Ce soir plus que jamais il était fier de son pseudo : "Gabin". Dans les soirées PCC celui-ci était devenu une évidence. Pour la rondeur... de ses propos. Un de ces pseudos qui ne souffre aucune question du genre "mais à quoi fais-tu référence ?". De ce coté là pas de souci : tout le monde se remémorait bien la tête bonhomme de Grangil.
C'est donc le coeur léger qu'il partit de ce bar animé du XXème, bravant le couvre-feu et la douceur de fin d'été, chargé d'un sac à livrer en banlieue.
A l'angle du boulevard de Charonne, les prostituées arboraient un décolleté de saison. Il repensa avec tendresse à ce garçon qui cette après-midi lui disait rêver de fontaines et de naïades ruisselantes. Tandis qu'il avançait sur le boulevard Diderot, il nota qu'il devrait faire quelque recherche sur google pour trouver les raisons de l'association de Mercure avec la couleur orange.
Arrivé au bord de Seine il remarqua que les patrouilles se faisaient plus nombreuses. Les bottes se faisaient entendre sur les quais où les gyrophares faisaient paraître les tentes alignées là comme des îlots de résistance. Les contrôles allaient bon train. Du haut du pont Sully, "Gabin" regardait cette agitation avec une larme de dégoût. Tout à coup, une voix tonitruante s'éleva : "Jambier, 45 rue Poliveau !", l'arracha à ses pensées romantiques et le fit presser le pas.
Le boulevard Saint-Germain était animé pour l'heure tardive. Les bars de la rive gauche recrachaient à peine leurs derniers noctambules. Ils prolongeaient sur les trottoirs les discussions inachevées. Devant le Jardin de Cluny les mérites comparés de Saint-Domingue et de la Croatie avaient cependant remplacé les débats passionnés autour de la Cause du Peuple. Boulevard Saint-Michel, il dépassa un couple de jeunes hommes s'embrassant à pleine bouche et s'émerveilla de ce havre de tolérance épargné par la patrouille. Il rattrapa sur le boulevard du Montparnasse une vieille femme portant ses poches de superette. Il se demandait toujours pourquoi certains - même pas clochardisés - semblaient sortir de leurs achats à trois heures du matin.
Il vit que la boîte échangiste du boulevard Edgar Quinet avait baissé rideau. Peut-être les couples s'étaient-ils reformés rapidement ce soir. Cela lui semblait pourtant bien tôt pour ce qu'il imaginait d'un tel établissement. En revanche, le RedLight déversait encore ses décibels sur la rue du Départ. Quelques couples en sortaient. Jeunes couples - environ dix-huit ans - déjà en crise pour cause de cette jalousie qui n'attend pas le nombre des années. Cela le rasséréna un peu : personne ne lui ferait de remontrances ce soir.
A l'orée du boulevard de Vaugirard, l'arrêt des noctiliens rassemblait ceux que la ville dégueulait de tous ses pores. Son sac plein de rêves lui pesait. Il avait une fois encore évité toutes les patrouilles. Il attendit l'autocar qui allait le ramener auprès de son jardin d'ombres. L'autocar de la ligne de la Verrière. Empli de ces faux demi-sel pleins de gouaille et d'humour, plus pressés de rentrer dormir à Trappes que d'en découdre avec les petites secrétaires venues danser au Mix ou les serveuses de nuit harassées.
De la fenêtre de son appartement silencieux, il entendit bruisser les hautes herbes du jardin public sous un vent léger. Il ouvrit sa dernière bière qui allait meubler le vide de son petit matin. Il pensa à ce que lui disait son grand-père (il n'avait jamais su s'il parlait de la bouteille ou de la nuit) : "encore une que les allemands n'auront pas !"...
C'est donc le coeur léger qu'il partit de ce bar animé du XXème, bravant le couvre-feu et la douceur de fin d'été, chargé d'un sac à livrer en banlieue.
A l'angle du boulevard de Charonne, les prostituées arboraient un décolleté de saison. Il repensa avec tendresse à ce garçon qui cette après-midi lui disait rêver de fontaines et de naïades ruisselantes. Tandis qu'il avançait sur le boulevard Diderot, il nota qu'il devrait faire quelque recherche sur google pour trouver les raisons de l'association de Mercure avec la couleur orange.
Arrivé au bord de Seine il remarqua que les patrouilles se faisaient plus nombreuses. Les bottes se faisaient entendre sur les quais où les gyrophares faisaient paraître les tentes alignées là comme des îlots de résistance. Les contrôles allaient bon train. Du haut du pont Sully, "Gabin" regardait cette agitation avec une larme de dégoût. Tout à coup, une voix tonitruante s'éleva : "Jambier, 45 rue Poliveau !", l'arracha à ses pensées romantiques et le fit presser le pas.
Le boulevard Saint-Germain était animé pour l'heure tardive. Les bars de la rive gauche recrachaient à peine leurs derniers noctambules. Ils prolongeaient sur les trottoirs les discussions inachevées. Devant le Jardin de Cluny les mérites comparés de Saint-Domingue et de la Croatie avaient cependant remplacé les débats passionnés autour de la Cause du Peuple. Boulevard Saint-Michel, il dépassa un couple de jeunes hommes s'embrassant à pleine bouche et s'émerveilla de ce havre de tolérance épargné par la patrouille. Il rattrapa sur le boulevard du Montparnasse une vieille femme portant ses poches de superette. Il se demandait toujours pourquoi certains - même pas clochardisés - semblaient sortir de leurs achats à trois heures du matin.
Il vit que la boîte échangiste du boulevard Edgar Quinet avait baissé rideau. Peut-être les couples s'étaient-ils reformés rapidement ce soir. Cela lui semblait pourtant bien tôt pour ce qu'il imaginait d'un tel établissement. En revanche, le RedLight déversait encore ses décibels sur la rue du Départ. Quelques couples en sortaient. Jeunes couples - environ dix-huit ans - déjà en crise pour cause de cette jalousie qui n'attend pas le nombre des années. Cela le rasséréna un peu : personne ne lui ferait de remontrances ce soir.
A l'orée du boulevard de Vaugirard, l'arrêt des noctiliens rassemblait ceux que la ville dégueulait de tous ses pores. Son sac plein de rêves lui pesait. Il avait une fois encore évité toutes les patrouilles. Il attendit l'autocar qui allait le ramener auprès de son jardin d'ombres. L'autocar de la ligne de la Verrière. Empli de ces faux demi-sel pleins de gouaille et d'humour, plus pressés de rentrer dormir à Trappes que d'en découdre avec les petites secrétaires venues danser au Mix ou les serveuses de nuit harassées.
De la fenêtre de son appartement silencieux, il entendit bruisser les hautes herbes du jardin public sous un vent léger. Il ouvrit sa dernière bière qui allait meubler le vide de son petit matin. Il pensa à ce que lui disait son grand-père (il n'avait jamais su s'il parlait de la bouteille ou de la nuit) : "encore une que les allemands n'auront pas !"...
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Voici les 13 dernières réactions à ce commentaire
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Merci pour la balade Satorite
joli texte tout en finesse
Et quand tu écris , c'est beau aussi.
merci de votre passage capital
que les forces du soleil soit avec vous.
que les forces du soleil soit avec vous.
...et je compte bien lire un prochain commentaire sur tes souvenirs parisiens !
tu voulais dire dégrisante, peut-être.
j'aime bien ces promenades nocturnes (je suis récidiviste). où l'on touche parfois l'autre coté du miroir. car de coté tout est tellement lisse...
j'aime bien ces promenades nocturnes (je suis récidiviste). où l'on touche parfois l'autre coté du miroir. car de coté tout est tellement lisse...
c'est plutôt une fin en queue de cochon, j'dirais
quelques bières et adieu veaux, vaches et... cochon !
d'où la chanson bien connue : "où l'a caché, l'a caché le cochon du marchand"
d'où la chanson bien connue : "où l'a caché, l'a caché le cochon du marchand"
C'est beau. Ce site est une mine de talent. Merci.
J'espère que tu n'as pas jeté les morceaux par dessus les grilles des parcs...
J'ai de jolis souvenirs au square Edgar Quinet...
... et les mots pour le dire. Très chouette !


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satorite
publié le 3 sept. 06