Giovanni donc ...
Avec un prénom pareil, vous vous doutez bien que l'on change de coin.
Le padre, c'est Pellegrino... un petit sec comme le Sud en produit à la pelle. Toujours droit comme un I, un couteau dans la poche pour transformer n'importe quel bout de bois bâtard en sculpture délicate.
Il parle peu, le Pellegrino, mais dans ses yeux noirs, on peut toujours y lire un sourire teinté d'ironie. Et puis, dès que l'accordéon joue ses premières notes, il fait valser toutes les femmes de Fanano.
De lui, pareil, peu de choses sur son passé car c'est pas franchement la gloriole selon lui. Avec son français mâtiné d'accent des montagnes émiliennes, il raconte juste que son grand-père aux longs cheveux blancs et anneau dans l'oreille lui jouait de la guitare, enfant. J'ose croire que James Hetfield n'est pas mon arrière- arrière grand-père.
La guerre ? Pellegrino se fait résistant mais là pareil , sans de titre de gloire.
Fanano , un village de résistants? C'est juste parce que les avions de l'ennemi s'écrasaient sur la montagne en face.
La déportation ? Il s'est rendu compte seulement au bout de deux jours que les geôliers avaient déserté le camp , alors cette fuite, hein.
L'huile de ricin? On passe...
La madre, c'est Olga.
Autre honte familiale.
La mère d'Olga est allemande mais ça, c'est " zitto "
Olga vit à Rome pour faire des ménages chez les riches. Mussolini et ses troupes, elle les croise tous les jours alors résister... On courbe le dos plutôt.
N'empêche, c'est une dure à cuire, une emmerdeuse dirons-nous aujourd'hui.
Mariage des deux. Vie pauvre de métayers. Deux vaches pour toute richesse. L'hiver , comme les autres habitant de Fanano, Pellegrino casse des cailloux qui servent ensuite à construire des tunnels.
Petit bonheur : naissances de Giovanni et d' Enzo.
Giovanni.
Ca commence mal pour lui. A deux ans, le bambino contracte la polio, cette maladie de salauds de pauvres.
N'empêche, à 5 ans, à ce début des années 60 , la vie prend une autre tournure.
Un jour d'été, une grosse traction noire débarque au village. C'est le Zio, l'oncle qui a fait fortune dans le nord de la France.
Pellegrino est convaincu, il file à Usinor .Deux ans plus tard, Olga et ses deux fils le rejoignent.
Le choc.
Aux montagnes de l'Apennin succèdent les cheminées de fumée noire de Denain.
A la fermette , des baraquements où toute la communauté italienne s'entasse alors, ambiance garantie.
Après une hospitalisation de plus d'un an, Giovanni découvre les joies de l'école. Privée bien sûr car la publique ne veut pas entendre parler de ces gosses d'immigrés.
Moqueries et bastons quotidiennes. Giovanni, qui se fait appeler désormais Jean par souci d'intégration, ne porte pas la blouse grise mais un tablier noir , col Claudine blanc, en parfait petit macaroni. En plus, il boite et parle sa drôle de langue.
Olga doit le récupérer régulièrement à la gare car l'enfant ne souhaite qu'une chose, rentrer.
Heureusement que dans les baraquements, ça chante tout le temps et qu'il y a toujours une voisine pour lui donner une tartine quand il a faim.
Les Frères finissent par le dompter et lui inculquer le français (et un peu de chti aussi).
L'Eglise italienne du coin réussit à trouver à la famille un logement salubre.
Ah la France, terre d'accueil ! "Tu sais, ma fille, De Gaulle , il est venu rendre visite aux Chtis une fois . Ben nous, on a pas pu le voir parce que ce jour-là, tous les Pas français , eh ben on a eu droit à une journée offerte en prison" Tiens, le même humour que Pellegrino...
Son handicap finalement lui sera salvateur. En effet, Enzo doit vite aller travailler chez Usinor, mais Olga ne veut pas que son grand, avec " sa patte folle " comme il l'appelle, aille travailler comme un chien.
A lui, les études, même l'Université jusqu'à la licence.
1972, tiens Martine ...
Avec un prénom pareil, vous vous doutez bien que l'on change de coin.
Le padre, c'est Pellegrino... un petit sec comme le Sud en produit à la pelle. Toujours droit comme un I, un couteau dans la poche pour transformer n'importe quel bout de bois bâtard en sculpture délicate.
Il parle peu, le Pellegrino, mais dans ses yeux noirs, on peut toujours y lire un sourire teinté d'ironie. Et puis, dès que l'accordéon joue ses premières notes, il fait valser toutes les femmes de Fanano.
De lui, pareil, peu de choses sur son passé car c'est pas franchement la gloriole selon lui. Avec son français mâtiné d'accent des montagnes émiliennes, il raconte juste que son grand-père aux longs cheveux blancs et anneau dans l'oreille lui jouait de la guitare, enfant. J'ose croire que James Hetfield n'est pas mon arrière- arrière grand-père.
La guerre ? Pellegrino se fait résistant mais là pareil , sans de titre de gloire.
Fanano , un village de résistants? C'est juste parce que les avions de l'ennemi s'écrasaient sur la montagne en face.
La déportation ? Il s'est rendu compte seulement au bout de deux jours que les geôliers avaient déserté le camp , alors cette fuite, hein.
L'huile de ricin? On passe...
La madre, c'est Olga.
Autre honte familiale.
La mère d'Olga est allemande mais ça, c'est " zitto "
Olga vit à Rome pour faire des ménages chez les riches. Mussolini et ses troupes, elle les croise tous les jours alors résister... On courbe le dos plutôt.
N'empêche, c'est une dure à cuire, une emmerdeuse dirons-nous aujourd'hui.
Mariage des deux. Vie pauvre de métayers. Deux vaches pour toute richesse. L'hiver , comme les autres habitant de Fanano, Pellegrino casse des cailloux qui servent ensuite à construire des tunnels.
Petit bonheur : naissances de Giovanni et d' Enzo.
Giovanni.
Ca commence mal pour lui. A deux ans, le bambino contracte la polio, cette maladie de salauds de pauvres.
N'empêche, à 5 ans, à ce début des années 60 , la vie prend une autre tournure.
Un jour d'été, une grosse traction noire débarque au village. C'est le Zio, l'oncle qui a fait fortune dans le nord de la France.
Pellegrino est convaincu, il file à Usinor .Deux ans plus tard, Olga et ses deux fils le rejoignent.
Le choc.
Aux montagnes de l'Apennin succèdent les cheminées de fumée noire de Denain.
A la fermette , des baraquements où toute la communauté italienne s'entasse alors, ambiance garantie.
Après une hospitalisation de plus d'un an, Giovanni découvre les joies de l'école. Privée bien sûr car la publique ne veut pas entendre parler de ces gosses d'immigrés.
Moqueries et bastons quotidiennes. Giovanni, qui se fait appeler désormais Jean par souci d'intégration, ne porte pas la blouse grise mais un tablier noir , col Claudine blanc, en parfait petit macaroni. En plus, il boite et parle sa drôle de langue.
Olga doit le récupérer régulièrement à la gare car l'enfant ne souhaite qu'une chose, rentrer.
Heureusement que dans les baraquements, ça chante tout le temps et qu'il y a toujours une voisine pour lui donner une tartine quand il a faim.
Les Frères finissent par le dompter et lui inculquer le français (et un peu de chti aussi).
L'Eglise italienne du coin réussit à trouver à la famille un logement salubre.
Ah la France, terre d'accueil ! "Tu sais, ma fille, De Gaulle , il est venu rendre visite aux Chtis une fois . Ben nous, on a pas pu le voir parce que ce jour-là, tous les Pas français , eh ben on a eu droit à une journée offerte en prison" Tiens, le même humour que Pellegrino...
Son handicap finalement lui sera salvateur. En effet, Enzo doit vite aller travailler chez Usinor, mais Olga ne veut pas que son grand, avec " sa patte folle " comme il l'appelle, aille travailler comme un chien.
A lui, les études, même l'Université jusqu'à la licence.
1972, tiens Martine ...
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Voici les 37 dernières réactions à ce commentaire
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en même temps ce texte se présente dans la catégorie " tranche de vie " et non comme " critique de l'oeuvre "
Mais je reste persuadé que PCC organise trés mal ses commentaires (même si je me suis fait allumer sur le forum quand je l'ai dit).
Cela n'empêche en rien vos textes d'être intéressants et bien écrits...
Cela n'empêche en rien vos textes d'être intéressants et bien écrits...
13 notes à 5, lourd à porter
Merci Raoul -e
Merci Raoul -e
Là je parle de ma "famiglia" .... j'ai choisi les Ritals car Cavanna parle aussi de son père et que mon Gio à moi, ce bouquin, ça l'a aussi fait pleurer.
Je ne vois pas qui est ce Giovanni, ni d'où sortent les évènements dont vous parlez?
Ils ne s'agit pas des ancêtres Cavanna, puisque le père Cavanna est arrivé en France avant la montée du fascisme....
Le livre est étonnement évocateur et émouvant, la construction aussi anarchique que les souvenirs de chacun et le langage parlé lui donnent une efficacité redoutable....
La scène avec l'ouvrier algérien m'a fait pleurer complètement.
Ils ne s'agit pas des ancêtres Cavanna, puisque le père Cavanna est arrivé en France avant la montée du fascisme....
Le livre est étonnement évocateur et émouvant, la construction aussi anarchique que les souvenirs de chacun et le langage parlé lui donnent une efficacité redoutable....
La scène avec l'ouvrier algérien m'a fait pleurer complètement.
alors clap clap clap clap..jappladui...bravoooooooo
bis repetita 
Il est tard, c'est un signe

Il est tard, c'est un signe
Viendront ensuite les Russkoffs et bien d'autres .
Un bouquin magnifique au demeurant .
Un bouquin magnifique au demeurant .
Question bête, mais désolé je ne connais pas l'oeuvre dont vous parlez: cela a un rapport avec le premier tome de l'autobiographie de Cavanna (excellente au demeurant)?
y reste un strapontin, t'as de la chance

-no comment-
j'attends la suite


j'en rougis là
relis les réac sous celui-ci et l'autre !
cette parole n'engage que toi, Loopy
on est nombreux à attendre la suite. C'est ta faute, ça !

je trouve ça déjà interminable moi pourtant 

" classe " ?
Si vous voyiez ce que c'est devenu maintenant!
USINOR, y'a plus: des milliers d'emplois supprimés en 1983(6500) Les hangars des fonderies qui jouxtaient le centre ville, disparus...
Une bonne nouvelle toutefois le tram Valenciennes-Denain est remis en service depuis deux ans.
ce n'est que le début de la saga ! Patience…

*****
c'est parti tout seul, pas pu me retenir, c'est trop bon

allez, je sors prendre l'air
Dis donc Loo, va faire tes cochonneries ailleurs
Dis donc Loo, va faire tes cochonneries ailleurs

pardon, ça m'a échappé



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broken_flowers
publié le 14 mai 08