Mardi 18 mars 2008, à vingt heures.
Salle Pleyel, à une station de métro de l’Étoile à Paris. 252 rue du faubourg Saint-Honoré. Pas loin du boulanger ‘fournisseur officiel du Président de la République’.
Un des cent quatre-vingts concerts de la saison salle Pleyel. Enregistré par France Musique.
J’arrive en avance. Forcément. Achat de billet plusieurs semaine avant. Prix élevé. Normal, Pierre Boulez. Boulez. Cela sonne comme un mythe.
Pierre Boulez, oui, le compositeur, le fameux compositeur de musique d’avant-garde. Huit jours après, il fête son 83e anniversaire. 83 ans…
Cela explique peut-être ceci : dans la foule des spectateurs, beaucoup de jeunes. Des jeunes. Moins jeunes. Mais beaucoup de jeunes pour une soirée musicale en semaine salle Pleyel.
Pourquoi ? Parce que comme moi quelque part ? 83 ans… Un concert dirigé par Boulez. Il ne faut pas le rater. Il n’est pas immortel. Il a déjà un certain âge. Rien que pour le bonhomme, il faut aller le voir.
Y a-t-il un autre musicien avec une si grande influence dans l’intelligentsia ?
Les compositions de Pierre Boulez sont très nombreuses. On aime ou on n’aime pas.
Une sorte de Salvador Dali de la musique.
Mais Boulez n’est pas qu’un compositeur. C’est aussi un pédagogue. C’est encore un chef d’orchestre. Un chef d’orchestre d’une très grande maîtrise.
Ce soir, donc, c’est Mozart. Sérénade n°10 « Grand Partita ».
En première partie. J’ai préféré la seconde partie :
Alban Berg. Concerto de chambre.
Au piano, Mitsuko Uchida et au violon, Christian Tetzlaff.
Mitsuko Uchida est très renommée pour ses interprétations de Mozart, Schubert mais aussi Berg, Schönberg, Webern et Boulez.
Christian Tetzlaff est célèbre pour ses interprétations des concertos pour violon de Beethoven, Brahms, Tchaïkovski, Berg, Ligeti, Shostakovich, ainsi que les Sonates et Partitas pour violon seul de Bach.
L’orchestre est l’Ensemble Intercontemporain. Il a été créé par Boulez en 1976, siège à la Cité de la Musique à la Villette depuis 1995 et est soutenu par le Ministère de la Culture et la Ville de Paris.
Pierre Boulez arrive à l’heure et ne crie pas gare quand il commence. N’attend pas le silence. Gare aux distraits.
Il est bien habillé, mais pas en smoking. Pas de cravate ni de nœud papillon. Un pull à col roulé (je crois).
Il est robuste malgré son octogénarité. Il montre un dynamisme épuisant. Un tonicité extraordinaire. Il se tient parfois à une barre, mais n’a pas de bâton. Il dirige avec ses bras. Être chef d’orchestre, c’est un métier physique. Un métier de sportif. D’endurance.
Durant tout le concert, une parfaite maîtrise de l’orchestre, une précision des notes. D’aucuns pourraient y trouver là une technicité qui se ferait au dépens de la sensibilité.
C’était sans doute plus vrai pour Mozart que pour Berg. Mais on peut être ému par la précision, justement, de l’adagio.
Le concerto de chambre pour violon, piano et treize instruments à vent d’Aban Berg est plus ‘moderne’. Il a été composé en 1924 pour le cinquantième anniversaire d’Arnold Schönberg et mis en représentation le 20 mars 1927, il y a quatre-vingt-un ans. Presque l’âge de Boulez.
Pierre Boulez en parle avec une évidente admiration : « La personnalité de Berg est fascinante à plus d’un titre. Ce qui me paraît toutefois le plus frappant est l’amalgame d’une force d’expression immédiate et d’une exceptionnelle puissance de structuration. Romantique, Berg l’est à l’excès : les sentiments qu’il communique à son auditeur sont d’envoûtement, de nostalgie, de paroxysme très souvent. Sa musique exprime son être, reflète son époque. Et cependant cette débauche de sensations est si minutieusement organisée qu’il faut un travail de détective pour apercevoir les multiples ramifications de ses intentions, disséminées à foison dans toutes les partitions ; intentions qui vont jusqu’à l’ésotérisme, certaines d’entre elles se camouflant sous des rapports numériques, se transmettant en des cryptographies difficiles à déchiffrer si l’on n’en a d’abord la clef. Tout un symbolisme formel, et même formaliste, qui semblerait en contradiction avec l’expression des sentiments qui le poussent à écrire, corrobore au contraire la profondeur de cette expression, qui lui donne une dimension inusitée, une force et un prolongement incroyablement tenaces. ».
Et Boulez de conclure : « C’est sans doute là qu’il faut trouver le secret des contradictions de Berg, et le secret de sa réussite à les résoudre : pour lui, les gestes formels, structurés, ésotériques jusque dans leur arithmétique, ces gestes sont déjà des intentions dramatiques qui réclament leur expression par la texture musicale. ».
Boulez-Berg.
Forcément un bon programme pour une soirée émouvante donc à plus d’un titre.
Salle Pleyel, à une station de métro de l’Étoile à Paris. 252 rue du faubourg Saint-Honoré. Pas loin du boulanger ‘fournisseur officiel du Président de la République’.
Un des cent quatre-vingts concerts de la saison salle Pleyel. Enregistré par France Musique.
J’arrive en avance. Forcément. Achat de billet plusieurs semaine avant. Prix élevé. Normal, Pierre Boulez. Boulez. Cela sonne comme un mythe.
Pierre Boulez, oui, le compositeur, le fameux compositeur de musique d’avant-garde. Huit jours après, il fête son 83e anniversaire. 83 ans…
Cela explique peut-être ceci : dans la foule des spectateurs, beaucoup de jeunes. Des jeunes. Moins jeunes. Mais beaucoup de jeunes pour une soirée musicale en semaine salle Pleyel.
Pourquoi ? Parce que comme moi quelque part ? 83 ans… Un concert dirigé par Boulez. Il ne faut pas le rater. Il n’est pas immortel. Il a déjà un certain âge. Rien que pour le bonhomme, il faut aller le voir.
Y a-t-il un autre musicien avec une si grande influence dans l’intelligentsia ?
Les compositions de Pierre Boulez sont très nombreuses. On aime ou on n’aime pas.
Une sorte de Salvador Dali de la musique.
Mais Boulez n’est pas qu’un compositeur. C’est aussi un pédagogue. C’est encore un chef d’orchestre. Un chef d’orchestre d’une très grande maîtrise.
Ce soir, donc, c’est Mozart. Sérénade n°10 « Grand Partita ».
En première partie. J’ai préféré la seconde partie :
Alban Berg. Concerto de chambre.
Au piano, Mitsuko Uchida et au violon, Christian Tetzlaff.
Mitsuko Uchida est très renommée pour ses interprétations de Mozart, Schubert mais aussi Berg, Schönberg, Webern et Boulez.
Christian Tetzlaff est célèbre pour ses interprétations des concertos pour violon de Beethoven, Brahms, Tchaïkovski, Berg, Ligeti, Shostakovich, ainsi que les Sonates et Partitas pour violon seul de Bach.
L’orchestre est l’Ensemble Intercontemporain. Il a été créé par Boulez en 1976, siège à la Cité de la Musique à la Villette depuis 1995 et est soutenu par le Ministère de la Culture et la Ville de Paris.
Pierre Boulez arrive à l’heure et ne crie pas gare quand il commence. N’attend pas le silence. Gare aux distraits.
Il est bien habillé, mais pas en smoking. Pas de cravate ni de nœud papillon. Un pull à col roulé (je crois).
Il est robuste malgré son octogénarité. Il montre un dynamisme épuisant. Un tonicité extraordinaire. Il se tient parfois à une barre, mais n’a pas de bâton. Il dirige avec ses bras. Être chef d’orchestre, c’est un métier physique. Un métier de sportif. D’endurance.
Durant tout le concert, une parfaite maîtrise de l’orchestre, une précision des notes. D’aucuns pourraient y trouver là une technicité qui se ferait au dépens de la sensibilité.
C’était sans doute plus vrai pour Mozart que pour Berg. Mais on peut être ému par la précision, justement, de l’adagio.
Le concerto de chambre pour violon, piano et treize instruments à vent d’Aban Berg est plus ‘moderne’. Il a été composé en 1924 pour le cinquantième anniversaire d’Arnold Schönberg et mis en représentation le 20 mars 1927, il y a quatre-vingt-un ans. Presque l’âge de Boulez.
Pierre Boulez en parle avec une évidente admiration : « La personnalité de Berg est fascinante à plus d’un titre. Ce qui me paraît toutefois le plus frappant est l’amalgame d’une force d’expression immédiate et d’une exceptionnelle puissance de structuration. Romantique, Berg l’est à l’excès : les sentiments qu’il communique à son auditeur sont d’envoûtement, de nostalgie, de paroxysme très souvent. Sa musique exprime son être, reflète son époque. Et cependant cette débauche de sensations est si minutieusement organisée qu’il faut un travail de détective pour apercevoir les multiples ramifications de ses intentions, disséminées à foison dans toutes les partitions ; intentions qui vont jusqu’à l’ésotérisme, certaines d’entre elles se camouflant sous des rapports numériques, se transmettant en des cryptographies difficiles à déchiffrer si l’on n’en a d’abord la clef. Tout un symbolisme formel, et même formaliste, qui semblerait en contradiction avec l’expression des sentiments qui le poussent à écrire, corrobore au contraire la profondeur de cette expression, qui lui donne une dimension inusitée, une force et un prolongement incroyablement tenaces. ».
Et Boulez de conclure : « C’est sans doute là qu’il faut trouver le secret des contradictions de Berg, et le secret de sa réussite à les résoudre : pour lui, les gestes formels, structurés, ésotériques jusque dans leur arithmétique, ces gestes sont déjà des intentions dramatiques qui réclament leur expression par la texture musicale. ».
Boulez-Berg.
Forcément un bon programme pour une soirée émouvante donc à plus d’un titre.
réactions : 22
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Voici les 22 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
Crimineeeeeeelle !!
31/08/08 à 12h31
la route 

construction parfaite de mon point de vue, je suis dans la toundra, chevauchant un fier étalon (hinhin), sur un air de sonate à Kreutzer 
l'enthousiasme et toute la gamme des émotions en 4 mouvements virtuoses lorsqu'ils sont joués al dente (et pas flonflon, comme j'ai déjà entendu, et là c'est gasp)
je connais pas forcément les autres

l'enthousiasme et toute la gamme des émotions en 4 mouvements virtuoses lorsqu'ils sont joués al dente (et pas flonflon, comme j'ai déjà entendu, et là c'est gasp)
je connais pas forcément les autres

chosta mériterait bien un comm' 

Danse de boules, c'est vraiment dégueu !
(hihihi)
(hihihi)
mais merci d'nous avoir fait partager ça.

25/08/08 à 22h02
MDR, même quand ils parlent de Boulez...Je ne les lis pas, je ne les lis plus et je les dégomme de ma liste d'ami...Tsss, p'tit monde, va !
Snif !
(et d'autres moins seuls, certes).
Le problème, c'est surtout que c'est cher et qu'il faut réserver à l'avance.
la dernière fois, c'était il y a... pfff, fin 2001 ou début 2002... avec une jeune personne dont j'avais fait la connaissance sur un autre site de rencontre.
(non, pas meetic !
)
(non, pas meetic !
j'essaie avec une vieille astuce :
http://www.pointscommuns.com/lire_commentaire.php?flag=L&id=50878
http://www.pointscommuns.com/lire_commentaire.php?flag=L&id=50878
J'avais juste vu qu'il avait un âge très très avancé.
Mais pourquoi n'en parlerais-tu pas toi-même ?
Mais pourquoi n'en parlerais-tu pas toi-même ?
http://www.pointscommuns.com/shostakovich-complete-string-quartets-vol-5-comm
entaire-musique-50878.html
mais ce n'était pas le sujet !
Il n'y a pas de lien, c'était un concert.
Je ne sais pas m'aventurer dans France Musique. Peut-être qu'on peut le retrouver.
Je ne sais pas m'aventurer dans France Musique. Peut-être qu'on peut le retrouver.
tiens, parle-nous donc de dutilleux et de ses 92 ans. ou, mieux encore, d'hugues cuénod -- 106 ans. 

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Jules Félix
publié le 25 août 08