Commentaire en forme de devinette :
Premier indice, la scène se passe à Venise, dans la toute fin du 17° siècle et le nouveau né est issu d’une famille d’artiste. Son père, Bernardo, est peintre dans un domaine un peu particulier, les décors de théâtre, dans la grande tradition baroque. La « scénographie » comme on la nommait à l’époque, était assez répandue ; elle comprenait également la fabrication de décors pour les fêtes et les palais des nobles. Le patriarche y initiera ses deux fils, dont Giovanni Antonio, qui nous intéresse ici. Et c’est en assistant son paternel que le jeune homme apprit la peinture.
Après un apprentissage élémentaire à la perspective, indispensable pour devenir décorateur de théâtre, il participe à des décors pour des œuvres de Vivaldi et de Scarlatti à Rome. C’est dans cette ville qu’il réalisera ses premiers paysages « urbains », tout en étant influencé par le néerlandais Gaspar Van Wittel (précurseur du Védutisme : la ville représente le sujet principal et non pas un vulgaire arrière-plan) mais aussi par Ricci et Lucas Carlevaris, grand peintre vénitien. Ces trois artistes auront une influence capitale sur le style du futur maître qui n’a pour l’instant que vingt trois ans. Rentré de son séjour à Rome en 1720, il se consacre totalement au Védutisme et deviendra un précurseur dans la façon de travailler. Afin d’obtenir une rigueur incomparable, il utilise une chambre optique pour le cadrage de ses toiles, ce qui lui permet d’échelonner parfaitement les différents plans de ses compositions ; la taille des détails permet de mieux situer les distances.
Autre indice, c’est vers 1723, à Venise, que remontent ses premières toiles dans le style Vedute, comme le « Canal des mendiants » ainsi que « La place Saint Marc vers la basilique » puis un peu plus tard « Le canal du Rialto ». Et le succès se fait rapidement sentir ; Le collectionneur Stephano Conti lui achète quatre toiles, l’ambassadeur de France lui commande une toile et la renommée de Giovanni Antonio grimpe immédiatement auprès des collectionneurs britanniques en voyage en Italie. Les œuvres qu’ils ramènent, apportent des commandes ; le premier sera Owen McSwiney, qui le recommande au duc de Richmond qui prendra livraison de deux toiles.
En 1730, le génie de l’artiste n’échappe pas à Joseph Smith, un marchand anglais établi à Venise et grand amateur d’art pictural. Smith apportera une clientèle enviable au peintre. La promotion permettra à Giovanni Antonio de vendre 26 œuvres, essentiellement pour l’aristocratie anglaise.
Pendant son séjour à Rome entre 1742 et 1743, il réalise une série de vues de ruines romaines, avec un certain esprit fantaisiste dont l’artiste n’avait jamais fait preuve, toute comme les illustrations de Venise qu’il réalise en 1744.Le prodige débarque en Angleterre en 1746, sans doute en raison de la baisse du tourisme due à la guerre de succession d’Autriche. Il réalisera alors de nombreuses toiles pour le duc de Northumberland et le duc de Richmond. En 1755, il retourne à Venise.
Dernier indice, ce grand artiste fit son entrée assez tardive à l’Académie de Peinture et de Sculpture de Venise ; après avoir été refusé lors d’un premier vote, il y sera finalement admis le 11 septembre 1763 au titre de « Professeur d’architecture perspective ». Le roi George III achète la collection du consul Smith, dont 53 peintures et une centaine de dessins du peintre.
Bien qu’il ait peint quelques vues de Rome ainsi que des palais Anglais, la majeure partie de ses toiles représentent Venise. Ou plus exactement la grande Venise, ville d’eau avec ses palais, ses places, ses églises. Une Venise tout en beauté, rayonnante comme la république de l’époque. Dans ces tableaux, vous ne verrez aucune thématique religieuse ou mythologique comme dans beaucoup de peintures de cette période mais une ville animée par de nombreux personnages, une ville grouillante de monde ou l’on discute, ou l’on s’affaire, ou l’on marchande. C’est le premier point marquant de ses tableaux.
Le second est la puissance et la splendeur de sa ville natale, illustrée par son architecture. Du palais des Doges au palais Balbi en passant par le palais Calergi, rien n’échappe à l’œil acerbe de l’artiste ni à ses pinceaux précis. Les places ne sont pas ignorées avec la Piazza San Marco, le Campo Formosa et bien sûr le Campanile.
Le dernier point est directement lié à Venise, c’est l’omniprésence de l’eau dans son œuvre. Plusieurs tableaux du grand Canal, du bassin San marco, le canal des mendiants ou encore le grand canal à San Vio. Ses jeux d’eau sont particulièrement réussis ; des eaux sombres et des ombres plombées pour les hauts fonds, des reflets verts et une surface qui renvoie la lumière pour les eaux limpides. Les petites rides pour symboliser le clapotis et même des petites vagues pour l’écume pétillante. Il est à noter que lors de son passage à Londres, il s’attaquera également à la Tamise, appliquant ainsi un style italien à des paysages nordiques.
Le travail de la lumière est traité avec soin ; une solide répartition du clair-obscur permet une richesse substantielle des couleurs avec des tons assez chauds. Parfois, un faisceau de lumière dirigé pour mettre en valeur un point précis, une gondole par exemple. Pour accentuer le côté « scénique » de ses vues, le peintre n’hésite pas à relever la ligne d’horizon, accentuant ainsi la perspective.. Cette méthode est d’ailleurs couramment utilisée en décoration (formation en perspective aidant !).
Son coté peintre-documentaliste ne se limite pas à l’architecture. Il y a toujours des détails qui donnent à ses œuvres, une touche pittoresque, attachante comme du linge étendu au soleil et flottant au vent, une cabane de chantier en bois, un balcon fleuri, le travail des marbriers… tout est gaie et vif dans se toiles, d’une admirable précision. L’artiste s’est également exécuté à les fêtes. Que serait Venise sans ses fêtes ?Le voici passé de documentaliste-architecte à reporter. Dans « réception d’un ambassadeur », « Fête de l’ascension », « Fêtes à San Roco » et dans bien d’autres, on ne peut que s ‘émerveiller par la qualité de ses compositions ainsi que par la précision et la densité des personnages. La brillance des couleurs met en valeur la splendeur des marbres, le luxe des ornements, la rutilance des parures. L’artiste n’omet rien et surtout pas ce qui techniquement délicat à retranscrire comme les dorures des bateaux, le rouge écarlate des étoffes, la fragilité des fourrures, le drapé des riches vêtements… Ses toiles sont l’illustration parfaite des somptueuses fêtes de l’époque.
Grand maître de l’école Vedute, il étonne par sa précision naturaliste, surprend par la lumière, subjugue par l’atmosphère inimitable de ses toiles. Sur ce sujet, il vaut mieux des faits à des mots ; aucun disciple ou faussaire n’a pu réaliser d’imitation ou de copies de ses œuvres. Et même encore au 21° siècle, toutes les reproductions que vous pourrez trouver ne peuvent retranscrire la magie de ses peintures. Ce que vous verrez vous paraîtra terne, fade, opaque, teinté de flou, par rapports aux originaux.
Une rigueur, une minutie, une extrême précision dans les détails mais une atmosphère, une âme à chaque réalisation. Un travail de maniaque qu’il convient de savourer lentement et avec respect. Avec toutes ces précisions, surtout qu’il ne signait pratiquement jamais ses toiles, vous aviez sans aucun doute reconnu Giovani Antonio Canal dit Canaletto. Et la seule solution pour pouvoir admirer tout son art est donc de vous déplacer dans les musées, de Paris (Le Louvre, Le musée Jacquemart-André ou le musée Cognacq-Jay) en Angleterre (Windsor Castle, Woburn Abey ou la National Gallery de Londres), aux Etats Unis (New-York, Washington, Dallas, Houston) à l’Allemagne (Dresde, Munich et Berlin) en passant par l’Italie (Florence, Rome, Milan, Lugano).
Mais le plus magique reste de se rendre dans la ville qui l’a vu naître, d’arpenter les rues qu’il a lui même empruntées, d’imaginer son chevalet posé dans ces lieux qu’il a vénéré, pour comprendre son inspiration. Et ceci est une suggestion de voyage, une invitation pour l’art, la beauté et l’épicurisme, en dehors de toute autre considération.
Premier indice, la scène se passe à Venise, dans la toute fin du 17° siècle et le nouveau né est issu d’une famille d’artiste. Son père, Bernardo, est peintre dans un domaine un peu particulier, les décors de théâtre, dans la grande tradition baroque. La « scénographie » comme on la nommait à l’époque, était assez répandue ; elle comprenait également la fabrication de décors pour les fêtes et les palais des nobles. Le patriarche y initiera ses deux fils, dont Giovanni Antonio, qui nous intéresse ici. Et c’est en assistant son paternel que le jeune homme apprit la peinture.
Après un apprentissage élémentaire à la perspective, indispensable pour devenir décorateur de théâtre, il participe à des décors pour des œuvres de Vivaldi et de Scarlatti à Rome. C’est dans cette ville qu’il réalisera ses premiers paysages « urbains », tout en étant influencé par le néerlandais Gaspar Van Wittel (précurseur du Védutisme : la ville représente le sujet principal et non pas un vulgaire arrière-plan) mais aussi par Ricci et Lucas Carlevaris, grand peintre vénitien. Ces trois artistes auront une influence capitale sur le style du futur maître qui n’a pour l’instant que vingt trois ans. Rentré de son séjour à Rome en 1720, il se consacre totalement au Védutisme et deviendra un précurseur dans la façon de travailler. Afin d’obtenir une rigueur incomparable, il utilise une chambre optique pour le cadrage de ses toiles, ce qui lui permet d’échelonner parfaitement les différents plans de ses compositions ; la taille des détails permet de mieux situer les distances.
Autre indice, c’est vers 1723, à Venise, que remontent ses premières toiles dans le style Vedute, comme le « Canal des mendiants » ainsi que « La place Saint Marc vers la basilique » puis un peu plus tard « Le canal du Rialto ». Et le succès se fait rapidement sentir ; Le collectionneur Stephano Conti lui achète quatre toiles, l’ambassadeur de France lui commande une toile et la renommée de Giovanni Antonio grimpe immédiatement auprès des collectionneurs britanniques en voyage en Italie. Les œuvres qu’ils ramènent, apportent des commandes ; le premier sera Owen McSwiney, qui le recommande au duc de Richmond qui prendra livraison de deux toiles.
En 1730, le génie de l’artiste n’échappe pas à Joseph Smith, un marchand anglais établi à Venise et grand amateur d’art pictural. Smith apportera une clientèle enviable au peintre. La promotion permettra à Giovanni Antonio de vendre 26 œuvres, essentiellement pour l’aristocratie anglaise.
Pendant son séjour à Rome entre 1742 et 1743, il réalise une série de vues de ruines romaines, avec un certain esprit fantaisiste dont l’artiste n’avait jamais fait preuve, toute comme les illustrations de Venise qu’il réalise en 1744.Le prodige débarque en Angleterre en 1746, sans doute en raison de la baisse du tourisme due à la guerre de succession d’Autriche. Il réalisera alors de nombreuses toiles pour le duc de Northumberland et le duc de Richmond. En 1755, il retourne à Venise.
Dernier indice, ce grand artiste fit son entrée assez tardive à l’Académie de Peinture et de Sculpture de Venise ; après avoir été refusé lors d’un premier vote, il y sera finalement admis le 11 septembre 1763 au titre de « Professeur d’architecture perspective ». Le roi George III achète la collection du consul Smith, dont 53 peintures et une centaine de dessins du peintre.
Bien qu’il ait peint quelques vues de Rome ainsi que des palais Anglais, la majeure partie de ses toiles représentent Venise. Ou plus exactement la grande Venise, ville d’eau avec ses palais, ses places, ses églises. Une Venise tout en beauté, rayonnante comme la république de l’époque. Dans ces tableaux, vous ne verrez aucune thématique religieuse ou mythologique comme dans beaucoup de peintures de cette période mais une ville animée par de nombreux personnages, une ville grouillante de monde ou l’on discute, ou l’on s’affaire, ou l’on marchande. C’est le premier point marquant de ses tableaux.
Le second est la puissance et la splendeur de sa ville natale, illustrée par son architecture. Du palais des Doges au palais Balbi en passant par le palais Calergi, rien n’échappe à l’œil acerbe de l’artiste ni à ses pinceaux précis. Les places ne sont pas ignorées avec la Piazza San Marco, le Campo Formosa et bien sûr le Campanile.
Le dernier point est directement lié à Venise, c’est l’omniprésence de l’eau dans son œuvre. Plusieurs tableaux du grand Canal, du bassin San marco, le canal des mendiants ou encore le grand canal à San Vio. Ses jeux d’eau sont particulièrement réussis ; des eaux sombres et des ombres plombées pour les hauts fonds, des reflets verts et une surface qui renvoie la lumière pour les eaux limpides. Les petites rides pour symboliser le clapotis et même des petites vagues pour l’écume pétillante. Il est à noter que lors de son passage à Londres, il s’attaquera également à la Tamise, appliquant ainsi un style italien à des paysages nordiques.
Le travail de la lumière est traité avec soin ; une solide répartition du clair-obscur permet une richesse substantielle des couleurs avec des tons assez chauds. Parfois, un faisceau de lumière dirigé pour mettre en valeur un point précis, une gondole par exemple. Pour accentuer le côté « scénique » de ses vues, le peintre n’hésite pas à relever la ligne d’horizon, accentuant ainsi la perspective.. Cette méthode est d’ailleurs couramment utilisée en décoration (formation en perspective aidant !).
Son coté peintre-documentaliste ne se limite pas à l’architecture. Il y a toujours des détails qui donnent à ses œuvres, une touche pittoresque, attachante comme du linge étendu au soleil et flottant au vent, une cabane de chantier en bois, un balcon fleuri, le travail des marbriers… tout est gaie et vif dans se toiles, d’une admirable précision. L’artiste s’est également exécuté à les fêtes. Que serait Venise sans ses fêtes ?Le voici passé de documentaliste-architecte à reporter. Dans « réception d’un ambassadeur », « Fête de l’ascension », « Fêtes à San Roco » et dans bien d’autres, on ne peut que s ‘émerveiller par la qualité de ses compositions ainsi que par la précision et la densité des personnages. La brillance des couleurs met en valeur la splendeur des marbres, le luxe des ornements, la rutilance des parures. L’artiste n’omet rien et surtout pas ce qui techniquement délicat à retranscrire comme les dorures des bateaux, le rouge écarlate des étoffes, la fragilité des fourrures, le drapé des riches vêtements… Ses toiles sont l’illustration parfaite des somptueuses fêtes de l’époque.
Grand maître de l’école Vedute, il étonne par sa précision naturaliste, surprend par la lumière, subjugue par l’atmosphère inimitable de ses toiles. Sur ce sujet, il vaut mieux des faits à des mots ; aucun disciple ou faussaire n’a pu réaliser d’imitation ou de copies de ses œuvres. Et même encore au 21° siècle, toutes les reproductions que vous pourrez trouver ne peuvent retranscrire la magie de ses peintures. Ce que vous verrez vous paraîtra terne, fade, opaque, teinté de flou, par rapports aux originaux.
Une rigueur, une minutie, une extrême précision dans les détails mais une atmosphère, une âme à chaque réalisation. Un travail de maniaque qu’il convient de savourer lentement et avec respect. Avec toutes ces précisions, surtout qu’il ne signait pratiquement jamais ses toiles, vous aviez sans aucun doute reconnu Giovani Antonio Canal dit Canaletto. Et la seule solution pour pouvoir admirer tout son art est donc de vous déplacer dans les musées, de Paris (Le Louvre, Le musée Jacquemart-André ou le musée Cognacq-Jay) en Angleterre (Windsor Castle, Woburn Abey ou la National Gallery de Londres), aux Etats Unis (New-York, Washington, Dallas, Houston) à l’Allemagne (Dresde, Munich et Berlin) en passant par l’Italie (Florence, Rome, Milan, Lugano).
Mais le plus magique reste de se rendre dans la ville qui l’a vu naître, d’arpenter les rues qu’il a lui même empruntées, d’imaginer son chevalet posé dans ces lieux qu’il a vénéré, pour comprendre son inspiration. Et ceci est une suggestion de voyage, une invitation pour l’art, la beauté et l’épicurisme, en dehors de toute autre considération.
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Voici les 5 dernières réactions à ce commentaire
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Nature ou culture, ças e discute pas !
mais moi je préfère les montagnes au villes
même à Venise !
même à Venise !
Bravo pour ce superbe commentaire, Poorlone .
Salut Serenity
Merci pour ta réaction. La période "Romaine" de Canaletto s'établit entre 1718 et 1719. Je pense donc en toute logique qu'il a dessiné et crée les décors pour des oeuvres d'Alessandro Scarlatti qui était établi à Rome depuis 1917 avant de partir pour Naples en 1722.
Il semblerait que son fils Domenico soit en Angleterre à la même époque.
@+
Merci pour ta réaction. La période "Romaine" de Canaletto s'établit entre 1718 et 1719. Je pense donc en toute logique qu'il a dessiné et crée les décors pour des oeuvres d'Alessandro Scarlatti qui était établi à Rome depuis 1917 avant de partir pour Naples en 1722.
Il semblerait que son fils Domenico soit en Angleterre à la même époque.
@+
Bonsoir poorlonesoneman,
Commentaire instructif... où je dois dire que j' ai tout de suite reconnu Canaletto.
Tu y parle de Scarlatti, mais lequel ? Allessandro (le père) ou Domenico (le fils) ? et comme tu ne donne pas d' année précise...
De toute façon deux immenses compositeurs du baroque italien si méconnu en France... Dommage.
Serenity.
Commentaire instructif... où je dois dire que j' ai tout de suite reconnu Canaletto.
Tu y parle de Scarlatti, mais lequel ? Allessandro (le père) ou Domenico (le fils) ? et comme tu ne donne pas d' année précise...
De toute façon deux immenses compositeurs du baroque italien si méconnu en France... Dommage.
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poorlonesoneman
publié le 13 mai 06