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« parfois, je préfèrerais que tu sois mort. »
 « parfois, je préfèrerais que tu sois mort. »
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catégorie : chronique
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Des trucs pareils, on n’a pas le droit de les dire. Tout juste de les penser, et encore, ça doit rester bien planqué au fond du crâne, ne pas être visible, lisible.
Souhaiter la mort de quelqu’un qu’on aime, c’est pas bon signe. Qu’on aime… Qu’on a aimé ? Qu’on aime encore, allez ! Mais quelqu’un qui nous a blessé « sans faire exprès ». Quelqu’un à qui, involontairement, on a fait du mal.

On s’est trahi mutuellement, dans un bel ensemble. Un mot mal compris, un geste maladroit. Un silence trop long, des mots trop bafouillés. Des excuses bancales, de la colère, de la fatigue. On croit avoir trouvé les paroles qu’il fallait, on ne fait que s’enfoncer dans l’incompréhension. On aurait dû décrocher le téléphone, y répondre quand il sonnait.
Au lieu de ça, on s’est muré dans sa susceptibilité débile. On a boudé, histoire de montrer qu’on avait mal.
Mais c’était stupide. Parce que notre silence, ton silence, s’est transformé en mépris. Une belle méprise, surtout. Tu le crois. T’en es pas sûr, mais y’a un truc qui coince, ça, c’est évident.
Résultat, engluées dans une gêne qui n’aurait pas existé il y a une semaine, un an, des excuses qui sonnent comme des reproches. De part et d’autre.
Qui est le plus responsable ? Y’a une médaille pour la victime ? L’échafaud pour le salaud ? Non. Juste de l’amertume dans les larmes. De l’acidité dans le cœur.

Et cette pensée qui jaillit, un soir où le sommeil, décidément, tarde à venir.
« Je préfèrerais que tu sois mort. »
Si t’étais mort, je saurais pourquoi je souffre, pourquoi je suis triste. Je t’aurais réellement perdu. J’aurais le droit d’être mal.
T’es vivant, et on est connement fâchés. C’est pas juste. C’est ma faute. C’est ta faute. Je m’en fous, de qui c’est la faute.
On ne se parle plus et y’a qu’à toi que j’aimerais en parler.
Ch’suis plus ta copine, on se cause plus.
Pffff…

J’en ai égarées quelques-unes en chemin, des amitiés.
Une fois, un pseudo-sage m’a dit que si ça avait de VRAIS amis, je ne les aurais pas perdus. C’est débile, ça, comme réflexion. J’ai jamais eu de FAUX amis, à part la library anglaise ou quand je vais dans une pharmacie à Barcelone parce que je suis constipada…
Les amis que j’ai perdus, quand je les avais encore, ils étaient vrais. Sincèrement réels. Ensuite, ben… mon côté tête en l’air, maladroit, sans doute… Je les ai paumés. Sottement. Et ça m’a rendue malheureuse. Je pense à eux souvent. Ils me manquent. Ils restent mes amis. Mes souvenirs d’amis. Ils ne se sont pas transformés en ennemis, en faux amis ou en je ne sais quelle créature hybride.
Bien sûr, je leur en ai voulu presque à mort. Mais c’est surtout à moi que j’ai jeté des pierres. De ne pas avoir été à la hauteur. D’être aussi étourdie et d’avoir laissé une broutille nous séparer. D’être si infailliblement décevante.
J’ai essayé de les détester, même. Mais je ne sais pas faire, ça. Détester. Enfin si, je déteste un tas de trucs détestables. Le foie de veau, le champagne et la nouvelle mise en page de Télérama tous les 6 mois… Mais détester une personne ? Pour quoi faire ? Qui plus est une personne que j’aime ! Que j’ai aimée… Qui reste aimable. Il est beau, le mot « aimable », je trouve. Je n’en ai compris le sens que récemment. « Qui mérite d’être aimé »… « Digne d’amour ».

Alors oui, j’avoue, j’ai de temps en temps « souhaité » la mort de quelqu’un. Parce que je ne savais pas comment me dépatouiller avec le deuil d’une personne encore en vie.

Et puis, des fois…
L’amitié a juste besoin de s’accorder une pause. Quelques semaines, des mois. Plusieurs années.
Je ne suis pas pressée. Si t’es pas mort et que je suis encore là… tu voudras bien re-être mon copain ?

« C’est une blessure de vie dont la cicatrice reste à jamais ouverte. La souffrance qu’elle occasionne est pire qu’un deuil : on finit par apprivoiser l’absence, on ne se remet pas du soupçon d’avoir sciemment trahi une amitié. L’un et l’autre sont une fêlure irréversible.
Mais l’être aimé disparu t’accompagne, bienveillant, et dure autant que toi, il fait partie de toi, de ton paysage imaginaires, de tes rêveries, tu l’interroges et l’imagines sans cesse répondre à tes questions.
L’ami qui s’est persuadé de ta trahison t’obsède. Quelle soit avérée ou non, quelle importance ? La trahison est effective dès que l’un s’en convainc, et tu n’y peux rien, et rien ne pourra jamais t’en consoler. Seule s’atténue peut-être, avec le temps, la révolte contre l’injustice de l’accusation. Mais pas la marque intime d’infamie, que même le silence stigmatise… »
(Michel Field, « Contes cruels pour Anaëlle »)
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Voici les 31 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
 17/06/08 à 18h59
...faisons confiance à la vie...merci Miss Pif pour ton message du jour, ça fait tjs plaisir (surtout à un sans abonnement en vadrouille)
 16/06/08 à 19h24
Je comprends votre soulagement, surtout en ce qui concerne celui de vos anciens amis qui apprécie la tauromachie !

La vie fait bien les choses en fin de compte...
J'ai laissé tomber deux amis.
Par négligence. Le temps qui passe, la paresse, tout ça, quoi...
Je m'en suis voulu pendant des années.
Et puis, grâce au net qui fouille partout, j'ai retrouvé leur trace.
L'un fait de la peinture et prend volontiers comme sujet la tauromachie !
L'autre est devenu un ponte dans la pétrochimie (chez Total, pour ne pas le nommer...)

Et, du coup, c'est dingue comme je suis soulagé !
comme mystic meg, j'ai pas fait grand chose pour passer l'arme à gauche...
 15/06/08 à 21h17
Handy Capt
jamais souhaité la mort de personne, bien au contraire mais me souhaiter la mienne m'a traversé l'esprit ET

Hop, ça part car c'est vraiment trop bon d'être ici...
 15/06/08 à 20h25
... je n'ai jamais souhaité la mort de personne et j'espère bien ne jamais en arriver à le faire. Mais il m'est arrivé de souhaiter la mienne sans rien tenter toutefois pour en finir. Je suppose que j'aime trop la vie pour choisir d'y mettre fin.

Dans ces cas-là (rares et anciens tout de même, heureusement) je ne faisais que retourner contre moi-même la violence que pouvait m'inspirer la brutalité et la méchanceté des autres à laquelle j'étais confrontée dans le monde du travail, qui peut être terrible. Ce n'est jamais arrivé dans un contexte plus personnel. Mais c'est une réaction que je peux très bien comprendre et que je me garderais bien de juger.
à part la mienne peut être, certains soirs de grande détresse. pourtant des amis, j'en ai perdus quelques uns. mais pas de regrets, je ne garde que le meilleur.

bizarre la définition des meillleurs amis selon Croqui. Moi je ne me lasse jamais de les voir, les meilleurs!
"logorrhées" sentimentalo..."érotiques"? (C'est pour bientôt?)

Là, hein, nul ne s'abuse, c'est une privat joke et je plaisananananananante! Je ne peux même pas lire le texte, privée que je suis d'internet et obligée de faire un passage éclair dans un cyber puant...

Cela dit, je mesure que ça joute ferme, sur pcc,en ce moment, ne voir rien qui se rapporte à ces rixes...Je lirai demain!
 15/06/08 à 17h31
Handy Capt
votre texte est magnifique.

Il est si tendre, si fort...
... fait saigner le coeur avec des mots...
chacun fasse son chemin et évolue pour des raisons personnelles, sentimentales, professionnelles. Un meilleur ami à 10 ans ne sera pas forcément de 18 ou 50 ans ?
je ne les mettaient pas dans l'essence de ce sentiment , mais ce n'est que ma façon de la vivre . . j'aime bien cette phrase "lorsque votre ami révèle sa pensée, ne craignez pas le"non" de votre esprit, ni ne refusez le "oui" " Si les mots dits à un ami dépassent la pensée, nous entrons dans l'ordre la passion non ?
 15/06/08 à 13h01
Si on savait combien cette phrase "parfois je préfèrerais..." fait plus de mal à nous-même qu'à l'autre, on ne la prononcerait jamais. Et quand elle est lancée, rien à faire pour revenir en arrière. Qui est le con qui a dit "les paroles s'envolent, les écrits restent" ?
Et on s'est tous senti très mal avec ce cancer dans la tronche.
Devenir un surhomme ou une wonderwoman, ça prend du temps....
 15/06/08 à 00h16
Je partage votre opinion. Il faut tordre le cou à l'orgueil.
On se fâche toujours avec les gens qu'on aime pour des raisons futiles, au fond. Et plus on les aime, plus le motif est futile. L'amour ou l'amitié sont des sentiments tellement forts, et tellement fragiles aussi. Il suffit parfois d'un mot de trop.

J'aime imaginer que deux personnes intelligentes et qui oublient leur orgueil peuvent se souvenir du plaisir qu'elles ont eu à être ensembles. Et que dans ces cas là, tout est de nouveau possible.

Cheers.
tricher ? mais envers qui ?

:*
 14/06/08 à 22h42
Au risque de t'embarrasser, tu écris superbement.

En revanche, je n'aime pas lire cette enfilade de petites phrases assassines :

"Mais c’est surtout à moi que j’ai jeté des pierres. De ne pas avoir été à la hauteur. D’être aussi étourdie et d’avoir laissé une broutille nous séparer. D’être si infailliblement décevante."

Il me semble que tu te juges bien sévèrement. Ce n'est pas un crime que d'être étourdie (je prêche un peu pour ma paroisse là...).

Il y a longtemps que j'ai choisi d'être heureuse plutôt que d'avoir le dernier mot dans les différences d'opinion, qu'elles soient amicales, amoureuses ou simplement relationnelles. Je me soucie comme d'une guigne d'avoir raison ou tort. Ce qui compte le plus à mes yeux, c'est de ne pas perdre l'affection des gens que j'apprécie. On peut faire preuve de maladresse et blesser quelqu'un, tout simplement parce que l'on a touché un point sensible sans le vouloir.

Je serais tentée de te dire qu'il n'est jamais trop tard. Il faut laisser le temps au temps.

La perte d'une amitié est parfois (souvent) plus douloureuse que celle d'un amour parce qu'il est permis de penser que l'amitié peut durer toujours.

Ma définition de l'amitié, lorsque j'étais plus jeune, était que "C'est l'amour sans la souffrance." Mais l'expérience m'a appris qu'il pouvait en être autrement et que les malentendus pouvaient tuer l'amitié aussi sûrement que l'amour.

J'aime bien les réactions de Croqui (à 20 h 12) et de Live_and_let_live (à 18 h 23). Le pseudonyme de cette dernière est déjà une leçon de sagesse à lui tout seul.

le plus difficile est d'être l'ami de l'autre plutôt que l'inverse.quand tu dis je suis ton ami c'est que l'autre te reconnait aussi comme tel. Enfin jdçjdr
Même à celle qui trahit
Même à celui qui ment
"Il ne faut jamais souhaiter la mort des gens

Il y a bien des cas où
Mais même dans ces cas où
Il ne faut pas souhaiter la mort des gens
Ce n'est jamais assez méchant"
Dominique A.

Bien sûr, ceci n'est qu'une boutade, mais la perche était trop belle. Bravo pour la vérité de ce texte.
je crois en effet que le grand ennemi de l'amitié est une trop grande intimité, une excessive proximité, une présence de tous les instants.
Ca peut paraître paradoxal mais je crois que mes meilleurs amis (et amies) sont ceux que je vois le moins souvent. Lorsque nous nous voyons, le plaisir et la connivence sont considérables et nous savons, qu'en cas de besoin, nous pouvons compter les uns sur les autres.
juste se souvenir: ne jamais partir sur de mauvais mots ou de mauvais sentiments, la mort peut si vite arrivée et la réconciliation à jamais renaître.
 14/06/08 à 19h08
la_petite_850
 14/06/08 à 18h23
moi aussi j'ai laissé "filer" des amitiés.... précieuses, si précieuses, à qui je dois d'être restée à peu près saine d'esprit quand ça n'allait pas, ado... je le regrette amèrement... Et pourquoi? pour quelques malentendus, des silences trop longs qui ont fini par être trop pesants aussi...
mais, ça a beau être une platitude, mais elle est vraie "tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir"
 14/06/08 à 18h19
le deuil du vivant ou du mort...
Difficulté presque égale, sinon qu'avec les vivants une chance de réconciliation existe (presque) toujours...
sinon, rien ne pourrait empêcher deux personnes qui s'aiment vraiment de dépasser les moments de colère et de se présenter des excuses , c 'est mieux que de perdre une précieuse amitié.

J 'ai eu vraiment honte de souhaiter la mort de ma mère que j 'adorais pourtant, parce que je ne supportais pas de la voir souffrir devant moi, tout en étant dans l 'incapacité de la soulager. Et j 'en ai encore honte maintenant en y pensant, même après 24 ans de sa disparition.
Je jure solennellement que Pif.ine et moi sommes irrémédiablement ennemies, qu'on ne s'est pas concertées pour pondre nos coms en même temps, et que le sien est moins bien que le mien .
Ou l'inverse .
comme ça , sur quelques malentendus , maldits ...mais je l'ai vraiment perdue puisque j'ai appris sa mort quelques mois après et j'ai regretté amèrement cet orgueil stupide qui m'a empêchée de prendre le tél et lui parler; pardon pif-in de te raconter ça mais je me suis dis "jamais plus..."
contrairement à l'amour, y'a pas de réconciliation possible sur l'oreiller, en - deçà ou au- delà des mots ?
silence et l'éloignement ont pris toute la place, souvent subsiste l'affection ; simplement, on ne peut plus se parler, c'est trop sensible, trop irrité.
 14/06/08 à 17h46
graves petites blessures entre amis, oui: ce comm me touche beaucoup.