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Le chant
 Le chant
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catégorie : création littéraire
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Adeline était de toute beauté.

Dans la rangée parfaite, au premier rang de la chorale, vêtues de leur jupe noire et du corsage blanc portant un écusson aux armes de la ville, les jeunes filles chantaient de leur voix aigues aux quelles répondaient celles beaucoup plus graves des garçons du deuxième rang, qui se tenaient bien droits derrière, chacun dans l’intervalle laissée entre les filles.

Au centre de la rangée, un pas en avant Adeline chantait lorsque venait son tour de faire monter dans les voûtes de la vieille église les notes cristallines qui rendaient hommage au divin enfant.

Elle s’efforçait de ne pas regarder les gens venus écouter les chœurs, ils avaient tous mis leurs plus beaux habits et se recueillaient en ayant des frissons d’entendre la musique de l’orgue qui accompagnait le chant poussé par les poitrines des enfants de la paroisse.

Elle ne pouvait s’empêcher , lors des pauses, alors qu’éclatait le refrain entonné par ses petits amis, de regarder tout au fond, près du grand candélabre où brillaient des dizaines de bougies, l’homme qui se tenait debout , observant la scène avec une immobilité de pierre.

A son tour de chanter, elle fermait les yeux à moitié et la silhouette de l’homme devenait évanescente et tremblante, elle gardait cette image dans un coin de sa pensée et ne cherchait plus qu’à poser sa voix à l’endroit exact de la portée, ce qu’elle s’était exercée, maintes et maintes fois, de faire lors des répétitions.

Aujourd’hui elle savait que c’était la dernière fois qu’elle pourrait chanter ici.

A la fin du concert, alors que les enfants sortaient sur le coté de l’église après s’être rafraîchis dans la sacristie, Adeline aperçut l’homme du fond et se dirigea vers lui :

« Je suis prête maintenant »

« Alors on y va »

L’homme était chargé par le gouvernement de son pays de recruter des jeunes filles et des jeunes gens dans toutes les régions du pays, chacun devant être capable de maîtriser une discipline artistique, avec une représentant masculin et féminin pour chaque Art. Les enfants devaient être conduits dans un lieu secret, une sorte de village écarté de toute civilisation, ils devaient simplement vivre ensemble pendant plusieurs mois. L’expérience consistait à savoir si des hommes et des femmes ayant développé une qualité artistique de base, loin des agitations de la société, pourraient faire évoluer en peu de temps leur savoir pour donner une direction différente propre à faire naître une forme d’Art plus proche de l’essence même de la condition humaine.

Après un long voyage, Adeline arriva dans le camp de base qui avait été préparé pour accueillir les jeunes.

Ils étaient tous intimidés, mais rapidement ils se présentèrent les uns et les autres.

Il y avait Jean et Sylvie les dessinateurs, Pierre et Marie les peintres, Jules et Suzanne les sculpteurs, Gilles et Anémone les poètes et enfin Adeline et Gilbert les chanteurs.

Les musiciens avaient été écartés car on ne voulait faire référence, pour la musique, qu’à la voix.

Ils s’installèrent tous dans leurs chambres situées dans un bâtiment assez simple comprenant toutes les commodités. Les repas leur étaient apportés chaque jour dans une autre bâtisse, qui servait de réfectoire. Ils ne virent jamais personne mais constatèrent à chaque fois que, régulièrement, les plats étaient là. Ils devaient quand même faire la vaisselle et chacun eut à cœur de remplir cette tâche.

Ils passaient leurs journées en jouant, discutant.

Au fur et à mesure que le temps passait, des groupes avec des affinités se formaient.

Ainsi Adeline trouvait que Gilles écrivait bien et elle aimait bien aussi Marie.

Un jour elle alla les trouver et leur dit :

« Est-ce que nous ne pourrions pas essayer de créer un chant ? »

« Oui » répondit Gilles, « un chant si beau que les oiseaux du ciel viendraient nous écouter »

Marie ne voulait pas rester en reste et rajouta « Je pourrais les peindre dans une toile unique avec des milliers de couleurs, comme leurs plumes »

Gilles assura que le projet lui plaisait mais dit à Adeline qu’il ne savait pas écrire sur la musique et qu’il n’arrivait à sortir de lui que la musique des mots, mais que par ailleurs il lui fallait qu’il soit dans un état d’esprit particulier pour arriver à le faire.

Adeline lui demanda si la musique pouvait le mettre dans cet état là. Il répondit que oui.

Alors Adeline lui proposa de chanter pour lui cette nuit sous la pleine lune et il accepta avec enthousiasme.

A la nuit tombée, alors que les autres enfants dormaient, ils se retrouvèrent dans un coin du village sur un petit promontoire qui permettait de jour de voir la vallée verdoyante qui flanquait la colline ou le village était installé.

Adeline avait mis une simple robe droite de teinte claire et des sandalettes, elle avait défait ses nattes et lissé ses cheveux.

Gilles s’assit sur l’herbe, les jambes allongées et les bras en appuis arrière et il regarda Adeline.

Cette dernière était montée sur un rocher et sa silhouette se dessinait dans le ciel alors que la lune pleine montait derrière elle l’entourant d’un halo merveilleux.

Elle serra ses poings quelques secondes en fermant les yeux et en baissant la tête, puis elle prit une profonde respiration et relâcha tout son corps.

De sa gorge sortit la plus belle mélodie qu’un homme n’ait jamais entendu de sa vie, elle n’avait pas de mots pour l’accompagner, juste des accords et des liaisons magnifiques qui jaillissaient dans la nuit.

Gilles fut tout de suite sous le charme de la beauté et de la voix d’Adeline.

Elle chanta plusieurs minutes, en faisant renaître de temps en temps, un refrain qui venait souligner la pose entre plusieurs moments.

Lorsqu’elle arrêta, les yeux de Gilles étaient baignés de larmes. Adeline voulut venir vers lui, il lui fit signe qu’il voulait être seul. Elle respecta sa demande et partit rejoindre ses amis endormis.

Le lendemain matin, tout le monde se réveillait en riant et en faisant les fous, Adeline se précipita dehors, pas de Gilles ; elle chercha partout dans sa chambre, dans les alentours et même sur le promontoire. Gilles avait disparu.

Adeline fut attristée et pleura longuement. Elle n’eut plus le goût à participer aux expériences et se retira souvent seule dans sa chambre à essayer de comprendre ce qui la mettait dans cet état.

Elle allait de plus en plus mal au point qu’un jour, l’homme se représenta dans le village et vint la chercher par la main, il lui dit qu’il la ramenait chez elle. Elle le suivit sans un mot.

Elle fut bien contente de retrouver ses parents, sa maison, ses affaires et ses jouets.

Sa mère lui dit « Adeline il y a une lettre pour toi qui est arrivée pendant ton absence, je ne l’ai pas ouverte »

Le cœur de Adeline fit un bond dans sa poitrine, elle prit la lettre et sortit dans le jardin, puis alla s’asseoir au pied d’un grand chêne. Elle décacheta la lettre et se mit à lire.

Sous la lune pleine, dans la lumière
Quand mon cœur s’envole au vent
Je chante pour que ma vie entière
Voit arriver mon prince charmant

Sous la lune pleine, dans la fraîcheur
Quand mon âme s’enfuit au loin
Je tremble en retenant mes pleurs
Qu’il n’ait pas besoin de mes soins

Sous la lune pleine, je suis un chant
Qui dévale les monts et les vallées
Pour rejoindre mes rêves d’enfant
Ceux dans lesquels j’étais aimée

Adeline serra contre sa poitrine le poème qu’il lui avait écrit, elle se leva et se précipita chez le responsable de la chorale. Elle lui dit qu’elle avait une magnifique chanson et qu’elle désirait absolument la chanter le samedi suivant dans l’église après le requiem. Il fut surpris mais il lui demanda de la chanter. Quand il entendit le chant si beau, il accepta et ils se mirent au travail pour en faire une œuvre complète.

Le samedi suivant, Adeline était de toute beauté.

Dans la rangée parfaite, au premier rang de la chorale, vêtues de leur jupe noires et du corsage blanc portant un écusson aux armes de la ville, les jeunes filles chantaient de leur voix aigues aux quelles répondaient celles beaucoup plus graves des garçons du deuxième rang, qui se tenaient bien droits derrière, chacun dans l’intervalle laissée entre les filles.

Au centre de la rangée, un pas en avant Adeline chantait lorsque venait son tour de faire monter dans les voûtes de la vieille église les notes cristallines qui rendaient hommage à l’amour qu’elle attendait.

Elle s’efforçait de ne pas regarder les gens venus écouter les chœurs, ils avaient tous mis leurs plus beaux habits et se recueillaient en ayant des frissons d’entendre la musique de l’orgue sur laquelle le chant poussé par les poitrines des enfants de la paroisse.

Elle ne pouvait s’empêcher , lors des pauses, alors qu’éclatait le refrain entonné par ses petits amis, de regarder tout au fond, près du grand candélabre où brillaient des dizaines de bougies, Gilles qui se tenait debout , observant la scène avec une immobilité de pierre.

Les larmes coulaient sur son visage mais Adeline était envahie de bonheur.
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Voici les 15 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 02/07/08 à 21h31
Langueurs_estivales
Oui c'est un conte, un de ceux que j'aime écrire...Qui fait la part belle aux sentiments sans les faire naitre de la violence mais des restes de l'enfance...

Mais j'ai eu l'idée de ce conte en entendant chanter une amie très "chère", c'est la part de vécu que tu imagines... Bon elle n'était plus ado, mais en la regardant chanter , je l'ai crue redevenue telle....
que j'ai eu plaisir à lire jusqu'au bout ... une aventure "imaginaire" destinée à nous distraire ou une aventure étonnante du vécu ? racontée avec talent .. bonne journée !
 01/07/08 à 09h23
Langueurs_estivales
Plus romantique que toi y a pas .....
 01/07/08 à 09h22
Langueurs_estivales
Elle va nous chanter sa chanson....D'abord les femmes sont faites pour ça ! Même les sirènes ...
 01/07/08 à 09h21
Langueurs_estivales
Bien sûr que cette histoire est vraie mais autrement.....
 01/07/08 à 08h30
douce86
Une belle histoire d'Amour...
 01/07/08 à 08h29
douce86
L'homme qui fait sortir de soi....
 30/06/08 à 23h55
albatrose
mais ce soir je suis fainéante alors j'ai lu rapidos
et qui finissent bien...

La preuve Grenadine est venue voir en sandalette...

Juste une histoire simple mais impossible à arriver....
 30/06/08 à 23h38
mais cela se termine plutôt bien ouf ! Et je comprends pourquoi tu aimes les sandalettes

ta voisine de comm
 30/06/08 à 23h31
albatrose
m'a remis en mémoire le "recrutement"des castrats à la voix incomparable
http://fr.youtube.com/watch?v=NWMOmBohlTE