Depuis longtemps, j'attends. J'attends de pouvoir vous écrire quelque chose de simple, quelque chose qui ne soit pas écrit. Tranché, à l'os, direct. J'ai connu Leonard Cohen par mon père. D'aussi loin qu'il m'en revienne dans mon esprit tourmenté, Leonard Cohen fut le jalon d'une vie sans vie. Ils furent quelques-uns ainsi tenir ma main tremblant de petit enfant chétif et abandonné au gré des flots. A trente-sept ans aujourd'hui encore, je suis cet être sans âge qui cherche. Sans doute est-ce la raison de ces prières constantes à des maîtres poètes, qu'ils soient français ou anglo-saxons.
Leonard avait quitté mon âme, il y est revenu un été, autour d'une piscine, en 2002. Nous étions quelques-uns, nus et beaux. Baignés de soleil et d'embruns, nous posions aux artistes. Un ami jouait de la guitare. Puis il a entamé The Partisan. Ce fut un coup. Je replongeai. Six ans ont passé, six années de deuils, de tristesse, de souffrance absolue et radicale, de violence intérieure, de chaos interne, de sensibilité, d'exacerbation des sentiments, d'étrange rapport avec la mort, d'hyper-vigilance, de réveils hurlés au milieu des nuits parisiennes en bord de Seine, où les mouettes viennent au balcon exprimer à hauts cris leur contentement de vivre.
Il est revenu, doucement, marchant en chat, chantant d'une voix douce pour ne pas m'effrayer. Il est revenu éveiller mon corps endormi. Il est revenu m'offrir les cailloux qui sèment ses chansons. Par ses amours multiples, ses ires et ses plages, son âge et sa voix, il m'a donné un peu de force. Quand j'avais besoin de pleurer les larmes de mon corps, je mettais Chelsea Hotel, parce que c'est la plus belle évocation d'un amour perdu et vivant. Quand j'avais besoin de pleurer encore, je lançais Hallelujah. Quand j'ai besoin de partir de moi, c'est The Waltz.
Etait-ce en 1992 que Jean-Luc Hees s'en fut rencontrer Leonard Cohen à Los Angeles ? Toujours est-il que je n'ai entendu cette interview dans Synergie qu'une fois et je me souviens de chaque mot, de chaque intonation, de tous les sujets, de toutes les questions. A chaque fois, il arrive dans ma vie de la même manière, jamais lorsque je le veux. Personne ne pourra dire que je suis un fanatique. Il s'impose, soudain, comme Dieu vient à vous lorsqu'Il le décide et non vous.
Jamais sans doute ne pourrais-je parler de lui au jour le jour. Il est comme cette femme que l'on a connu adolescent et que l'on retrouve dans un lit à partager de la magie des corps, à se raconter ce que chacun est devenu, sans que jamais l'un ne s'impose à l'autre. Sans doute est-ce de l'amour. Un amour doux et semblant discontinu.
Sans culture, sans bagages affectifs, il est de ces gens qui m'apportent au long des jours qui passent ces compléments nutritifs dont le cerveau a tant besoin pour ne pas se sentir sec. Pas de dévotion, pas d'hystérie ; juste des larmes de malheur ou de bonheur. Un autre père, peut-être autant en souffrance que le premier, mais loin donc plus facile. J'aime cet homme, je voudrais qu'il me serre dans ses bras pour que je puisse m'écrouler et enfin lâcher prise. Je sais que c'est impossible. Alors j'écris. J'écris pour soulager ma conscience de pêcheur impénitent, brave et gentil, mais assailli par tant de fantômes.
Leonard avait quitté mon âme, il y est revenu un été, autour d'une piscine, en 2002. Nous étions quelques-uns, nus et beaux. Baignés de soleil et d'embruns, nous posions aux artistes. Un ami jouait de la guitare. Puis il a entamé The Partisan. Ce fut un coup. Je replongeai. Six ans ont passé, six années de deuils, de tristesse, de souffrance absolue et radicale, de violence intérieure, de chaos interne, de sensibilité, d'exacerbation des sentiments, d'étrange rapport avec la mort, d'hyper-vigilance, de réveils hurlés au milieu des nuits parisiennes en bord de Seine, où les mouettes viennent au balcon exprimer à hauts cris leur contentement de vivre.
Il est revenu, doucement, marchant en chat, chantant d'une voix douce pour ne pas m'effrayer. Il est revenu éveiller mon corps endormi. Il est revenu m'offrir les cailloux qui sèment ses chansons. Par ses amours multiples, ses ires et ses plages, son âge et sa voix, il m'a donné un peu de force. Quand j'avais besoin de pleurer les larmes de mon corps, je mettais Chelsea Hotel, parce que c'est la plus belle évocation d'un amour perdu et vivant. Quand j'avais besoin de pleurer encore, je lançais Hallelujah. Quand j'ai besoin de partir de moi, c'est The Waltz.
Etait-ce en 1992 que Jean-Luc Hees s'en fut rencontrer Leonard Cohen à Los Angeles ? Toujours est-il que je n'ai entendu cette interview dans Synergie qu'une fois et je me souviens de chaque mot, de chaque intonation, de tous les sujets, de toutes les questions. A chaque fois, il arrive dans ma vie de la même manière, jamais lorsque je le veux. Personne ne pourra dire que je suis un fanatique. Il s'impose, soudain, comme Dieu vient à vous lorsqu'Il le décide et non vous.
Jamais sans doute ne pourrais-je parler de lui au jour le jour. Il est comme cette femme que l'on a connu adolescent et que l'on retrouve dans un lit à partager de la magie des corps, à se raconter ce que chacun est devenu, sans que jamais l'un ne s'impose à l'autre. Sans doute est-ce de l'amour. Un amour doux et semblant discontinu.
Sans culture, sans bagages affectifs, il est de ces gens qui m'apportent au long des jours qui passent ces compléments nutritifs dont le cerveau a tant besoin pour ne pas se sentir sec. Pas de dévotion, pas d'hystérie ; juste des larmes de malheur ou de bonheur. Un autre père, peut-être autant en souffrance que le premier, mais loin donc plus facile. J'aime cet homme, je voudrais qu'il me serre dans ses bras pour que je puisse m'écrouler et enfin lâcher prise. Je sais que c'est impossible. Alors j'écris. J'écris pour soulager ma conscience de pêcheur impénitent, brave et gentil, mais assailli par tant de fantômes.
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Bel exemple de simplicité qui va droit au coeur du sujet... et des lecteurs. 
Guitare lourde, affective, attentionnée, voix sans pareille. J'aimerais trouver les mêmes mots pour Manset que j'adore aussi. Mais les nœuds de Cohen sont aussi les miens. J'ai moins de difficulté. Tout être vivant tend au moindre effort, je ne fais pas exception à la règle.
Pour ma part, la version du partisan que j'aime le plus est celle de Noir Désir. La violence de Cantat, même si, Dieu m'entende, je ne porterai jamais main sur femme, me parle infiniment. Tout le tremblement du monde est dans sa voix quand il entonne ce chant de l'espérance face au nazisme;
Pour ma part, la version du partisan que j'aime le plus est celle de Noir Désir. La violence de Cantat, même si, Dieu m'entende, je ne porterai jamais main sur femme, me parle infiniment. Tout le tremblement du monde est dans sa voix quand il entonne ce chant de l'espérance face au nazisme;
voilà un com nourrissant...

parmi les versions de « the partisan », j'affectionne celle de 16 horsepower. et pour hallelujah, celle de jeff buckley a longtemps bercé mes jours et mes nuits.
parmi les versions de « the partisan », j'affectionne celle de 16 horsepower. et pour hallelujah, celle de jeff buckley a longtemps bercé mes jours et mes nuits.
qu'il est beau avec son chapeau mou. Lui qui se dit laid (Chelsea Hotel), moi, je le trouve beau.
J'aime bien ce texte: c'est vrai qu'il nous revient comme une vieille connaissance intime.
J'aime bien ce texte: c'est vrai qu'il nous revient comme une vieille connaissance intime.
Mince,je ne savais pas qu'on était référencé quand on écrivait ici. De toute manière, c'est tout moi, je ne mesure jamais les conséquences de ce qui sort de moi. Inadapté au monde, ou le monde est-il simplement trop dur pour tout ce monde, parce que je n'en suis après tout qu'une molécule...
peut être est ce la poésie, en tout cas oui, Léonard Cohen est bouleversant .
Je crois qu'il donne un concert en France ces jours ci retransmis à la TV , guette!
En tout cas belle écriture simple et sensible .
Je crois qu'il donne un concert en France ces jours ci retransmis à la TV , guette!
En tout cas belle écriture simple et sensible .
Ce sera la mienne car j'aime ce parcours de délivrance de vos peurs que vous dessinez dans et grâce à l'écriture. Continuez à écrire. L'écriture bénit les hommes.


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Ecriture
publié le 12 juillet 08