Jaques se met à hocher de la tête de bas en haut puis il enlève ses écouteurs.
« Vous venez de l’entendre maintenant ? »
« Ecoute Martel tu vas pas nous balader, dis nous ce que tu identifie, pas plus »
« Oui commandant, je viens d’entendre le bruit caractéristique d’un arbre d’hélice de sous marin de classe Foxtrot, à mon avis il se déplace très lentement, probablement entre 5 et 10 nautiques »
« Très bien Martel, merci, vous pouvez disposer. Second appelez l’équipage aux postes de combat, il ne s'agit pas d'un exercice, navigation remonter à l’immersion trente mètres, charger deux armes de combat dans les tubes 1 et 2 puis deux armes d’exercice dans le tubes 3 et 4, venir ensuite au deux sept zéro à l’immersion 70 mètres, silence patrouille, second préparez un message ELF pour Brest, demandez leur de libérer la zone, c’est nous qui l’avons repéré et c’est nous qui aurons la peau de ce fils de pute».
Moi je jubile à l’idée de chasser ce Foxtrot….
Permis de chasser difficile à obtenir c’est vrai, mais j’ai bien aimé la lueur méchante au fond des yeux du pacha quand il a parlé de faire la peau à ce fils de pute. J’aime un peu moins le chargement des tubes un et deux.
Je demande deux cafés l’un après l’autre et je coiffe mes écouteurs en me disant que je vais le trouver, l’archiver et faire passer sa signature acoustique à tout les opérateurs sonar du monde entier. J’espère surtout que le russe est un très très bon, lui montrer à lui et à Le Goff que la patate que j’ai pris dans la gueule n’est pas perdue pour tout le monde.
Soixante dix mètres, six nœuds, le grand silence. Chaque quart d’heure je demande à remonter à moins cinquante mètres pour vérifier si la thermocline a pas varié et puis pour vérifier s’il se balade pas au dessus, j’ai beau fouiller le silence je ne trouve rien.
Le Goff me dit :
«Ce qu’il faut te demander c’est si tu étais à sa place, tu serai où et comment ? »
Je sort la carte et lui montre un point.
« Je serai là ! Arrêté à l’immersion 50 mètres, mais vous connaissez les Russes, il ne sera jamais là où nous l’attendons, là où nous pouvons penser qu’il soit »
«C’est sur, mais en attendant nous ne pouvons pas fouiller tout l’océan. Navigation, venir au deux cinq sept, réduire à quatre nœuds, informer l’équipage du passage en super silence » Sonar, dans moins d’une heure on sera sur zone, on y restera à l’arrêt pendant deux heures. Si comme je le crois on détecte rien on commencera à tourner en rond à petite vitesse en agrandissant les cercles, ça ira ? »
« C’est exactement ce que j’aurai fait, mais si ce salaud là ne donne pas un tour d’hélice ou ne purge pas au ballast on aura du mal à le trouver. Faut arriver à l’énerver, ce sera pas facile avec ces marins de la flotte du Nord qui passent leurs temps à tourner autour des Américains, le faire bouger pour arriver à le détecter. Ca va peut être prendre du temps mais on le coincera, je vous le promet ! ».
Un moment plus tard, au changement de quart, je demande la permission de rester à mon poste pour continuer la chasse, le second me demande juste de garder Franck avec moi pour l’affûter un peu plus. Quatre heures plus tard nous entamons notre cinquième tour et je commence à me dire qu’on est en train de se planter, on le trouvera pas comme ça.
Et je me pose la question que j’aurai du me poser depuis longtemps : Gauvin, si tu étais Russe, intelligent, diabolique et tordu comme eux seuls savent l’être, dans une mer hostile à vouloir commettre un acte impardonnable, tu ferais quoi ?
Et l’évidence ma saute à la gueule, si j’avais pas aussi mal au menton je me collerai des baffes !
Avec mon arbre d’hélice qui couine j’aurai mis en panne au moindre bruit de sous marin, et nous en avons fait pour remonter à trente mètres, charger les tubes et lancer le message, ensuite j’aurai attendu que le chasseur passe pas trop loin pour me recaler dans son cône de silence et le suivre tranquillement jusqu’à ce qu’il se fatigue et foute le camp !
Je fais signe au commandant qui s’approche :
« Alors ? »
« J’ai compris où il est……… »
« Où ça ? »
« Dans le cul, on l’a dans le cul ! Il est dans notre cône de silence, certainement tout prés ».
Je lui explique mon raisonnement qu’il écoute sans broncher.
« Tu as sans doute raison………… Et tu viens de faire mon boulot, c’est moi qui aurait du y penser, je suis payé pour ça ! »
Le pacha retourne à la navigation et je le vois sortir tout un tas de carte des armoires, quelques minutes plus tard il lance :
« Second envoyez quelqu’un appeler Martel, repassez aussi en silence patrouille, on va lui apprendre à se foutre de notre gueule à ce russkof »
Un instant plus tard Martel est dans le central et Le Goff l’informe de la situation.
« Martel, nous avons probablement le russe qui est dans le baffle et nous suce le cul, nous allons essayer de nous en défaire ; pour ça il nous faut remplir discrètement les tubes 1 et 3, vous allez vous apprêter et quand je vous donnerai le top, d’ici 10 minutes nous allons accélérer à 16 nœuds pour caviter à mort et masquer le bruit de remplissage, vous aurez une minute pour remplir, pas une seconde de plus, ça ira ? »
« Oui ça ira, mais pourquoi je remplirai pas les quatre tubes ? »
« Parce que je veux en garder deux à remplir pour lui faire comprendre que s’il fout pas le camp nous allons ouvrir le feu pour le couler. Dans dix minutes quand l’éclairage repassera en supersilence vous pourrez remplir, vous pouvez disposer ».
« A vos ordres »
J’avoue que je comprends pas ce que veux faire LLG, mais je sais que s’il veut la peau du Foxtrot aussi fort que moi il l’aura.
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auborddufleuve
publié le 14 mai 08