que peut être d'autres ont ressenti la même chose, ou quelque chose de similaire, peut être dans un tout autre contexte.
Finalement, mes commentaires, je crois qu'il faut les prendre comme des rébus, ou des palettes de couleurs.
L'artiste est celui qui en tirera quelque chose !
Très bon dimanche à toutes et tous,
Sarah
Et en effet, si je ne raconte que des choses personnelles, mon but est avant tout de les présenter dans les ressentis du moment, car je me dis que peut être d'autres ont ressenti la même chose, ou quelque chose de similaire, peut être dans un tout autre contexte.
Finalement, mes commentaires, je crois qu'il faut les prendre comme des rébus, ou des palettes de couleurs.
L'artiste est celui qui en tirera quelque chose !
Très bon dimanche à toutes et tous,
Sarah
machisme primaire,moi moi moi,Proust,psychisme,te rassurer en stabilisant,je serai beaucoup plus simple:c'est beau.
pour moi j'y vois le symbole de l'influence de nos rencontres sur nous mêmes..tu notes au début de ton texte que tu étais de fort bonne humeur "grâce à une rencontre faite la veille"...et cet italien que tu rencontres,te replace dans un contexte où ta personnalité de l'époque refait surface...nous ne sommes pas seuls à nous construire,les autres nous y aident...
raisonnable, posée, crédible, et plus tu t'y efforces plus la Sarah mutine, joueuse et imprévisible s'échappe et te tire la langue ...
Sarah en toi veut être une et multiple, elle ne veut renoncer à aucun des avatars de son histoire.
Laisse- la vivre, car elle t'ouvre des portes : la création, la relation, l'évolution.
Et sache reculer à temps : tes joues ne sont qu'à toi !
Sarah en toi veut être une et multiple, elle ne veut renoncer à aucun des avatars de son histoire.
Laisse- la vivre, car elle t'ouvre des portes : la création, la relation, l'évolution.
Et sache reculer à temps : tes joues ne sont qu'à toi !

non rien.
je viens de vérifier actuellement c'est tout le monde que tu cherches.
le psychisme n'est pas pure transparence de la conscience pour elle-même. La mémoire est trompeuse, la frontière entre la réalité et l'imagination est si tenue qu'elle en devient imperceptible. On a finalement que peu accès à la réalité de nous-mêmes. Mais cela, vous le savez!
un texte qui me rappelle beaucoup les reflexions de Proust dans la "recherche" sur ce qui fait notre "etre" dans le temps. (bien sûr, Il ne le dit pas d'une manière aussi sèche et désincarnée), et le miracle de retrouver, un jour, à une occasion le mystère d'une perception, d'un sentiment qu'on pensait perdu à jamais dans les nimbes du passé.
Oui, comme une sorte de réflexe Pavlovien, une partie de votre passé a ressurgi presque à l'insu de votre plein grès.
Une des cordes de votre arc relationnel a vibré sous l'action d'un stimulus reconnu.
Et votre regard intérieur, a comme perdu l'équilibre. Il s'est regardé réagir.
A l'opposé de Proust, vous décrivez un mouvement extérieur à votre perception comme moteur d'une reminiscence. C'est une reminiscence vécu. Comme un
pianiste qui aurait du s'exiler sur une île déserte, et qui plusieurs dizaines d'années
aprés, face au clavier, voit ses doigts parcourir les touches noires et blanches pour
égrainer une sonatine.
Beau texte, merci.
Oui, comme une sorte de réflexe Pavlovien, une partie de votre passé a ressurgi presque à l'insu de votre plein grès.
Une des cordes de votre arc relationnel a vibré sous l'action d'un stimulus reconnu.
Et votre regard intérieur, a comme perdu l'équilibre. Il s'est regardé réagir.
A l'opposé de Proust, vous décrivez un mouvement extérieur à votre perception comme moteur d'une reminiscence. C'est une reminiscence vécu. Comme un
pianiste qui aurait du s'exiler sur une île déserte, et qui plusieurs dizaines d'années
aprés, face au clavier, voit ses doigts parcourir les touches noires et blanches pour
égrainer une sonatine.
Beau texte, merci.
10/11/07 à 20h54
un reste d'amour pour Diogène.
et jolie narration 

éclairés. C'était le but de la manoeuvre, comme d'hab ?
10/11/07 à 19h54
sur lequel il se porte, ça s'appelle... du machisme primaire je crois...
Je parle en "éclaireuse", c'est un profil qui me convient mieux que celui d'allumeuse...
Bien à vous
Je parle en "éclaireuse", c'est un profil qui me convient mieux que celui d'allumeuse...
Bien à vous
tu étais une allumeuse et tu n'es plus une allumeuse ?





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objet-petit-a
publié le 10 nov. 07