• Été 1980…
Gilles a un rêve. Il veut construire un bateau avec des cageots, un bateau qui flotte, un bateau qui navigue « pour de vrai ».
Il est beau le rêve de Gilles. Tout le monde le dit. Mais personne n’y croit.
- Et si on construisait une caisse à savon ?
Mais Gilles rêve d’un bateau…
- Et si on fabriquait une cabane dans le jardin ?
Mais Gilles rêve de voyages…
- Et si…
Mais Gilles se bouche les oreilles…
- Et si tu me disais comment tu l’imagines, ce bateau, Gilles ?
Gilles se redresse. La voix de Jean est sérieuse. Les yeux de Jean ne se moquent pas. Son regard ne fuit pas. Alors Gilles raconte, Gilles dessine, Gilles explique.
Jean écoute.
• Automne 1980…
Sur le Lac, Gilles navigue fièrement dans son embarcation, assemblage hétéroclite de cageots, de planches, de fibres diverses. La grande voile multicolore, patchwork de pièces de tissus à voile savamment reliées, claque au vent.
Gilles avait un rêve...
Jean sourit.
• Septembre 1989…
Dans la plaine tibétaine, le vent souffle sans discontinuer. Jean regarde la classe, vide. Ils sont tous partis planter des arbres.
- Parce que, Jean, tu sais, les arbres, c’est ça notre avenir.
Les doigts de Jean frôlent les livres et les cahiers abandonnés sur les tables. Son regard erre sur les murs de la salle.
Jean éclate de rire et court les rejoindre.
• 31 décembre 2006, minuit.
Jean est mort.
Il ne s’est pas éteint. Il ne nous a pas quittés. Il n’a pas rejoint l’autre rive des poètes ni traversé le fleuve des anciens ; il est mort.
De toutes les formules que l’homme invente pour voiler l’indicible, aucune ne saurait mieux dire cette vérité.
Jean est mort et l’année nouvelle ne peut ignorer qu’elle naît aussi de ce souffle, à jamais le dernier exhalé par son corps fatigué.
• Novembre 2006…
Jean écrit.
« J’essaie de voir le temps qui me reste comme un calendrier de l’Avent. Chaque fenêtre que j’ouvre représente un jour dont je dois découvrir le merveilleux.»
« Je peux accepter que les cellules de mon corps se dispersent pour donner naissance à d’autres organismes. Un papillon ou une fleur. Être, juste un instant, papillon.»
« Ma vue baisse. Le clavier se joue de mes doigts. Heureusement que le correcteur automatique corrige mes erreurs. Mais il est malicieux, ce correcteur, parfois, il remplace mes mots par d’autres et je ne le vois même pas… »
« Depuis des jours, je ne respirais plus. Et ce matin, enfin, l’air qui passe à nouveau dans mes poumons. Alors, quand ce vent généreux a soufflé… »
• 5 janvier 2007…
Sur le cercueil, des centaines de brins de laine jaunes, oranges ou rouges. Fils ténus, liens à jamais préservés avec celui qui, par-delà la mort, nous parle, se livre, se donne encore.
Parce que dans la petite église, c’est la vie dans sa sauvage et tendre beauté qu’il nous invite à reconnaître, nous pouvons enfin laisser couler nos larmes.
Louise, pour qu'un brin de laine jaune...
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Voici les 27 dernières réactions à ce commentaire
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On y comprend rien de rien à toutes ces histoires !
Bon, qui couche avec qui alors ?
L'autre disait "le cinéma c'est l'émotion". Il était surement intelligent, oui. Mais bon, l'émotion c'est aussi plus sûrement hors toile. Dans les croquettes sans doute !
(je sors aussi !).
Une petite larme d'émotion...
ça me fait toujours ça quand je mange des croquettes !
(ok, je sors !).
ça me fait toujours ça quand je mange des croquettes !
(ok, je sors !).
le bonheur n'est pas au bout du chemin, le bonheur est le chemin
finalement rien ne me 'surprend' plus en te lisant
car c'est toujours une belle 'surprise' de te lire
sensibilité et émotion au rdv
car c'est toujours une belle 'surprise' de te lire
sensibilité et émotion au rdv
sans que l'on puisse comprendre tout ce bonheur après tous les maux...
Pour moi l'année 2006 était merveilleuse.
Bien sûr je mourrai un jour, mais ce ne sera plus quelque chose de triste puisque j'aurais eu la part de bonheur que je voulais connaitre.
Bonne année à tous
Pour moi l'année 2006 était merveilleuse.
Bien sûr je mourrai un jour, mais ce ne sera plus quelque chose de triste puisque j'aurais eu la part de bonheur que je voulais connaitre.
Bonne année à tous
la mort s'estompe, l'être jamais
Avec vous ...
Elles se juxtaposent. Elles sont, l'une et l'autre, incontestablement et violemment réelles.
J'aime et j'admire cet état d'esprit qui consiste à accueillir chaque jour, chaque expérience comme une nouvelle découverte à faire.
Et puis, il y a cette si belle phrase "si le grain ne meurt..."
J'aime et j'admire cet état d'esprit qui consiste à accueillir chaque jour, chaque expérience comme une nouvelle découverte à faire.
Et puis, il y a cette si belle phrase "si le grain ne meurt..."
Merci pour vos explications
Une idée absurde pour moi on peut se réincarner en chaise, en cendrier en table de travail....
rien à voir avec la réincarnation des bouddhistes où il y a 6 états possible c'est le samsara
On tourne sans fin dans ce piège depuis des temps sans commencement.... seul l'éveil peut nous libérer....
Des 6 états seul l'humain est favorable parce qu'on peut réfléchir à notre condition....
les enfers, les affamés et les animaux sont trop douloureux ou bêtes.... les demi-dieux et dieux trop confortables....
Ouf! J'ai mal à ma cheville!
rien à voir avec la réincarnation des bouddhistes où il y a 6 états possible c'est le samsara
On tourne sans fin dans ce piège depuis des temps sans commencement.... seul l'éveil peut nous libérer....
Des 6 états seul l'humain est favorable parce qu'on peut réfléchir à notre condition....
les enfers, les affamés et les animaux sont trop douloureux ou bêtes.... les demi-dieux et dieux trop confortables....
Ouf! J'ai mal à ma cheville!
Quelques fils, des brins de laine... je pensais si faciles à briser, liens ténus. Dans ma tête, résonne la lancinante petite musique des drisses qui tintent et propagent leur écho par-delà l'océan. Pourtant, le bateau reste à quai...amarré solidement...
Sonata
Sonata
le temps qui reste comme un calendrier de l’Avent. Chaque fenêtre que j’ouvre représente un jour dont je dois découvrir le merveilleux.
Quand les ressentis trouvent leurs mots... merci pour cette belle émotion Louise
Quand les ressentis trouvent leurs mots... merci pour cette belle émotion Louise
Besoin de rien d'autre.
Merci à tous les Jean aussi.
je repasse plus tard
06/01/07 à 20h54
qu'ils ont semé
Merci.
Louise, Jean s'est surement réincarné en pull.
Un pull fait de brins de laine aux couleurs de la vie.
Un pull pour tenir chaud à ton coeur.
Un pull pour poser ta joue, tout doux.
Je vous embrasse toi et Gilles
Un pull fait de brins de laine aux couleurs de la vie.
Un pull pour tenir chaud à ton coeur.
Un pull pour poser ta joue, tout doux.
Je vous embrasse toi et Gilles
06/01/07 à 19h59
n'est ce pas là une parole de sagesse et conduite à tenir.....
merci louise....
06/01/07 à 19h58
elle est magnifique et émouvante
qu'il y a des Louise et des Should pour exprimer certaines choses bien mieux que je ne saurais les dire...
Avec toi de tout mon coeur!
Avec Jean aussi!
Avec Jean aussi!
il y a toujours des" Jean" pour croire en nos reves de "Gilles".
bel hommage....
bel hommage....
comme le renouveau du printemps

Je réagis à ce commentaire en
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louise_brooks
publié le 6 janvier 07