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Anthony king
 Anthony king
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Faire partager une œuvre à quelqu’un qu’on aime peut parfois revenir à pratiquer le saut de l’ange dans une piscine sans eau…Ça pique un peu, après.

Lorsque ce film est sorti, au début des années 90, je l’ai vu deux fois en quelques jours. Une première fois seul ; la seconde avec ma compagne de l’époque, à laquelle j’avais lourdement vanté les mérites de ce que j’avais considéré comme une pure splendeur. A la sortie de la seconde séance, la belle (enfin de mon point de vue, en tout cas…), me servit l’un de ses regards savamment hautains avant de me lâcher quelque chose comme : « On n’est vraiment pas foutus pareils, toi et moi… ». Cette sentence appelle deux commentaires :

1. J’aurais dû, sur le moment, prendre le temps d’analyser la pertinence de sa remarque. Ça m’aurait peut-être évité de me faire découper la couenne à la scie sauteuse quelques années plus tard… Mais bon, ça c’est une autre histoire…

2. Le ressort émotionnel des « Vestiges du jour » n’est pas forcément universel. C’est un peu l’antithèse des « Nuits fauves » ou de « Sailor & Lula ». Ceux qui croient dur comme fer à l’amour fusionnel qui déplace les montagnes, à la passion qui peut consumer les êtres et inverser le cours du Gulf Stream, ou plus simplement à la force des « évidences » affectives, ceux-là ont toutes les chances de demeurer pour le moins perplexes devant l’objet. Bref, « Les Vestiges du jour », c’est un peu l’amour au rayon surgelés, la mise sous corset du palpitant et le refus obstiné de quitter le quai pour prendre le train…

Prenons donc Anthony Hopkins, « Stevens », majordome de son état et de père en fils. Deux traits caractérisent plus que tout autre le bonhomme. Le dévouement, tout d’abord, à son métier comme à son maître. Rien, absolument rien, pas même les pires tragédies, ne l’en ferait dévier. Mais, plus importante encore est l’interdiction absolue qu’il s’impose d’exprimer le moindre de ses sentiments, qu’il s’agisse de colère, de peine ou, bien entendu, d’amour. Il s’interdit de vivre, en définitive.
Face à lui déboule un beau jour Emma Thompson, « Miss Kenton », dans le rôle de la gouvernante. Entre eux deux va se développer une relation aussi profonde et complice qu’irrémédiablement platonique et fermée à double tour. Jusqu’au jour où Miss Kenton décide, elle, de vivre pour de bon, ailleurs… Deux décennies plus tard, Stevens, dans un dernier sursaut, tente de courir après le temps…

Vous l’aurez compris, ce n’est pas du De Funès, encore moins du Zulawski…
C’est personnel, mais, pour moi, c’est la plus impressionnante composition d’Hopkins. Vous travailler les tripes avec un personnage qui, précisément, ne laisse rien filtrer de ses émotions, ce n’est pas donné à tout le monde. Emma Thompson, est, comme d’hab’, d’une justesse imparable (OK, j’avoue, j’ai un petit faible…). Et la kyrielle de seconds rôles est à l’avenant, de Christopher Reeve à Hugh Grant, de Michael Lonsdale à James Fox, l’aristocrate que le volontarisme naïf et le refus d’admettre que l’humanité n’est pas uniquement constituée de gentlemen conduiront au désastre.

Je pourrais aussi parler de la dimension sociale du film ou du thème de la filiation (les scènes impliquant Hopkins et son père sont parmi les plus bouleversantes), mais il se trouve que j’ai un week-end à préparer, accessoirement...
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Voici les 11 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
 17/08/06 à 15h21
j ai moi meme était trés touché par ce film bien que je ne voye pas forcement les relations amoureuses sous cette angle trés "retenu"
dommage que ton ex n est pas compris le film c est tout le probléme quand tu vis en couple tu voudrais tout partagé avec l etre que tu aime mais ce n est pas possible car chacun a des visions différentes des choses
en tout cas je suis daccord pour dire qu anthony hopkins et emma thompson sont brillant dans ce film il font passé des sentiments difficile a jouer car justement plane la retenue, l'insondable, le secret
 16/08/06 à 23h32
pour faire passer le rose.

Y'a ce moment, où Thompson tend la main vers Hopkins et lui, recule, avec un regard qui dit quelque chose comme: "ne me touche pas où je suis perdu" (bon ok c'est mon interprétation), ben pour moi ce plan là, c'est un très grand moment de cinéma.

Voilà, voilà.)
 16/08/06 à 23h11
merci d'en parler et merci pour ce très beau commentaire
A voir la couleur des réactions, on pourrait y croire, dans une vision manichéenne des sentiments ;o) Et pourtant la réalité qu'évoque le commentaire est toute autre... Donc sensibilité tout simplement, et non sensiblerie et épanchements lacrymaux. Bravo.
 16/08/06 à 12h00
et Anthony Hopkins magistral comme toujours
 16/08/06 à 10h05
Je retrouve dans ce commentaire ce que j'ai aimé dans le bouquin. Un très beau livre, très émouvant, mais drôle en même temps (jusqu'au moment où on pleure toutes les larmes de son corps en s'apercevant que notre "butler" est malheureux comme les pierres).
Je vais essayé de voir ce film alors ^^
 10/08/06 à 17h31
Orgueil et prejugés ? C'était pas plutôt Raison et sentiment ?
 10/08/06 à 17h28
Pour aimer ce film, peut être faut-il ne pas être géné par cette atmosphère très anglaise, victorienne. Les rapports entre les personnages sont tout en retenue et pourtant dégagent une intense émotion.
Antony Hopkins et Emma Thomson sont excellents comme toujours. j'ai aussi adoré Emma T. dans "Retour à Howards end" et "orgueil et préjugés" , film très british !
 10/08/06 à 16h52
Ce film fait parti de ceux dont je serais déçue qu'il ne fasse ni chaud ni froid à l'être aimé ou même à un simple pote. On ne peut nier qu'il y a de l'amour, et du vrai, entre Stevens et Kenton. Après c'est celui qu'on souhaite pour soi ou pas, on adhère à l'histoire ou pas mais comment ne pas être touché par ce couple j'avoue que j'ai du mal à le comprendre.
Le livre dont ce film est tiré est très intéressant aussi parce que la part belle y est faite non pas à l'histoire d'amour mais à la personnalité de Stevens et à ce sacerdoce qu'est la profession de majordome.
 10/08/06 à 16h50
je sais plus si je l'ai vu ou pas, vu la force de ta description, ça casse un peu l'binz, nan?

Ceci dit, ça donne envie de le (re?)voir.