Reflet douloureux d’un Berlin tourmenté, espace primordial pour parler de la condition humaine, Berlin Est représente toujours un enjeu cinématographique fort et émouvant.
Deux films importants se sont imposés sur la scène berlinoise ses dernières années : Good Bye Lenin de Wolfgang Becker, cri d’amour d’un fils pour sa mère, drôle et attachant, sur fond de déliquescence du régime et Les ailes du désir de Wim Wenders film fantastique, poème métaphysique, magnifique ode à la vie et à l’amour.
La vie des autres du réalisateur Florian Henckel von Donnersmarck a pour ambition d’aborder un autre aspect sombre et inquiétant de l’histoire de Berlin : celui de l’oppression du régime dictatoriale de l’ex-RDA et de sa police secrète, la stasi.
Des millions de personnes dans le monde entier ont été bouleversées par cette histoire, objet de nombreux commentaires, qui raconte comment un couple d’artiste, Dreyman (Sebastian Koch) dramaturge officiel et sa compagne Christa-Maria Sieland, actrice (Martina Gedeck), se retrouve espionné par la stasi, victime d’une sordide machination orchestrée aux plus aux postes de l’Etat.
L’officier Wiesler (Ulrich Mühe) monstre froid et cynique passé maître dans les techniques d’interrogatoire des « ennemis » du socialisme est chargé en personne de la surveillance. Solitaire, farouche serviteur du pouvoir auquel il s’est dévoué corps et âme, Wiesler découvrira en espionnant ce couple qui le fascine le monde de l’art, de la musique, de l’amour, des soirées et discussion entre amis, horizons qui lui étaient jusqu’alors totalement inconnus.
Le chemin de rédemption de l’agent Wiesler, en vérité une révolution intérieure et individuelle, sera sans aucun doute long et difficile, antithèse de cette autre révolution collective annoncée. Antithèse, pas vraiment en fin de compte car rien n’est catégorique dans ce film encadré par un réalisateur qui s’évertue en permanence à porter un regard complexe et ambivalent sur le monde, le film devenant un espace ouvert de réflexion et de débat.
Rédemption, chute, chute du mur, ultime symbole de la faillite de la pensée, de la croyance en l’homme, de ses idéologies et religions, il règne dans La vie des autres toute une ambiance de « fin de l’histoire » qui semble arriver à point nommer pour en clore le dernier chapitre.
En racontant la vie des autres dans le contexte très particulier de la RDA, le réalisateur nous parle des hommes, de leurs sentiments et aspirations, des rapports qu’ils entretiennent avec le pouvoir mais aussi de l’art, de la culture, de l’intellectuel et du rôle qui leur est dévolu dans la société.
A la Fareinheit 451 Wiesler mettra la main sur un livre de Brecht. Cet auteur dramatique allemand représente certainement la principale source d’inspiration du réalisateur. Brecht a inventé le théâtre épique qui invite à faire participer le public afin que celui-ci ne s’identifie plus à un héros mais porte un regard critique sur le spectacle. Il s’agit du concept de distanciation qui utilise divers procédés : usage de panneaux avec des maximes, intermèdes chantés, acteur qui décrit son personnage en même temps qui le joue ou qui devient le narrateur de l’histoire et s’adresse au public. Marxiste vivant à Berlin Est ses prises de positions suite à la révolte des travailleurs est-allemands du 17 juin 1953 ont été très controversées.
L’esprit du théâtre épique est présent dans La vie des autres construit autour d’un incessant jeu de miroir aux ramifications infinies : Nous observons Wiesler qui observe l’artiste Dreyman qui porte un regard sur le monde, nous assistons à une pièce de théâtre, spectacle dans le spectacle. Cette mise en perspective presque salutaire nous incite à réfléchir sur les différents figures qui constituent notre présence dans le monde : la figure du spectateur d’une vie évanescente dont nous ne jouissons que par procuration ou de l’acteur, factice et utopique, entraîné dans le tourbillon de l’histoire, invention imaginaire de l’auteur, mais aussi de l’individu digne parce que libre. Le film devient le modèle de lecture d’une réalité par rapport à laquelle nous sommes amenés à nous interroger et même à nous engager.
La vie des autres représente à mon avis (par rapport à mes quelques connaissances en matière de cinéma) parmi les films de ces dernières années l’œuvre qui a sans conteste réussi le plus brillament à se faire l’écho des préoccupations de notre temps.
Il est intéressant de noter que La vie des autres sorti en Allemagne en mars 2006, aurait déclenché une polémique portant sur la vérité historique mise en scène (1). Par ailleurs le directeur du mémorial de l’ancienne prison de la stasi s’est opposé lors du tournage à l’utilisation de la prison originale affirmant que le cas d’officier ayant protégé ceux qu’il avait à observer n’était pas connu (2).
La vie des autres mélange fiction et reconstitution historique.
Porteur d’un devenir, il n’en devient que plus intrigant.
(1) http://www.freud-lacan.com/articles/article.php?url_article=mlerude130407
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_des_autres
Deux films importants se sont imposés sur la scène berlinoise ses dernières années : Good Bye Lenin de Wolfgang Becker, cri d’amour d’un fils pour sa mère, drôle et attachant, sur fond de déliquescence du régime et Les ailes du désir de Wim Wenders film fantastique, poème métaphysique, magnifique ode à la vie et à l’amour.
La vie des autres du réalisateur Florian Henckel von Donnersmarck a pour ambition d’aborder un autre aspect sombre et inquiétant de l’histoire de Berlin : celui de l’oppression du régime dictatoriale de l’ex-RDA et de sa police secrète, la stasi.
Des millions de personnes dans le monde entier ont été bouleversées par cette histoire, objet de nombreux commentaires, qui raconte comment un couple d’artiste, Dreyman (Sebastian Koch) dramaturge officiel et sa compagne Christa-Maria Sieland, actrice (Martina Gedeck), se retrouve espionné par la stasi, victime d’une sordide machination orchestrée aux plus aux postes de l’Etat.
L’officier Wiesler (Ulrich Mühe) monstre froid et cynique passé maître dans les techniques d’interrogatoire des « ennemis » du socialisme est chargé en personne de la surveillance. Solitaire, farouche serviteur du pouvoir auquel il s’est dévoué corps et âme, Wiesler découvrira en espionnant ce couple qui le fascine le monde de l’art, de la musique, de l’amour, des soirées et discussion entre amis, horizons qui lui étaient jusqu’alors totalement inconnus.
Le chemin de rédemption de l’agent Wiesler, en vérité une révolution intérieure et individuelle, sera sans aucun doute long et difficile, antithèse de cette autre révolution collective annoncée. Antithèse, pas vraiment en fin de compte car rien n’est catégorique dans ce film encadré par un réalisateur qui s’évertue en permanence à porter un regard complexe et ambivalent sur le monde, le film devenant un espace ouvert de réflexion et de débat.
Rédemption, chute, chute du mur, ultime symbole de la faillite de la pensée, de la croyance en l’homme, de ses idéologies et religions, il règne dans La vie des autres toute une ambiance de « fin de l’histoire » qui semble arriver à point nommer pour en clore le dernier chapitre.
En racontant la vie des autres dans le contexte très particulier de la RDA, le réalisateur nous parle des hommes, de leurs sentiments et aspirations, des rapports qu’ils entretiennent avec le pouvoir mais aussi de l’art, de la culture, de l’intellectuel et du rôle qui leur est dévolu dans la société.
A la Fareinheit 451 Wiesler mettra la main sur un livre de Brecht. Cet auteur dramatique allemand représente certainement la principale source d’inspiration du réalisateur. Brecht a inventé le théâtre épique qui invite à faire participer le public afin que celui-ci ne s’identifie plus à un héros mais porte un regard critique sur le spectacle. Il s’agit du concept de distanciation qui utilise divers procédés : usage de panneaux avec des maximes, intermèdes chantés, acteur qui décrit son personnage en même temps qui le joue ou qui devient le narrateur de l’histoire et s’adresse au public. Marxiste vivant à Berlin Est ses prises de positions suite à la révolte des travailleurs est-allemands du 17 juin 1953 ont été très controversées.
L’esprit du théâtre épique est présent dans La vie des autres construit autour d’un incessant jeu de miroir aux ramifications infinies : Nous observons Wiesler qui observe l’artiste Dreyman qui porte un regard sur le monde, nous assistons à une pièce de théâtre, spectacle dans le spectacle. Cette mise en perspective presque salutaire nous incite à réfléchir sur les différents figures qui constituent notre présence dans le monde : la figure du spectateur d’une vie évanescente dont nous ne jouissons que par procuration ou de l’acteur, factice et utopique, entraîné dans le tourbillon de l’histoire, invention imaginaire de l’auteur, mais aussi de l’individu digne parce que libre. Le film devient le modèle de lecture d’une réalité par rapport à laquelle nous sommes amenés à nous interroger et même à nous engager.
La vie des autres représente à mon avis (par rapport à mes quelques connaissances en matière de cinéma) parmi les films de ces dernières années l’œuvre qui a sans conteste réussi le plus brillament à se faire l’écho des préoccupations de notre temps.
Il est intéressant de noter que La vie des autres sorti en Allemagne en mars 2006, aurait déclenché une polémique portant sur la vérité historique mise en scène (1). Par ailleurs le directeur du mémorial de l’ancienne prison de la stasi s’est opposé lors du tournage à l’utilisation de la prison originale affirmant que le cas d’officier ayant protégé ceux qu’il avait à observer n’était pas connu (2).
La vie des autres mélange fiction et reconstitution historique.
Porteur d’un devenir, il n’en devient que plus intrigant.
(1) http://www.freud-lacan.com/articles/article.php?url_article=mlerude130407
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_des_autres
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Voici les 6 dernières réactions à ce commentaire
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Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
09/11/07 à 01h25
vidépleins : j'avais entendu parler de Brecht. le film m'a donné l'occasion de m'y intéresser un peu plus.
Marie05 : A voir je pense
Marie05 : A voir je pense
en parlant de vérité historique, un documentaire vient de sortir :
"Mon meilleur ennemi" - les trois vies barbares de Klaus Barbie, ou la "distanciation" du bourreau ordinaire ? pour ne pas oublier...
"Mon meilleur ennemi" - les trois vies barbares de Klaus Barbie, ou la "distanciation" du bourreau ordinaire ? pour ne pas oublier...
et " la vie des autres" , mais je connais trop peu Brecht pour donner un avis .
Ton analyse parait pertinente , et interessante .
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ça me semble indéniable


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teissi
publié le 7 nov. 07