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Le petit prince. hommage à mon arrière-grand-père.
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catégorie : tranche de vie
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J'écris ce souvenir avec une technique de jeu d'acteurs (technique Stanilavski) donc j'ai aucune idée du résultat littéraire. Pour toi mon Pépé adoré.

C'est l'été. Je suis dans la maison de mes arrières grands parents. J'ai douze ans et je répète constamment que maintenant je suis grande. Maman m'a dit que j'étais grande à cause de ce qui s'est passé dans mon ventre et qui fait de moi une femme. « Tu sais ma puce. Maintenant tu es grande. Tu es une petite femme mais une femme quand même... tu pourrais même avoir un bébé etc etc ». Je vous passe le topo. « Tu es grande maintenant C. » Et mon père de surenchérir en apprenant la chose. « Ma petite fille est devenue une petite femme. Tu es grande maintenant mon poussin etc... »

C'est l'été. Il fait chaud. Je suis avec mon arrière grand père et je lui chante à tue-tête et à tout bout de champs que je suis une grande maintenant, que je ne suis plus une petite fille. Je suis fière d'être grande. Je vois que cela fait sourire Pépé mais lui ne dit rien. Il se contente de sourire, préférant comme souvent le silence aux mots, comme pour nous pousser à deviner ce qu'il pense.

Je suis maintenant assise dans un lit. C'est là que se déroule le souvenir que je cherche à faire renaître. Il commence à faire nuit, l'air s'est légèrement rafraichi. Pépé m'a demandé de l'attendre. Il veut me lire un livre. Je sens encore en moi la chaleur du soleil qui a fait rougir ma peau cet après-midi. Par flashs me reviennent, les souvenirs de la ballade en mer que je viens de faire avec pépé : le vent dans mes cheveux, le soleil haut dans le ciel, le bateau qui tangue, l'odeur de la marée, le goût salé de la mer sur mes lèvres. Je vois encore pépé qui se retourne et me sourit, avec son grand chapeau de paille sur la tête. « Tu verras ce soir. Tu regretteras de ne pas avoir mis un chapeau pour protéger ta petite frimousse ma grande. Tu n'as pas chaud à cause du vent mais le vent breton est traître. Il rafraîchit mais ne protège pas de la morsure du soleil. » Pépé avait raison. Même si je suis grande, j'ai encore beaucoup à apprendre. Ma peau me brûle maintenant et je me sens idiote. En plus, à cause de ma bêtise, Mémé a grondé Pépé de ne pas m'avoir contrainte à enfiler un « couvre-chef ». Ce mot me fait éclater de rire et ma bonne humeur calme Mémé.

Je suis toujours dans ce vieux lit dans lequel ont dormi mes ancêtres. Le lit de la chambre d'amis maintenant. Mes jambes épargnées par le soleil, je les ai glissé sous les draps. Pépé arrive avec un tout petit livre qu'il tient délicatement contre son ventre. « J'ai cru comprendre que tu es grande maintenant. » me dit-il d'un ton neutre. J'ai douze ans et je lui dis avec conviction « Oui, Pépé, je suis grande maintenant.» A force de répéter cette ineptie je me suis presque convaincue de la chose. « Alors je vais te lire un livre destiné aux grandes personnes » murmure t-il avec un sourire malicieux. « Puisque tu es grande, tu dois me promettre de bien tout écouter et de ne surtout pas m'interrompre. C'est promis? »
« Promis Pépé. Je suis grande maintenant. Je ne suis plus un bébé. Je ne te couperais pas pour te poser des questions. J'essayerais de comprendre comme une grande. »

J'ai douze ans. Je suis dans un lit de la maison de vacances de ma famille. Ma peau rougie par le soleil continue de me brûler un peu. Je repose ma tête contre le bras gauche de Pépé. Je m'apprête à me laisser emporté par sa voix ensorcelante. Pépé ouvre le livre. J'aperçois un petit enfant blond sur la couverture. On dirait qu'il a été dessiné par un enfant. J'ai envie de demander à Pépé pourquoi sur ce livre de grand, il y a un dessin d'enfant, mais j'ai promis de me taire. Alors Pépé commence à lire. Comme chaque fois qu'il me lit un texte, des formes naissent tout autour de moi. Des images se créent. C'est comme si un monde imaginaire surgissait de nul part. Pépé rend vivant les livres. Je me suis toujours dit ça. C'est un vrai magicien. J'oublie tout quand il lit. J'oublie mes petits bobos, mes soucis, mes peurs. Pépé qui lit c'est comme la main d'un ami qui vous emporte avec lui pour jouer dans sa maison et avec qui vous vous amusez tellement que vous oubliez l'heure, que vous oubliez tout. Pépé me lit se livre mais cette fois je ne suis emporté qu'à moitié car je ne comprends pas pourquoi il dit que c'est un livre pour grandes personnes. Cette histoire avec son petit prince, son serpent mangeur d'éléphants et ses baobabs tueurs de planètes, c'est une histoire pour les petits, pas pour les grands! Je regarde Pépé et je sais qu'il lit dans mon coeur à livre ouvert en même temps qu'il rend vivants les mots du livre. Et puis, petit à petit, je trouve mignon ce petit prince et son histoire plutôt jolie. La voix de Pépé m'emporte définitivement au beau milieu du désert. Je suis à « mille milles de toute habitation. » Je vois le petit prince qui éclate de rire puis l'intant d'après s'enfonce dans la tristesse. Je vois devant moi sa rose qui se prépare pour être belle, puis ses petits caprices de filles. C'est si triste quand il abandonne sa rose... Je suis le petit prince dans son voyage interplanétaire qui l'amène jusqu'à la Terre dans le désert et puis le renard, et puis les roses, et puis le serpent, celui qui le pique...

Quand Pépé interrompt sa lecture, je pleure à chaudes larmes à cause du petit prince qui a disparu. Pépé me caresse les cheveux tendrement. Il ne dit rien comme si avec les mots du livre sa voix était morte, comme si les mots du livre m'avait dit tout ce qu'il avait à me dire lui. Il me regarde avec une tendresse infinie, essuyant doucement mes larmes. Je ne sais plus pourquoi je pleure. Et puis tout à coup mon coeur déborde et je le lui dis. Je lui dis que j'ai compris ce qu'il n'a pas dit. « Pépé, en vrai, je ne veux pas être grande. J'ai peur d'être une petite femme. Qu'est que c'est une petite femme d'abord? Je voudrais rester comme je suis encore quelques temps. Je voudrais rester une petite fille, ta petite fille. Pépé, pourquoi on dit qu'on veut être grand? C'est quand même bien d'être un enfant. Non? » Il me sourit... il... il pleure! C'est la première fois que je le vois pleurer ainsi. Je veux dire, en vrai, parce que Pépé est un acteur alors il peut faire mine de pleurer, mais là, il pleure en vrai. « Moi aussi, je voudrais que tu restes une enfant, mais tu vas grandir mon ange. C'est la vie. Tu sais, moi je voudrais parfois que le temps s'arrête mais la vie est ainsi faite qu'on a à peine le temps de se rendre compte qu'on est heureux que le bonheur s'envole... Je t'aime mon ange et je voudrais que tu saches que tu seras toujours dans mon coeur et que je serais toujours là pour toi, quelque part, comme le petit prince pour l'aviateur. Souviens toi de ces mots. Je serai toujours là pour toi même si un jour tu ne pourras plus me voir avec tes yeux. » Les larmes coulent sur son visage souriant. On se regarde l'un l'autre, tous les deux avec nos yeux embrumés. Il n'y a plus rien à dire.

Après quelques instants, Pépé est sorti. En revenant il m'a expliqué avec patience et passion pourquoi il aimait tant ce livre.
Peut-être qu'une autre fois je vous raconterais ce qu'il m'a dit cette nuit-là, mais aujourd'hui je n'ai plus la force d'écrire. Pépé est mort l'été dernier et même s'il est toujours là, quelque part pour moi, il me manque, il me manque tellement. Pépé, c'était malgré son âge mon petit prince à moi, le magicien de ma vie... Pépé je pense fort à toi. Pépé. Je t'aime. Je ne pourrais jamais cesser de t'aimer.

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Voici les 8 dernières réactions à ce commentaire
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Si ! un beau 5
émerveillée à 10 ans, éblouie 10 ans après, émue plus encore aujourd'hui....
c'est bien
 13/10/08 à 11h33
que le Petit Prince devait se lire au moins de fois dans sa vie : la première fois quand on est petit, et la dernière, une fois devenu "grand".

La première fois qu'on lit ce livre on ne comprend pas tout ce qui y est decrit, comme pour le collectionneur de planètes : on trouve ces agissements ou raisonnements souvent absurdes.
Une fois devenu "grand" on comprend ensuite ce qu'est l'avidité qui anime certains hommes, mais la plupart du temps, on continue à penser cela absurde,
et c'est plutôt bon signe.

Il faut savoir rester un enfant parfois, leur curiosité est désarmante et riche de promesses, il ne faudrait jamais laisser cette curiosité s'éteindre, car c'est tout un pan de notre emerveillement ou questionnement qui disparait.
Ces qualités sont pourtant il me semble fondamentale : tout remettre en question, comprendre, comprendre, plutôt que de ne plus se poser de questions.
La curiosité est , dit-on, un signe d'intelligence, n'est ce pas monica ?

Ce livre est un tresor de poesie et de philosophie, ton comm y reste très fidele en apportant beaucoup d'ingenuité et de fraicheur.
c'est de ne pas être votre Pépé.