Ecrire et aimer sont les seules choses qui la fassent vivre.Son
"mignard luth" n'est pas un instrument décoratif: érotiquement associé à son corps, et métonymie de tout corps à caresser et faire vibrer, il est aussi sa voix et la manifestation même de la vie.
Les trois élégies qui ouvrent le recueil de ses poésies, sont
comme une autobiographie condensée et une sorte de journal.Louise y raconte l'irruption de l'amour dans sa vie, se plaint d'une absence et d'un silence qui sont une menace d'oubli, convoque les Dames lyonnaises dans une sorte de communauté des âmes amoureuses.
Le parcours des sonnets, dont l'ordre est à coup sûr prémédité, retrace le parcours même de son être.D'abord figée dans l'enfermement obsessionnel du corps de l'Autre (sonnet II), elle se met en route dans des espaces de plus en plus élargis: maison, ville, bois, nature ( sonnets V, VI, X, XV, XVII...).Même mythifiés (bois remplis de nymphes, villes remplies de fêtes et de temples), ces espaces lui permettent de "crier son mal", de faire bouger son désir, peut-être de le
rencontrer en elle, de s'en faire le sujet, sortant de l'indistinction
insupportable et douloureuse des premiers sonnets.Le désir se révèle comme principe de jouissance et de création, lié à l'existence même.
Donner signe d'amante donne sens à sa vie.Erotique et poétique se rejoignent.C'est alors qu'elle peut à la fois se situer dans toute la poésie d'amour contemporaine, et marquer sa profonde originalité.
Extraits:(..)"Je vis , je meurs; je me brûle et me noie;
J'ai chaud extrême en endurant froidure;
La vie m'est et trop molle et trop dure."
(...)"Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues..."
En reprenant tout l'arsenal des métaphores pétrarquisantes, mais en les mettant au féminin, Louise les décape et leur rend leur jeune pouvoir.
Voici l'un des plus beaux sonnets du recueil:
"On voit mourir toute chose animée
Lors que du corps l'âme subtile part.
Je suis le corps, toi la meilleure part:
Où es-tu donc, ô âme bien-aimée?"
( Sonnet VII. )
Louise Labé porte le désir à incandescence, dans la plus haute dignité!
réactions : 0
lectures : 607
votes : 1

Je réagis à ce commentaire en
Je réagis à ce commentaire en 









voltuan
publié le 21 nov. 06