la rencontre par affinités culturelles

  1. Rencontre des femmes et des hommes qui partagent vos passions.
  2. Créez vos listes d'oeuvres et d'artistes préférés
    parmi + de 2 millions de références.
  3. Partagez vos goûts, émotions, réactions en cinéma, musique, lecture, médias.
Je vibre
pour elle
Je l'ajoute
à mes amis
gratuit Je lui écris
Briser la glace
Je chatte
avec elle !
L'élégance des hérissons
 L'élégance des hérissons
rediger un nouveau commentaire sur L'élégance du hérisson (Broché)
catégorie : Non classé
corps du commentaire en taille petitecorps du commentaire en taille moyennecorps du commentaire en taille grandeimprimer ce commentaireenvoyer ce commentaire à un ami
D’abord, le titre. J’adore ce titre, la personnalité qu’il suggère. J’adore les hérissons, l’animal et son équivalent humain. Je réalise que j'ai toujours été séduite par des hérissons. Ils sont élégants, ça c’est bien vu. Pas bavards. Très soupçonneux. Discrets. Peureux, ils se mettent en boule et leur détente alors, quand ils se détendent, n’en est que plus délectable.

Les héroïnes de ce roman ont ceci en commun qu’elles sont deux hérissons, pourtant apparemment très différentes l’une de l’autre. Elles vivent toutes les deux dans un immeuble parisien cossu. L’une est la concierge de l’immeuble, une cinquantaine d’années, laide et revêche. L’autre est une jeune ado de 12 ans, riche, extrêmement intelligente et/donc extrêmement malheureuse.
La concierge, Renée, cache bien son jeu. Elle est en réalité une grande érudite, lit Kant, se passionne pour la musique classique, le cinéma japonais classique et les natures mortes des grands maîtres. Aucune intrusion possible de ces locataires suffisants et futiles, rassurés de voir en elle l’archétype de la concierge polulo illettrée - et « voir » est un grand mot -, dans son jardin secret de la l’Art et de la beauté.
La petite fille, Paloma, se cache. Ses parents et sa sœur sont des étrangers. Inutile qu’ils sachent à quel point elle est intelligente, il est impossible qu’elle parvienne un jour à communiquer avec eux. Elle a d’ailleurs prévu de foutre le feu à l’appartement puis de se suicider quand elle aura atteint ses 13 ans. En attendant, et pour vivre ses derniers mois de manière intelligente et constructive, elle écrit deux journaux, celui des « pensées profondes » et celui du « mouvement du monde ».
Les deux regards et narratrices se croisent. Vous aurez compris que les deux personnages finiront par se rencontrer...
Ce n’est pas le livre qui m’aura le plus marquée cette année, mais le style et les réflexions de cette jeune auteur prof de philo, Muriel Barbery, sont assez réjouissants. Elle s’est trouvé deux voix de choix, à la fois satiriques, très profondes et amusantes.

Tenez, juste cette citation. Je choisis ce passage parce que je l’ai lu à d’autres il y a quelques jours lors d’un stage sur la « rémédiation » et le « socle commun » au collège. J’embarque toujours partout le bouquin que je suis en train de lire. Coup de bol, j’avais précisément celui-ci sous la main et ce passage tombait à point à ce moment de notre discussion échevelée et je le trouve tellement juste. Jusqu’à dire que je présente ce roman surtout pour pouvoir vous livrer ce passage, ... il n’y a qu’un tout petit pas...

Paloma écrit ceci :
« ... quand, ce matin, s’ajoutant à la corvée habituelle d’un cours de littérature sans littérature et d’un cours de langue sans intelligence de la langue, j’ai éprouvé un sentiment de n’importe quoi, je n’ai pas pu me contenir. Mme Maigre faisait un point sur l’adjectif qualificatif épithète (...). « C’est pas possible de voir des élèves aussi incompétents en grammaire, a-t-elle ajouté en regardant spécialement Achille Grand-Fernet. (...) « Mais à quoi ça sert, la grammaire ? », a-t-il demandé. (...) Mme Maigre a poussé un long soupir, du genre « faut-il que je me coltine encore des questions stupides » et a répondu : « ça sert à bien parler et à bien écrire. » Alors là j’ai cru avoir une crise cardiaque. Je n’ai jamais rien entendu d’aussi inepte. Et par là, je ne veux pas dire que c’est faux, je veux dire que c’est vraiment inepte. Dire à des adolescents qui savent déjà parler et écrire que la grammaire, ça sert à ça, c’est comme dire à quelqu’un qu’il faut qu’il lise une histoire des W.-C. à travers les siècles pour bien savoir faire pipi et caca. C’est dénué de sens ! Si encore elle nous avait montré, sur des exemples, qu’on a besoin de connaître un certain nombre de choses sur la langue pour bien l’utiliser, bon, pourquoi pas, c’est un préalable. (...) Mais si Mme Maigre croit que c’est seulement à ça que sert la grammaire... On a su dire et conjuguer un verbe avant de savoir que c’en était un. (...) Moi, je crois que la grammaire, c’est une voie d’accès à la beauté. (...) Quand on fait de la grammaire, on a accès à une autre dimension de la beauté de la langue. Faire de la grammaire, c’est la décortiquer, regarder comment elle est faite, la voir toute nue, en quelque sorte. Et c’est là que c’est merveilleux, parce qu’on se dit : « Comme c’est bien fait, qu’est-ce que c’est bien fichu ! », « Comme c’est solide, ingénieux, riche subtil ! ». Moi, rien que savoir qu’il y a plusieurs natures de mots et qu’on doit les connaître pour en conclure à leurs usages et à leurs compatibilités possibles, ça me transporte. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau, par exemple, que l’idée de base de la langue, qu’il y a des noms et des verbes. Quand vous avez ça, vous avez déjà le cœur de tout énoncé. C’est magnifique, non ? Des noms, des verbes... »

J’ai abusé avec cette longue citation hein ? Disons que l’envie soudaine m’est venue de partager (à nouveau) cette réflexion que j’ai pêchée et que je trouve juste.
Disons aussi qu’il m’est totalement impossible d’écrire ici depuis quelques mois. Si ça avait été possible (pour moi), j’aurais eu envie de ne parler que de moi, du tréfonds, de mes états d’âme, de mes instincts, de mon désir, de quand je me sens vivre, de quand ça ne va plus et pourquoi.
Je comprends aussi que le neutre est intéressant et que ses possibilités sont infinies.
Et puis aussi, bonnes vacances...
réactions : 16
lectures : 449
votes : 16
Publier sur   Partager sur Wikio  Partager sur Scoopeo  Partager sur Digg  Partager sur Facebook  Partager sur Google  Partager sur Technorati  Partager sur del.icio.us  Partager sur blogmarks 
Voici les 16 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
J'avoue que je n'ai toujours pas lu ce roman... Pourtant, je l'ai offert à plusieurs personnes... à cause du titre justement ! Les échos que j'en ai eus sont contradictoires. Mais ton comm me plaît bien et je me dis qu'il faudrait que je finisse par le lire. Le passage cité a éveillé ma curiosité !
Je me dis aussi que les personnes qui suivent des stages avec toi ont beaucoup de chance si tu es amenée à leur faire la lecture à chaque fois !
Autre chose enfin, je te conseille de faire un stage sur l'apprentissage de la grammaire au collège, je te parie que tu y apprendras des tas de choses intéressantes
 21/12/06 à 07h31
Merci.
Non, écris-le ton commentaire. Je suis loin d'avoir évoqué tout l'intérêt et la poésie de ce roman.
(Et puis, une faveur : n'en parle surtout pas à qui tu sais, je t'en prie. Honte.)
 21/12/06 à 07h26
suis tout émue.
Milonga, ne confonds-tu pas hérisson et porc-épic ? J'ai failli être défigurée par un porc-épic un jour. Je vous raconte : nous étions en voiture, je regardais le paysage quand, tout à coup, je vis un porc-épic. Je priai alors mon chauffeur d'arrêter la voiture pour me permettre d'aller contempler de plus près cette créature que je voyais pour la première fois. Le chauffeur obéit et je me ruai hors de la voiture. Me sentant l'approcher, l'animal se mit d'abord en boule, me cachant son joli minois. Je m'approchai tout près. Il hérissa ses pics, ce qui me ravit. J'insistai, l'exortant à ne pas faire le timide et à me montrer sa frimousse. Je tournais autour de lui, il tournait de concert, pics toujours hérissés. Un peu déçue, j'abandonnai au bout de quelques minutes. De retour à la voiture, j'appris qu'il était moins une avant que mon nouvel ami ne m'envoie ses pics en pleine tronche.
Oui, j'avais juste l'intention d'en faire mon devoir de vacances... Mais tu t'en sors si bien que je cède bien volontiers. Et puis, c'est pas plus mal si la barre est haute désormais. Bonnes vacances à toi (et écoute Nérée, remets ta photo)
mais qd on s'en approche un peu trop svt ils piquent et nous obligent à lreconsider notre distance
c'est magnifique oui surtout quand on ne les connait pas toutes et l'hérisson est un animal attachant et pas neutre du tout. Comme les girafes d'ailleurs.
Bonnes vacances miss L.
les mots sont magiques
 20/12/06 à 22h23
bonnes vacances à toi
 20/12/06 à 22h18

...animal littéraire par excellence.

Personne ne sait pourquoi néanmoins
 20/12/06 à 22h12
Remets ta photo, s'te plaît. Parce que bon sans elle on te reconnaît pas dans la liste des comms. Du coup j'ai failli passer à côté de ton texte.

J'adore te lire. Et j'adore ton comm, sensible et plein d'intelligence.

Surtout, finir sur l'idée de neutralité, c'est hyper bien vu, tout à fait dans le prolongement du passage que tu cites je trouve. L'intérêt pour le neutre, c'est aussi celui de cette petite fille pour la grammaire (car quoi de plus neutre et de froid que la grammaire ?).
Dès demain je le lis, que dire de plus.
 20/12/06 à 19h35
Notre "grammaire" interne permet également de comprendre la portée profon de de nos actes et d'une certaine façon de leur conférer une réelle valeur supplémentaire.
Quant aux hérissons, ça me fait penser à la métaphore du Hérisson cité par M.Onfray: "les hommes sont entre eux comme les hérissions quand ils ont froid. Ils se rapprochent et se piquent. Ils se piquent et donc s'éloignent. En s'éloignant, ils ont froid. Donc ils se rapprochent."

5 4 U