'Lolita', vous connaissez certainement, au moins de nom.
Si vous avez lu,vous êtes certainement sous l'envoûtement de cette oeuvre magique. Si non, immergez-vous dans l'univers de Humbert Humber.
Humbert Humber aime les jeunes filles prépubères, ce n'est pas de sa faute, cela est insupportable mais là est son désir, et il ne sait comment l'assouvir sans sombrer dans le crime.
Humbert Humber est cultivé, organisé, introverti.
Tout cela reste donc secret, il n'a pas de volonté de parvenir à ses fins par la force.
Je trouve que voilà bien un drame absolu: aimer désespérément ce qui ne peut et ne pourra jamais vous aimer. Car c'est d'amour qu'il s'agit. Mais malgré tout, dans ce désir retenu, il a trouvé un espèce d'équilibre, sans passage à l'acte.
Jusqu'au jour où il s'installe dans la vie et dans la maison de Dolorès, Lolita, jeune adolescente provocante qui cherche à séduire, et la voilà qui lui tourne autour.
Il n'en faut pas plus pour mettre le feu aux poudres, il épouse la mère, la mère se tue dans un accident dont il est en partie responsable, il prend la fille en charge (au passage, road-movie décrivant son long périple sur les routes américaines, rien que cela vaut la lecture). Il part avec elle, mais où aller?
Et voilà qu'elle crée le passage à l'acte.
C'est là que ce livre a déchaîné les censeurs, cela peut évoquer trop d'images glauques (le violeur qui déclare avoir été provoqué par sa victime).
Mais pour Nabokov c'est bien elle, par jeu, curiosité, malice, qui veut voir ce que cela fait avec un homme adulte.
Son amour qui était déjà intense est décuplé. D'une certaine façon sa quête est assouvie, mais d'une autre façon, il n'y a pas davantage d'issue qu'auparavant.
Cela finit mal évidemment, elle ne l'aime plus, elle le quitte non pour un jeune mais pour un autre adulte, et l'horreur finale est qu'elle grandit, devient femme, la Lolita se dissout dans des chairs qui lui deviennent étrangères.
Si ce livre est remarquable, c'est pour moi à plusieurs titres. La qualité de son écriture bien sûr, la finesse de la description psychologique du héros.
Et surtout j'y vois personnellement, bien au delà de l'histoire de la nymphette, une fable sur le désir et un résumé saisissant de l'ambivalence de celui-ci.
Le désir est notre moteur, c'est lui qui nous fait agir, c'est son accomplissement qui nous donne des joies.
Or bien des désirs impliquent autrui, qui n'est pas forcément d'accord, et de toute façon ces désirs sont contraints par l'environnement, le contexte, les contingences.
Comment faire avec ces désirs qui nous rongent, surtout quand ils sont socialement inacceptables? (désir de l'épouse de votre meilleur ami par exemple?)
Il aime les jeunes filles, faut-il aimer ce qui ne peut nous aimer? Et si on ne peut s'en empécher, quoi faire?
De plus son drame à lui est par essence absolu, car quand bien même il serait payé de retour, quoi qu'il arrive la nymphette disparaitra dès la puberté pour se transformer en femme, c'est une chenille condamnée à se transformer en papillon, sauf que pour lui le papillon n'est pas la beauté mais l'obsolescence.
C'est tout cela que ce livre fait surgir à la conscience, à aucun moment ce n'est sordide, je crois que c'est un merveilleux livre sur l'impossibilité de l'amour heureux.
Vous en sortirez forcément différent.
Bonne lecture
Sylvie
Si vous avez lu,vous êtes certainement sous l'envoûtement de cette oeuvre magique. Si non, immergez-vous dans l'univers de Humbert Humber.
Humbert Humber aime les jeunes filles prépubères, ce n'est pas de sa faute, cela est insupportable mais là est son désir, et il ne sait comment l'assouvir sans sombrer dans le crime.
Humbert Humber est cultivé, organisé, introverti.
Tout cela reste donc secret, il n'a pas de volonté de parvenir à ses fins par la force.
Je trouve que voilà bien un drame absolu: aimer désespérément ce qui ne peut et ne pourra jamais vous aimer. Car c'est d'amour qu'il s'agit. Mais malgré tout, dans ce désir retenu, il a trouvé un espèce d'équilibre, sans passage à l'acte.
Jusqu'au jour où il s'installe dans la vie et dans la maison de Dolorès, Lolita, jeune adolescente provocante qui cherche à séduire, et la voilà qui lui tourne autour.
Il n'en faut pas plus pour mettre le feu aux poudres, il épouse la mère, la mère se tue dans un accident dont il est en partie responsable, il prend la fille en charge (au passage, road-movie décrivant son long périple sur les routes américaines, rien que cela vaut la lecture). Il part avec elle, mais où aller?
Et voilà qu'elle crée le passage à l'acte.
C'est là que ce livre a déchaîné les censeurs, cela peut évoquer trop d'images glauques (le violeur qui déclare avoir été provoqué par sa victime).
Mais pour Nabokov c'est bien elle, par jeu, curiosité, malice, qui veut voir ce que cela fait avec un homme adulte.
Son amour qui était déjà intense est décuplé. D'une certaine façon sa quête est assouvie, mais d'une autre façon, il n'y a pas davantage d'issue qu'auparavant.
Cela finit mal évidemment, elle ne l'aime plus, elle le quitte non pour un jeune mais pour un autre adulte, et l'horreur finale est qu'elle grandit, devient femme, la Lolita se dissout dans des chairs qui lui deviennent étrangères.
Si ce livre est remarquable, c'est pour moi à plusieurs titres. La qualité de son écriture bien sûr, la finesse de la description psychologique du héros.
Et surtout j'y vois personnellement, bien au delà de l'histoire de la nymphette, une fable sur le désir et un résumé saisissant de l'ambivalence de celui-ci.
Le désir est notre moteur, c'est lui qui nous fait agir, c'est son accomplissement qui nous donne des joies.
Or bien des désirs impliquent autrui, qui n'est pas forcément d'accord, et de toute façon ces désirs sont contraints par l'environnement, le contexte, les contingences.
Comment faire avec ces désirs qui nous rongent, surtout quand ils sont socialement inacceptables? (désir de l'épouse de votre meilleur ami par exemple?)
Il aime les jeunes filles, faut-il aimer ce qui ne peut nous aimer? Et si on ne peut s'en empécher, quoi faire?
De plus son drame à lui est par essence absolu, car quand bien même il serait payé de retour, quoi qu'il arrive la nymphette disparaitra dès la puberté pour se transformer en femme, c'est une chenille condamnée à se transformer en papillon, sauf que pour lui le papillon n'est pas la beauté mais l'obsolescence.
C'est tout cela que ce livre fait surgir à la conscience, à aucun moment ce n'est sordide, je crois que c'est un merveilleux livre sur l'impossibilité de l'amour heureux.
Vous en sortirez forcément différent.
Bonne lecture
Sylvie
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Voici les 3 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
Pas seulement un problème de moeurs. je trouve que le débat autour de ce livre, s'il se focalise sur le problème moral ou social, et s'il décourage certains de le lire pour cette unique raison, manque complètement son but. Personellement, je veux insister sur la qualité d'écriture, d'un niveau que je n'ai, personellement (je dis bien personellement, car je ne suis pas un lecteur extensif, ni un littéraire chevronné) jamais rencontré ailleurs. C'est tout simplement cela, le choc de ce livre: une finesse de description des tourments du narrateur (qui est le "héros" de l'intrigue), absolument extraordinaire, exceptionelle. C'est dit dans le commentaire principal, mais je souhaite le souligner. Et si vous devez lire ce livre, c'est avant tout pour cela. Enfin, pour être complet, impossible de ne pas citer la qualité du travail du traducteur, qui doit y être pour beaucoup (malheureusement, je ne me souviens plus de son nom!)
des millions de gens ont du déjà en débattre au sujet de ce roman, mais je te pose quand même la question : ne penses tu pas que c'est un peu tendancieux de présenter de manière si talentueuse une relation impliquant une partenaire aussi jeune ? Est ce que ce n'est pas, quelque part, promouvoir l'idée que c'est acceptable ? Je sais bien qu'on tolère les scènes de violence : personne ne reproche à un auteur de polar de montrer un tueur à l'oeuvre. Mais justement, ne doit on pas prendre en compte que l'impact négatif sur la société est moindre dans ce second cas ? D'un autre côté, le choix de la censure ou auto censure n'est pas des plus sympathiques. ...
Oh combien d'accord !! Cette oeuvre est sublime, passionnante, envoûtante. Un chef d'oeuvre littéraire, qui comme bien d'autres avant et après Nabokov, a été décrié par une société trop bien pensante. Mais personne ne peut nier la profondeur extraordinaire du roman... En parler est toujours un bienfait.


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_S_Thala
publié le 30 août 05